CHAPITRE DOUZIÈME
conversion des Attikamègues. (*) Une centaine d'adultes, sans compter les enfants, reçurent , le baptême en cette année. (2)
Cependant le ciel ne fut pas toujours sans nuages. Un jour un chrétien, cédant aux vieux préjugés, osa dire à un père, que le baptême était la cause de la ruine et de la mort des sauvages. Repris avec sévérité de ce discours, il s'obstine orgueilleusement, et, daus un mouvement de colère, jette son chapelet au feu. Aussitôt grand émoi dans la bourgade ; les néophytes indignés viennent presser leur camarade de faire pénitence, mais le respect humain l'empêche de rien entendre. A force d'instances on finit par le gagner. A l'heure de la messe, tous les chrétiens se rendent à la chapelle de l'hôpital. Le coupable, laissé quelque temps à la porte est enfin introduit, et, à genoux au pied de l'autel, demande hautement pardon à Dieu, à la Sainte Vierge et à ses compatriotes du scandale qu'il avait causé. Ensuite humblement prosterné contre terre il y tient ses lèvres collées. On dut le relever de force. (3)
Pigarouich qu'on a vu si édifiant, fit pis encore. Dans un voyage aux Trois-Rivières à l'automne 1643, ^ s'abandonna à de graves désordres, et il fallut toute la juste sévérité qui l'accueillit à son retour, pour le faire rentrer dans le sentier du devoir. (4)
1 Rel., 1643, 15. Voir ch. V, VII, ibid.
2 La Rel., loc, cit., dit : " Nous avons baptisé ça-bas environ " cent adultes. " Le liber baptisatorum en accuse un bien moindre nombre, mais il y a une lacune, du 8 mars 1643, au j8 janvier 1644.
L'expression ça-bas nous paraît désigner Sillery, auquel du reste tout le chapitre se rapporte .
3 Rel., 1643, p. 1 213.
4 La Relation de J644, p. 31, ss. raconte au long ses exploits au reboufs et donne de piquants détails sur la résipiscence de l'ancien sorcier ; ce ne fut pas l'œuvre d'un jour.
Une menace plus grave que l'inconstance des néophytes pesait sur la bourgade, c'était, au dire de la Relation, le danger de manquer de ressources. M. de Sillery, mort, la nouvelle était venue d'Europe que la rente qu'il avait fondée était arrêtée. (0 De huit ouvriers qu'on entretenait auparavant, le nombre était tombé à quatre, (2) et, comme il fallait aider aux défrichements, les travaux de construction n'avançaient guère. On commença néanmoins pendant l'hiver deux maisonnettes pour l'automne suivant, une du côté des Montagnais et l'autre du côté des Algonquins.
A cette situation précaire, venait s'ajouter la terreur qu'inspiraient les Iroquois. Pourvus par les Hollandais de bonnes arquebuses, dont ils se servaient à merveille, ils triomphaient aisément des autres sauvages qui, pour la plupart, en était encore à l'arc et au tomahawk (3) Leurs guerriers enhardis par le succès, surgissaient partout comme par enchantement, semant sur leurs pas le meurtre et le pillage. (4) Ceux qui eurent le moins à en souffrir furent les chrétiens de Sillery et de Ta-
T,a nouvelle était fausse. Dans un Etat des revenus des communautés religieuses de la Nouvelle-France \ fait par Mgr. de S. Vallier, après 1720, on retrouve précisément la première fondation de M. de Sillery " qui était de 50,000 écus et dont le revenu peut être de 7,500 livres " Mandements des évêquesde Québec " I. p. 516.
Un document de 1701, signé par les PP. Rafaix, Bouvart et Val" lent, ne mentionne pas explicitement la fondation de Sillery, mais la suppose. " Notre revenu en France frais faits et charges payées, que " nous recevons ici peut monter à 4,000 livres". Ce revenu, distinct des gratifications royales, nous paraît être cette rente sur l'hôtel de ville. Voir A'el . desjês. éd. Burrows, vol T. XV, p is.j.
2 ÂV/., I643, p. 9-
3 Perland, I. 330.
4 AV/., 1643, p 61, ss.