‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 164 sur 295 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

u plume du Père Dequen. Je 11e meus point, il me sem- " ble que c'est aujourd'hui que tu m'as baptisé : je " vieilly, mais la foy ne vieillit point en moy. J'ayme u autant la prière au bout de quinze ans, que le premier " jour que tu m'as instruit. Nous changeons en tout " nous autres gens de ce pays-cy, mais je t'assure " que je ne changeray jamais en ce que tu m'as " enseigné et en ce que nous enseigne celuy qui nous " gouverne en ta place. Voire même je ne change quasi " plus de lieu, je passeray l'Hyver prochain à Ka-Mis- " koua-ouangachii, que vous nommez Sainct-Joseph, com- " me j'y ai passé le précédent. Je suis quasi tout Fran- " çois. J'ay ri quand le Père de Ouen m'a dit que tu " avais monstre la robe que je t'envoyay l'Automne passé " à des Dames d'importance de vostre pays, et qu'elle leur " avait agréé : ce n'est pas qu'elle soit belle, c'est qu'elles " ayment et qu'elles voyent volontiers, ce qui vient de " nous autres. J'eusse volontiers veu la robe que tu m'en- " voyes : on dit, qu'il y a de l'or dessus. N'as-tu point eu " cette pensée ? Noël deviendra orgueilleux quand il " s'en servira ? Ne laisse pas de l'envoyer le Prin- " temps prochain ; si je meurs, cet Hyver, mon fils, quand " il sera plus grand, la portera, et il logera dans la mai- " son qu'on a faite pour nous au Fort de Sillery. Haste- " toy de venir et de nous amener quantité de porteurs " d'espées, pour esloigner de nos testes les Hiroquois. " Nous serons bien-tost des âmes de trespassez ; n'attends " pas que nous soyons au tombeau pour nous venir voir. " C'est ton bon amy Noël Tékouérimat qui t'escrit, et " qui te dit, qu'il priera toujours Dieu pour toy et pour " ceux qui nous assistent. Parle au grand Capitaine de ■" la France, et luy dis que les Hollandois de ces costes

" nous font mourir, fonrnissans des armes à feu, et en " abondance et à bon prix, aux Iroqnois nos ennemis. " Dis-lny qu'il donne secours à ceux qui croyent à celuy 11 qui a tout fait, et qui sont baptisez. C'est la fin de u mon discours. "

On peut ici se demander si Négabamat revît jamais le P. Le Jeune et si ce dernier revînt jamais en Canada. M. l'abbé Auguste Gosselin, un de nos historiens les plus distingués, a affirmé, (T) d'après la mère M. de l'Incarnation, que l'illustre religieux revint au Canada dans l'été de 1660. La vénérable religieuse, dont le témoignage est d'un si grand poids, dit; en effet à son fils, dom Claude Martin, dans une lettre du dix-sept septembre, 1660 : (2) " Je vous ai déjà écrit une lettre " bien ample par le premier vaisseau parti au mois de " juillet, une autre plus courte par le révérend P. Le u Jeune, et une troisième par un autre navire. p Le deux novembre, elle emploie des expressions encore plus claires : u Plusieurs des plus honnêtes gens de ce pays, dit- " elle, sont partis pour aller en France, et particulière- '' ment le révérend P. Le Jeune y va pour demander du " secours au roi " (3)

Cela est bien fort et si l'historien canadien s'est trompé, il y a lieu de plaider circonstances atténuantes. Nous croyons, en effet, avec le P. de Rochem mteix, (4)

1 Vie de Mgr. de Laval, I. 314.

2 Lettres, I, 166.

3 Ibid. 187.

4 Lesjès.etla Nouv. /•';-. II, 166 et 311, Et ne plaquette de vingt-sept pages intitulée, " Réponse à un mémoire intitu

" Observations à propos du P. Le Jeune et de M. de Queylus par M. l'abbé Gosselin." A Versailles, Henry Lebon, rue du Potager, r On peut regretter ici que l'auteur ait raison dans une forme un |

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