‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 112 sur 295 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

<* pour la faire chanter et elles étaient ravies de lui en- " tendre chanter des psaumes entiers. ,1

Cette enfant extraordinaire mourut au mois de juillet et on lui fit de belles funérailles décrites par le Journal des Jésuites. (r)

A l'automne de cette année 1645, ^es PP- Massé et Druillètes (2) furent envoyés pour aider le P. Dequen à Sillery, pendant que le P. Jérôme Lalemant (ô) devenait supérieur de la résidence de Québec. (4) Il y avait en outre dans cette dernière mission, deux frères, Claude Jager et Ambroise Cauvet, (5) et quatre domestiques, deux à gages Siméon et LaNeigerie, qui recevaient cent livres par an chacun, et deux donnés, (6) Jacques Junier ef Robert Hache, liés à la compagnie de Jésus pour la vie. (7) On

1 Au 8 juillet 1646. XXVIII, 214, éd. Burrows.

2 Le P. Le Jeune, avec la qualité " vices agens parochi in ecclesia Sti Josephi ", y fait quelques baptêmes, de février à mai 1645.

3 Oncle du P. Gabriel i^alemant, le martyr ; était né à Paris en !593 • Entré dans la compagnie de Jésus en 1610, il y exerça des charges importantes jusqu'à son arrivée au Canada en 1638. C'était à la fois l'homme de l'obéissance et du commandement. Passé eu France, en 1650 et en 1656, son absence se fit vivement sentir. Il revint en 1659 avec Mgr de Laval et mourut à Québec en 1673. Rochemonteix. op. cit. II, 115, note, 288, note 5, I, 382. Rel . éd. Burrows, LXXI, p. 143.

4 Journal des Jésuites p. 1,5, — éd. Burrows, vol XXVII, p. 76 et 80. Ce journal commence ici et nous fournit de précieux renseignements jusqu'en 1668. On sait que les cahiers qui contenaient la suite semblent perdus sans retour. L'éd. Burrows sera suffisamment distinguée par le chiffre du volume.

5 Nom donné à la marge du Journal, Ibid. On écrit Joyer,

mais cette erreur est corrigée, Vol. LXXI, dans la liste des Jésuites de la N . F .

Ce nom est fourni par les catalogues annuels.

6 Voir sur les donnés, d'intéressants détails P. Rochemonteix op. citl. 388 et 582.

7 Journal, XX VII, 82.

igo PREMIÈRE PARTIE, 1541-1670

comptait dans la bourgade environ cent soixante âuu quatre-vingt dix-huit communiants, soixante et un chrétiens non coin mu niants dont quatorze seulement en état de se confesser. Huit environ se préparaient au baptême C1)

La charge était fort lourde pour les Jésuites. Non seulement ils ne retiraient rien du revenu de Sillery mais leur dépense s'y élevait à près de mille écus, <2> car, outre l'entretien de la résidence, il fallait continuellement aider aux Sauvages. Au mois de novembre, entre autres choses, on leur donna deux barriques de pois et des étoffes. (3) Une bonne vieille et sa famille, ayant adopté le P. Dequen à la place d'un parent défunt, pour sceller la parenté, lui firent présent de quelques peaux de castors qu'il accepta. Mal lui en prit, car ses nouveaux parents l'accablèrent de demandes incessantes et il dut les nourrir tout l'hiver. (4) C'était vraiment là un contrat donnant do?tnant) do ut des, (5) mais avec les sauvages, on y perdait toujours.

Vers le même temps un nommé Dubok, que le Journal des Jésuites qualifie de " soldat empyrique '\ une sorte de chirurgien, fut invité à venir voir les malades de Sillery pour trois ou quatre jours. Il fut logé chez les pères sans que le supérieur de Québec (6> en sût rien. Il resta deux mois, du vingt novembre

1 Tbid.y déc, 1645, P- 24. XXVII. 102.

2 Journal, 15, XXVII, 102.

3 Ibid.

4 //>/>/., 12 nov., 13, XX VII, 99.

5 Je donne pour que tu donnes .

6 "Il fut logé chez nous sans en rien communiquer au Supé- " rieur, et hoc maie" dit le Journal x XXVII, IOO : il e9t peu probable que Le supérieur de Sillery ignorât la profession de lhiN>k.

