CHAPITRE QUINZIÈME
tisans de la guerre prévenant la sentence du conseil, cassèrent à coups de hache la tête au Père Jogues et à un jeune donné, Jean Lalande, (0 d'une bonne famille de Dieppe. C'est de cette semence qu'on verra naître plus tard la mission des martyrs.
Iv'effroi s'empara des chrétiens de Sillery. Déjà ils s'étaient hâtés de revenir de la chasse dès la fin de mars, bien qu'ils n'eussent commencé qu'à la mi-février. (2) Au mois de juin ils demmdèrent à se retirer dans l'enceinte de pieux qui environnait la maison de Sillery et on le leur accorda. Ils travaillèrent en même temps à élever une nouvelle palissade et M. de Montmagny vint luimême marquer la place d'un fort, qu'on projetait de bâtir au milieu des champs, pour protéger les travailleurs au temps des semailles et de la moisson. (3)
Cependant leur ardeur guerrière n'était pas éteinte. Dans une expédition faite au mois de mai avec quelques Français, sous les ordres d'un soldat nommé Chastillon, (4) ils s'étaient rendus jusqu'à Montréal sans rencontrer d'Iroquois. Croyant qu'il n'y avait plus rien à craindre, ils revenaient sans faire aucune garde quand un de leurs canots, monté par deux Hurons, et séparé des autres, fut soudainement attaqué et pris sur le lac Saint-Pierre. Dès qu'ils s'en aperçurent ils se rallièrent et se mirent à la poursuite des ennemis. Ceux-ci moins nombreux pren-
1 Rochemonteix, op. cit. II. 58-56, notes.
2 Journal, fév. mars, 1647, XXX. 156, 164. — Rel. 1647, p. 58.
3 Journal, juin, 1647, p. 88, XXX, 178. Ferland, I, 362, dit que les sauvages demandaient à quitter l'enceinte de pieux qui entourait la maison, ce qui manque de vraisemblance et contredit le Journal.
4 Journal, mai, 1647. XXX. 172. Relat. 1647, 49, s. Jean Mignot dit Chastillon.
2l6 PREMIERE PARTIE, 1541-1670
nent terre en un lieu inondé par les eaux du printemps et se fortifient à la hâte. La nuit approchait. Un Huron voulant les reconnaître est tué d'un coup d'arquebuse et mangé par ces cannibales. Il fut impossible pendant la nuit de se servir des armes à feu à cause de la pluie continuelle, et le lendemain, lorsque le gouverneur, qu'on avait fait avertir, arriva des Trois-Rivières, avec deux chaloupes et dix canots de renforts, le gibier s'était envolé.
Une autre course, au mois de juin, en compagnie des sauvages de Tadoussac, n'eut aucun résultat. (T)
On fut un peu plus heureux au mois de septembre. (2) Une vingtaine d'Iroquois étaient à poursuivre quelques canots de sauvages chrétiens lorsqu'une chaloupe française vint tomber sur eux. Les barbares se jettent aussitôt au rivage, et, pendant que les Français cherchent un endroit pour aborder, eux se font en peu de temps, avec leurs canots et des troncs d'arbres, une sorte de retranchement où ils se défendent vaillamment jusqu'au soir. Se sentant les plus faibles ils demandent de cesser le feu pendant la nuit. Mais, au point du jour, les Français trouvèrent le retranchement abandonné ; quelques arquebuses seulement, d'un calibre beaucoup plus fort que les leurs, gisaient par terre. Cependant un jeune homme distingué par sa bravoure, ayant suivi les pistes des fuyards, trouva un Iroquois blotti dans un arbre creux, et le fit prisonnier. Pressé de questions le captif répondit qu'il aurait pu fuir avec les autres mais qu'il n'avait pas voulu laisser son frère grièvement blessé avec six autres. Deux, pensait-il, avaient été tués sur la place.
i Journal i xxx, [80, [82, 21 juin.
2 Ibid. 192. Relat. 1647, p. 73.