‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 111 sur 295 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

compatriotes en leur assurant que la langue des meurtriers était toute différente de celle des Iroquois. On sut ensuite que c'étaient des Sokokis, et Guillaume Couture, qui avait accompagné chez eux les ambassadeurs Iroquois, fut témoin de l'indignation des Agniers lorsque les Sokokis leur apportèrent les chevelures des Algonquins. i1) " Vous nous jetez la honte sur le visage, " avaient-ils dit, vous nous faites passer pour des fourbes. " Si nous vous regardions de bon oeil, Ononthio pourrait " nous dire : Les Agniers n'ont pas tué mes alliés, mais " bien leurs haches : je pensais agir avec de vrais hommes " et j'ai traité avec des trompeurs. Retirez-vous, cachez " ces têtes : comme nous n'avons qu'un coeur nous ne " voulons qu'une langue. n

Vincent-Xavier fut conduit à l'hôpital mais voyant qu'il allait mourir il voulut être ramené à Saint-Joseph. Sa femme, qui dans la même rencontre avait eu la chevelure arrachée et avait été laissée pour morte, guérit pourtant et le soigna avec une patience et une charité inaltérables. (2) Il mourut le 14 mars suivant et fut inhumé à Québec où son père avait été enterré cinq où six ans auparavant. (3)

Il avait une petite fille de cinq ans chez les Ursulines, (4) On la lui avait amenée avant sa mort, et, la voyant si gentille et si gentiment vêtue, il l'avait prise

1 Ibid. 4, 5.

2 Rel., 1646, p. 21.

3 Journal, 14 mars, 1646 — Dans l'édition Burrows, XXVIII, 172 ; on lit: " Son feu père. . .scavoir François bonté. " C'est évidemment une faute : son père était François-Xavier Nénaskoumat.

4 Elle s'appelait Charité et avait été baptisée le 4 janvier 1641, par le P. Le Jeune. Voirie liber baptisatorum>

ï88 PREMIÈRE PARTIE, 1541-1670

sur sou lit, comblée de caresses et lui avait recommandé d'aimer toujours les Filles Vierges, de les regarder comme ses plus proches parentes, de ne les quitter jamais. La pauvre petite, que l'odeur des plaies avait rendue malade, de retour au monastère, fut conduite par sa maîtresse devant le tabernacle,et après avoir prié, dit d'elle-même : " Jésus ne sera-t-il pas mon père puisque je n'en ai plus ? *' La Sainte Vierge sera aussi ma mère, et vous serez mes u parentes, mon père me l'a dit. " Il n'est pas croyable, " dit la relation, (*) combien ces bonnes mères faisaient " estât de ce petit enfançon, elles admiraient ses bonnes M inclinations et la douceur de son naturel. On eut dit que sa plus grande récréation était de prier Dieu ;. . . . " quand elle pleurait comme font les enfants, si on lui " disait : Prions Dieu, aussi tost joignant ses petites mains, " elle arrestait ses larmes et prononçait ses prières M qu'elle savait parfaitement dès l'âge de trois ou quatre " ans. ' La vénérable Marie de l'Incarnation, écrit de " son côté. (2) C'était le meilleur et la plus joli esprit M que nous eussions encore vu, depuis que nous sommes " en Canada. A peine savait-elle parler qu'elle disait " toute seule les prières sauvages par coeur et même " celles que nous faisons faire aux filles françaises. Ce " qu'elle entendait chanter en notre chœur elle le savait " quasi au même temps et elle le chantait avec nous " sans hésiter. Les personnes du dehors la demandaient

2 Lot., 7ième f, p. 297, ss. C'est bien de cette enfant qu'il s'agit, bien que la Vénérable la dise fille de Nénaskoumat. C'était sa petite fille. — On sait que Nénaskoumat et sa femme moururent de la petite vérole dans 1 hiver de 1639, tandis que la Lettre citée dit que Le père de l'enfant mourut quelques mois avant elle.

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