CHAPITRE DIX-HUITIÈME
Révoqué en 1707, l'ex-procureur général ne perdit pas toute influence, allié qu'il était aux plus puissantes familles du pays. En 1716 il obtint l'annulation des lettres de cachet émanées contre un de ses fils qui avait manqué de respect à M. de Ramesay. (x)
Il se livra ensuite au commerce et fit, vers ce tempslà, un voyage à la Nouvelle-Angleterre. Il n'y demeura pas longtemps puisque dans une lettre du Conseil de Marine à MM. de Vaudreuil et Bégon, en date du trois j lin 1719, on voit que le roi, supposant que le sieur d'Auteuil de Monceaux n'avait pu faire tant d'argent en si 11 peu de temps à la Nouvelle-Angleterre, et qu'il ne " demandait la faveur de revenir au Canada avec ses " effets que pour y faire du commerce défendu, permet- " tait de visiter son navire à son arrivée à Québec et " d'agir rigoureusement contre lui s'il y avait contra- '• vention. " (2)
En 1720 on saisit à Chambly des effets qu'il avait envoyés de la Nouvelle-York. Le roi approuva la saisie et le refus de l'intendant d'en donner main-levée, (a)
C'étaient des misères qui n'empêchaient pas François-Magdelaine d'être bon chrétien, bon citoyen et d'avoir de bons amis.
Une intéressante série de lettres échangées en 1727 entre lui et la dépositaire du bien des pauvres à l'Hôtel-
1 Ibid . 4SS, 493. — Etait-ce le même qui, une dizaine d'années auparavant, d'après Raudot, " avait lancé une pierre à la tête d'un " soldat, lui infligeant une blessure dont il mourut ? Personne n'avait " voulu porter plainte à cause de la famille. " Le lecteur aura reconnu que Raudot a une dent contre les d'Auteuil et qu'il ne faut pas le prendre au pied de la lettre.
2 /bit., p. 522, — résumé donné par M. Richard.
3 Ibid., p. 528,— mémoire du roi à MM. de Vaudre»Liil et Bégon.
Dieu, nous le montre prêtant, aux Hospitalières avec la plus grande bienveillance, le secours de les lumières dans les difficultés que leur suscitait l'intendant Dupuy.1 1 > Ce pauvre sire voulait, comme un évêque, se faire rendre compte de l'emploi du fonds des pauvres. M. d'Auteuil, pas fâché peut-être de jouer pièce à un intendant, aida
1 Un dossier de trente et une pièces, y compris les lettres ci-dessus mentionnées, — requêtes et placets à la reine, au cardinal Fleurv, au comte de Maurepas, au duc de Richelieu, à la nourrice du roi, lettre de Mgr de Saint-Vallier, autographes de Dupuy, de son secrétaire M . Tachero, etc., — nous fait connaître toutes ces tracasseries. Ce n'est pas le lieu d'y insister. Au commencement de décembre 1726, une jeune servante chez les Dupuy, étant malade, fut admise à l' Hôtel-Dieu. Or certains petits objets ayant été enlevés de chez l'Intendant, on la soupçonna de ces larcins. Le lieutenant général alla l'interroger à son lit, et la pauvrette effrayée résolut de s'enfuir, ce qu'elle fit le soir, aidée d'une jeune re igieuse. Grande colère de M. Dupuy. Le lendemain toute la maréchaussée envahissait l'hôpital, et, de une heure à sept heures du soir, chercha la fugitive dans les recoins, jusque sous les lits des religieuses. Perquisitions, interrogatoire des sœurs, sous serment, et séparément, rien n'y manqua. Peine inutile. Comme l'annaliste le remarque avec une malicieuse finesse, " Cette vive poursuite d'un maître puissant pour une servante, qui " n'était soupçonnée de lui avoir fait tort qu'en des bagatelles, a don- " né tant de compassion à tout le monde pour cette jeune fille, qu'il " semble qu'on ait prit plaisir à la cacher, car elle n'est pas encore " trouvée " au bout d'un mois. Mais cela ne fit qu'exciter le ressentiment de Dupuy. Il fit défense aux Hospitalières de poursuivre la construction d'une muraille pour entourer leur jardin, voulut leur y faire concéder des lots à bâtir, y faire passer une rue, y fit creuser sans permission une citerne de quatre-vingts ou cent pieds pour faire un jet d'eau dans son jardin, obligea les sœurs à faire réparer à leur dépens les rues avoisinantes, pendant qu'il faisait travailler aux autres aux frais du roi. C'est bien là le Dupuy des funérailles de Mgr de Saint-Vallier, l'intendant dont M. de Beauharnois disait: "Il n'est " pas aisé de vivre avec un homme d'une hauteur qui passe l'imagina- " tion. C'est un homme absolument hors de sa sphère. " Ferland II, 429, ss. Son affaire avec le chapitre de CJuébec en 162S fut son dernier exploit. Il repassa en France au mois d' octobre 1628,