CHAPITRK TREIZIÈME, 1644-1645 191

au vingt-deux janvier, mais ne réussit pas, et partit également détesté des Français et des Sauvages, — pour son habileté sans doute. — Cest le premier médecin de Sillery. (*)

Bien que la conduite des chrétiens fût en général fort pieuse, ils restaient, sauvages par certains côtés, et, de temps en temps, malgré la vigilance des chefs, il se produisait des désordres. Ainsi quelques Hurons, hiver, nant à Sillery avec les Algonquins, furent accusés d'avoir dérobé u quelques misérables bouts de couverture, " d'avoir — ce qui était plus grave, — -plusieurs fois escaladé la fenêtre du logis de Pierre Gadois, (2) Français au service de la société de Montréal et qui demenrait dans la maison de M. de Puiseaux, à Panse Saint-Michel. Non contents de lui voler du lard salé, ils Pavaient battu.

Pour y mettre ordre, on dut menacer les délinquants de la colère du gouverneur.

1 Le Journal parle ailleurs de Laurent Dubocq qui épousa Marie Félix Ouentououen, (d'après l'acte de baptême de sa fille Marie- Anne, fait par le P. Dalmas, à Sillery en 1078, (Arontio, d'après Tanguay, I, 202). Marie-Anne devint religieuse ùrsuline sous le nom de Ste Marie-Madeleine et mourut en août 1734. Ibid . A la table du Journal, on exprime la pensée que le soldat Dubok, dont il est question ici, est le même que Laurent. Mais, d'après Tangua}'-, celui-ci n'aurait eu que neuf ans en 1645, étant né en 1636.

2 Journal, XXVII, 20. Pierre Gadois natif du Perche, vint avec sa famille au Canada vers 1640, résida quelque temps à Sillery, puis alla s'établir à Montréal, où il obtint une concession vers 1648. Il mourut en 1667, laissant une nombreuse famille . Note, ibid p. 313.

Dans le greffe de Tronquet, 18 mai 1644, on trouve le contrat de mariage de " Roberte, fille de Pierre Gadoys et de Louise Mauger, " demeurant en la maison de St-Michel, au service de messieurs de " de la compagnie de Montréal," avec César Léger, taillandier, en présence de Pierre de Puiseaux, Paul Godefroy, etc. Arch. de la rueSte-Anne, Québec.

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Les boissons enivrantes surtout, dont le trafic a été, dans les premières années de la colonie, la cause de tant de maux et de si douloureux conflits, exerçaient sur les indiens une attraction aussi irrésistible que funeste. L'eau de feu, comme ils l'appelaient, les changeait en vrais démons. Et il se trouvait toujours des âmes vénales que l'amour d'un gain maudit poussait à leur en vendre. Quelques-uns s'enivrèrent à Saint- Joseph, mais en firent généreusement pénitence. (0 L'un deux à l'issue de la messe s'écria : " Mes frères, puisque vous " avez eu connaissance de notre péché, il faut que vous " en voyiez la pénitence. Ah ça, dit-il à ses complices, " payons à Dieu ce que nous lui avons dérobé par notre u offense. " Là-dessus, tirant un grand fouet, il se fait rudement fustiger par un camarade, et puis lui-même frappe sans merci sur les épaules des autres coupables.

Un sauvage étranger, enveloppé dans cette exécution, demanda pourquoi eux étaient punis tandis que les Français, pour la même faute, ne recevaient aucun châtiment. On lui répondit que le capitaine des Français en faisait aussi bonne justice. En effet, à la Noël suivante, avant la messe de minuit, deux Français s'étant enivrés avec grand scandale, " le gouverneur les fit " mettre sur le chevalet, exposés à un nord-est épouvan- " table, " (2) qui dut fortement les rafraîchir et les faire réfléchir.

Quelques jours avant cette fête, le dix-sept décembre, (3) on proclama le jubilé accordé par Innocent X et qui, à cause de l'embarras causé par l'arrivée des

1 Relation, 1646, p. 20.

2 Journal, déc. 1645, 23, XXVII, 118.

3 Journal, XXVII, 108.

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