CHAPITRE DOUZIÈME
•doussac partis pour leurs chasses trois mois plus tôt qu'à l'ordinaire, si loin que les Iroquois ne les rencontrèrent pas. ( r )
Partagés (2) en dix bandes ces barbares infestaient les rives du Saint-Laurent. Trois Français avaient été massacrés à Montréal et. deux autres pris et brûlés vifs. Dans une sortie, M. de Maisonneuve perdit plusieurs hommes et faillit périr lui-même. Un jésuite italien, le P. Bressani était parti pour les Hurons dès la fin d'avril, avant même que le fleuve fût libre de glaces, dans l'espoir d'échapper anx terribles maraudeurs. Mais en vain. Pris, un peu au-dessus des Trois-Rivières, avec ses compagnons, dont l'un devint sous ses yeux, la pâture d'un horrible festin, il eut à subir les mêmes tourments que le P. Jogues et ne dut la vie qu'aux Hollandais, qui le rachetèrent et le firent passer en France au mois de novembre de la même année. (3)
Pendant qu'ils traînaient le P. Bressani en captivité, les Iroquois, ignorant qu'il comprît leur langue, manifestaient ouvertement en sa présence leurs desseins pervers, et un jour il les avait entendus former le projet, de surprendre la bourgade de Sillery et d'enlever les religieuses. Il avait alors écrit sur une écorce de bouleau une lettre à M. de Montmagny, et l'avait laissée fixée au
1 Rel., 1644 p. 2.
2 Ibid, p. 19.
3 Rel. 1644, p. 43, ss. Voir le détail des incroyables tortures qu'il eut à endurer — . Rel. du P. Bressani, II partie, éd. Burrows, vol. XXXIX, p. 54, ss.-Le P. Bressani né à Rome en 1612, entra au noviciat en 1626, fit quelques années les classes de grammaire et plus tard les cours de rhétoriqu?, de philosophie et de mathématiques. Il vint au Canada en 1642, repartit en 1650 et mourut à Florence en 1672. — Voir Rochemonteix, II. 36 et 115, note, — et l'éd. Burrows, LXXI, 145.
bout d'un bâton dans la forêt, priant la divine Prov dence de la faire parvenir à son adresse. (J) Quelquejours plus tard, au commencement de mai, un sauvage 1 remettait au gouverneur : Elle se terminait par ce paroles : " Les Iroquois sont en marche sur Sillery ; i " veulent en élever les Filles Blanches. '
M. de Montmagny fit une assemblée des principal! citoyens pour leur communiquer cette nouvelle. L'érn fut d'autant plus grand que, la veille, une bande d'e nemis, rôdant autour de Québec, était tombée à l'impr viste sur les habitations du Cap-Rouge et avait enlevé massacré, avec les rafinemeuts de leur cruauté ordinair un certain, nombre de Français et sauvages. (2) Il fi unanimement résolu de presser les Hospitalière quitter leur dangereux poste et de revenir à Québe Mais elles 11e purent se résoudre encore à abandonner chevet de leurs malades et prièrent le gouverneur < leur permettre de courir les mêmes risques que 1, pauvres sauvages auxquels elles avaient dévoué le vie. (3) Il y consentit et leur envoya pour les protêt ' six soldats, qui chaque matin venaient à pied du châte 1 Saint-Louis monter la garde au monastère jusqu'au U demain, où ils étaient relevés par six autres.
Les sauvages aussi faisaient le guet. On av fortifié les palissades, barricadé les principales enta > du monastère, abandonné les travaux extérieurs, situation était d'autant plus périlleuse que la t. qui dominait la maison, à une petite portée d'arquebr ,
1 Hist. de l'Hôtel-Dieu, p. 131, ss.
2 Hist. de l'Hôtel-Dieu, 132.
3 laid, 134.