‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 109 sur 295 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

d'arquebuse bien dirigés. Surpris mais non effrayés, les autres recueillent le survivant et font force de rames pour aborder par un détour un autre point de l'île. Les Algonquins les y devancent à travers le bois, et à l'approche du rivage, un coup de feu renverse encore un ennemi qui en tombant fait chavirer la frêle embarcation Réduits à l'impuissance, quatre Iroquois sont alors tués dans l'eau ; trois gagnent terre à la nage, mais un seul put s'échapper, les deux autres pressés l'épée dans les reins durent se rendre à discrétion.

Piescaret, qui était chrétien, prit, avec ses prisonniers, le chemin de Sillery, et un messager vint prévenir la bourgade de sa prochaine arrivée. Bientôt on entendit sur le fleuve les cris de victoire et les canots parurent, où, selon la coutume, les prisonniers chantaient avec les vainqueurs et dansaient à la cadence des voix et des coups d'aviron. Onze chevelures agitées, en guise de drapeaux, au bout de longues perches, redisaient assez la bravoure du capitaine et de ses compagnons. En pareille occurence femmes et filles avaient accoutumé de se jeter à la nage et d'aller au devant des vainqueurs pour avoir une part des dépouilles. A Saint- Joseph, les règles de la modestie chrétienne étaient plus en honneur. Seul, un jeune homme vint plonger sous le canot du chef qui, en récompense, lui donna une arquebuse prise à l'ennemi. l1)

On fit de grandes réjouissances, il y eut de part et d'autre force harangues, compliments et arquebusades. Des soldats envoyés par le gouverneur tirèrent une salve de mousqueterie dont les sauvages furent hautement flattés.

1 Rel., 1645, p. 20, 21.

Les prisonniers, s'ils s'attendaient aux tourments durent être étonnés de l'accueil qu'on leur fit, ils auraient pu se croire dans leur propre village.

Il y eut pourtant une vieille qui, à la vue de ces ennemis, sentit au cœur le désir de la vengeance. N'osant pas leur toucher sans la permission du missionnaire, elle lui dit : " Mon père, permets-moi de caresser un petit ' ' » " les prisonniers : ils ont tué, brûlé, mangé mon père, " mon mari, mes enfants. Permets, mon père, que je u les caresse. " Le père lui ayant répondu que ces Iroquois lui avaient assurément fait verser beaucoup de larmes, mais que si elle voulait, elle aussi, recevoir de Dieu son pardon, il fallait leur pardonner, elle parut satisfaite et repartit : "Je ne leur ferai- donc point de mal."

M. de Montmagny vint à Sillery le surlendemain, dix-huit mai 1645, e^ Piescaret lui remit solennellement, ses deux prisonniers. Le gouverneur, qui voulait s'en servir pour la paix, les envoya aux Trois-Rivières et fit partir pour les Cinq-Cantons le chef agnier pris l'été précédent. (3) Il revint au commencement de juillet, avec deux capitaines, des plus considérables de son pays, et Guillaume Couture, pris en même temps que le P. Jogues en 1642. (4)

Le douze juillet, il y eut une grande assemblée aux Trois-Rivières pour la conclusion du traité. Kiptsaéton, qui parlait au nom des Iroquois, offrit dix-sept colli. de porcelaine dont chacun avait une signification particulière. Le premier, remerciait le gouverneur d'avoir

1 Un peu. — Pour les sauvages, caressarsigtlifia.it torturer.

2 AV/.. 1645, p. 21, 22.

3 Voir suprà, p. [81.

4 Voir suprày p. 166.

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