‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 153 sur 295 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

le titre de comtesse de Saint-Laurent. Restait à payer : quatre mille livres seulement avaient été données comptant. De là le procès interminable. D'Auteuil soutenait sa belle-soeur, et Raudot, favorable à Berthelot, n'est pas tendre, dans ses rapports au ministre, envers la dame de la Forest et son conseil. (x)

Le procureur général, l'âme de cette affaire, avait une forte dose de l'esprit de chicane de l'époque. Il faut voir, dans le précieux rapport de M. E. Richard, toutes les plaintes, récriminations, accusations, tous les mémoires et contre-mémoires qui prenaient chaque année le chemin de la France. Un homme ennuyé, ce devait être* le ministre Pontchartrain, conseillant aux uns la patience, admonestant les autres, tâchant à rétablir la paix.

Ces querelles intestines eurent, à la fin, de funestes conséquences pour François-Magdeleine-Fortuné : un ordre du roi, du trente juin 1707, le priva de sa charge. (2) Il était passé en France en 1706, (3) probablement pour

1 Ibid, p. 206, s. Les rapports de l'intendant sont analysés d'une manière intéressante, et des passages en sont cités. " Elle ( la dame " de la Forest) est hautaine, impérieuse ; elle a cru que, de femme de

" marchand devenue comtesse, elle peut tout se permettre Elle a

" un frère et deux sœurs qui sont à peu peu "près du même caractère, " le sieur Duchesnay et les dames d'Auteuil et de Saint-Martin." Pas daté. Mis parmi les doc. de 1706.

Premier jugement en 1705, condamnant la dame de la Forest à rendre le comté de S. Laurent. Autre jugement en 1708 contre Berthelot condamné à lui payer vingt mille livres ! Elle avait un an de délai pour la solde des sept mille qui restaient. — Ibid. 104, to8. On ne voit pas les suites de ce litige .

2 Rapport de M. Richard, p. 107 et 196: — lettre de Pontchartrain à Raudot, même date.

3 Ibid. p. 106. — Macart, conseiller, fait les fonctions de procureur en son absence.

se défendre et aussi pour le procès Berthelot la Forest encore sub judice.

Autant qu'on en peut juger par les pièces qui nous restent, il ne fut pas à l'égal de son père, ami des Jésuites ni des gens d'Eglise. Le dix-sept juin 1705, le niitistre de la marine le félicitait de " s'être opposé à l'en- " régistrement de la concession de la seigneurie de Sille- " ry aux pères Jésuites," de même qu'aux "autres entrepri- " ses des gens d'Eglise," et lui demandait des explications sur " le commerce dont il accusait " les missionnaires. (0

Cette concession de Sillery aux Jésuites faite par M. de Callières en 1699, comme on dira plus longuement ailleurs, trouva un adversaire déterminé en M.»d'Auteuil. Dans ses conclusions du trente juin 1703, il affirmait qu'il n'y avait plus de sauvages à Sillery depuis trente ans. C'était vrai des Algonquins, mais les Abénakis y restèrent jusqu'en 1689 et même plus tard. (2) Il se plaignait que les pères fussent " propriétaires de toute la " banlieue de Québec, au préjudice de la colonie. " Or on ne voit pas quel préjudice en pouvait résulter. L'important pour le bien du pays était qu'il fût peuplé : nous avons déjà pu voir et nous verrons encore mieux plus loin, que dès le milieu du XVII siècle, Notre-Dame des Anges et Sillery avaient de nombreux colons. Le fait est que ces seigneuries furent les plus rapidement peuplées de la Nouvelle-France. Il suffit pour s'en convaincre de jeter un coup d'œil sur la carte cadastrale de

1 Ibid. 369.

2 Un résumé d'une relation de- M . Champigny, 5 oct. 1692, sur

les exploits des . tbénakis de Sillery se trouve dans le rapport de M. Richard, p. 85.

\ Ibid. [8

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