‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 116 sur 295 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

Né à Lyon, en 1574, il avait soixante douze ans, dont cinquante-deux passés dans la compagnie de Jésus. Tempérament de feu, à force de vigilance, de prières et de mortifications, il réussit à se dompter si bien qu'il paraissait n'avoir plus de passions. (0 Ses supérieurs le donnèrent en 1608 pour socius (2) au P. Coton, confesseur et prédicateur de Henri VI. Mais sentant plus d'attrait pour une vie d'humilité et de souffrance que pour les pompes de la Cour, il demanda et obtint les missions lointaines, auxquelles le rendait très apte une santé robuste, affermie encore par une vie habituellement austère. Il était parti pour l'Acadie en 161 1, (3) avec le P. Biard, dont il n'avait ni les talents ni la science, mais qu'il égalait par la vertu et le zèle du salut des âmes. Pendant que ce dernier se faisait l'élève d'un jeune sauvage intelligent, qu'il avait pris à son service, le P. Massé, pour apprendre la langue des naturels et les gagner à Jésus-Christ, ne craignit pas d'affronter les privations, les fatigues et les incommodités de leur vie nomade.

A force de travail et de persévérance, les deux missionnaires finirent par se faire une langue pour expliquer les vérités religieuses, qui n'avaient pas d'expression dans la langue indigène, et composèrent même un petit catéchisme vers la fin de 161 2. (4) Jusque-là les progrès de la foi avaient été lents : quelques enfants seulement et quelques adultes en danger de mort avaient été bapti-

1 Le P. de Rochemonteix, op. cit. I, 24, note, ibid . Les détails qui suivent sont en grande partie empruntés à cet excellent ouvrage.

2 Compagnon.

3 Rel., de 1611, ch. XI. XII, XIII.

4 Le P. de Rochemonteix, ofi, cit., I, 48.

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ses. Au moment où l'on pouvait espérer des snccès plus rapides, les malheureuses préventions de Bieneourt, fils de Poutrincourt, commandant en Acadie en l'absence de son père, vinrent paralyser les efforts des ouvriers é vangéliques.

Les Jésuites tentèrent de l'apaiser, lui cédèrent une grande partie de leurs provisions pour l'hiver de 161 2, qui s'annonçait sous les couleurs les plus sinistres ; même le P. Massé se fit charpentier et calfeutreur et construisit, avec l'aide de son domestique, une chaloupe qui permit de lutter contre la faim en allant à la pêche et à la recherche de glands et de racines.

Mais ces dissensions décidèrent Mme de Guercheville qui avait acquis les droits de M. de Monts sur l'Acadie, à retirer sa protection aux Poutrincourt et à fonder un nouvel établissement. (0

Au mois de mai, un navire commandé par La Saussaye et portant, outre l'équipage, trente personnes, dont deux Jésuites, le P. Jacques Quentin et le frère Gilbert du Thet, vint prendre les pères de Port-Royal et alla jeter l'ancre à l'embouchure de la rivière Pentagouët, près l'île des Monts-Déserts. C'est là que fut fondée, sous le nom de Saint-Sauveur, la nouvelle colonie, qu'un mois plus tard, Samuel Argall, forban anglais, venait surprendre et détruire.

Pendant que ses compagnons, emmenés par Argall en Virginie, ne purent regagner la France qu'en 161 4, le P. Massé, jeté sur une chaloupe avec quelques mariniers, rencontra des vaisseaux malouins et fut rapatrié dès Tété de 161 3. Renvoyé au Canada en 1625 et de

1 Le V. Rochemonteix, op. ri/., I, 64. ss. — Aussi Rameau. U*€ Colonie Jèdèarle éd. 1SS9, I, 58, ss.

MONUMENT DU P. MASSE sur le site de L'églis ■ S. Michel à Sillery

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