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CHAPITRE TREIZIÈME

arraché, Pété précédent, au feu et à la dent des Algonquins, le chef qui avait porté les propositions de paix. Le deuxième, attaché au bras de Guillaume Couture, lui rendait la liberté. Le quatrième signifiait qu'on oubliait les pensées de combat et qu'on mettait sous les pieds la hache de guerre : (J) " J'ai passé, disait l'orateur sauvage, " auprès du lieu où les Algonquins nous ont massacrés " ce printemps. J'ai vu la place du combat où ils ont " pris les deux prisonniers qui sont ici : j'ai passé vite " je n'ai pas voulu voir le sang répandu de mes gens ; " leurs corps sont encore sur la place, j'ai détourné mes " yeux de peur d'irriter ma colère. Puis frappant la terre " et prêtant l'oreille, j'ai ouï la voix de mes ancêtres " massacrés par les Algonquins, lesquels voyant que " mon cœur était capable de se venger, m'ont crié d'une " voix amoureuse : Mon petit fils, mon petit fils, soyez " bon, n'entrez point en fureur, ne pensez plus à moi, " car il n'y a plus de moyen de nous retirer de la mort, " pensez aux vivants, cela est d'importance, retirez ceux " qui vivent encore du glaive et du feu qui les poursuit, " un homme vivant vaut mieux que plusieurs trépassés. " Ayant ouï ces voix, j'ai passé outre et m'en suis venu " à vous pour délivrer ceux que vous tenez encore. "

Le lendemain, le gouverneur fit grand festin aux envoyés et le troisième jour il leur offrit quatorze présents qui, selon la coutume sauvage, portaient ses paroles de paix. Piescaret se levant ensuite présenta aux embassadeurs des pelleteries. C'était, dit-il, une

1 Nous ne voulons pas omettre cette perle d'éloquence sauvage. I/abbé Ferland lui a aussi donné place dans son histoire, I, 537.

La vén. Mère de l'Incarnation, let. 66ième — ,1. 242, ss. reproduit tout le récit de cette négociation.

pierre qu'il mettait sur la fosse des morts du dernier combat, afin qu'on ne remuât plus leurs os. Noël Négabamat, à son tour, offrit cinq peaux d'élan. "Voilà, dit-il, " de quoi vous armer les pieds et les jambes de peur que " vous ne vous blessiez au retour, s'il restait encore " quelques pierres au chemin que vous avez aplani. " Il en offrit cinq autres pour ensevelir ceux qui étaient tombés dans la dernière rencontre et apaiser la douleur de leurs parents qui ne les pourraient souffrir sans sépulture.

La paix était conclue ; de nouvelles assemblées se tinrent an mois de septembre pour y associer d'autres nations sauvages. (x) Par malheur, elle ne devait pas être de longue durée.

Bile faillit être rompue dès le mois de septembre, lors du départ des vaisseaux. En effet, la nouvelle que trois chrétiens de Sillery, (2) partis à la chasse, avaient été massacrés et plusieurs autres blessés, vint jeter un voile lugubre sur la joie universelle. (3) On craignait que les meurtriers ne fussent des Iroquois dont les belles paroles n'auraient alors été qu'une feinte. Les Algonquins n'auraient pas manqué de lever la hache contre les Agniers restés au milieu d'eux, et la guerre se serait rallumée avec une nouvelle fureur. Mais parmi les blessés se trouvait le fils de Nénaskoumat, Vincent-Xavier Nipikiouigan, qui, bien que frappé à mort, avait cependant pu revenir à Saint-Joseph. Il calma la colère de ses

1 ReL, 1645, 29, 35 I, 1646, 6-8.

2 D'après le Journal, 14 mars 1646, c'étaient " un nommé Robert, excellent chrétien, un [sien neveu et un fils, " — éd. Burrow». YXVIII, 172.

3 ÀWM 1646, p. 3.

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