CHAPITRE VINGTIÈME
nous porte à croire que la terre de Michel Morin, dont nous n'avons pu déterminer le site d'une manière certain ne, était dans le fief de Monceaux.
Bouchard dit Dorval était aussi un habitant de Sainte-Foy : c'est notre deuxième médecin. Sa terre, de quatre arpents de front sur douze et demi de profondeur, était l'avant-dernière de la seigneurie de Sillery, à l'ouest, entre celles d'Antoine Martin dit Montpellier et de Jean Hayot. Ayant élu ensuite domicile à la côte de Beaupré, il vendit, pour cent livres tournois, à Jean Gilbert sa concession de Sillery. (J) Comme il l'avait eue en 1649 de M. de Montmagny, et qu'il n'en avait pas de titre, il dut en obtenir un du P. Dequen, le vingt-neuf septembre 1658, pour toucher le prix de vente. (2)
Claude Bouchard, né en 1626, était originaire de Montigny en Picardie. Il avait épousé Geneviève, fille de Thomas Hayot, et le premier mars 1651 le rendait en même temps père et veuf. Venfant ne fut qu'ondoyé par le P. Dequen. En ce temps-là le veuvage était rarement long : le vingt novembre suivant, Bouchard épousait Marguerite Bénard. (3) Deux de ses enfants ont été baptisés à Sillery, Jean en 1652 et Marie en 1654, le neuf décembre. Il fut donc à Sillery de 1649 à 1655, environ six ans et alla ensuite s'établir au Château- Richer.
Par les exemples que nous avons donnés, et par d'autres que nous donnerons plus loin, il est facile de voir que la terreur inspirée par les Iroquois n'était pas
1 Greffe d'Audouart, 6 août 1656, et 29 septembre 1658.
2 Audouart, date citée, et quittance de Bouchard dit Dorval à Gilbert.
3 Mgr Tanguay n'a pas connu le premier mariage de Bouchard.
une chimère. Dans l'hiver de 1652 elle avait empêché les chrétiens de Sillery d'aller à la chasse. Un petit nombre seulement, partis dans les bois, faillirent y périr, non de la main de ces féroces ennemis, mais de faim et de froid, parce que la neige n'était pas assez abondante pour protéger les cabanes contre le vent et rendre possible la capture du grand gibier.
Ceux qui étaient restés dans la bourgade auraient aussi beaucoup souffert si des personnes charitables de France ne les avaient secourus de leurs aumônes. Ces pauvres gens en étaient dans l'admiration et ne pouvaient assez dire leur reconnaissance. " Puisque tu sais peindre " la parole, disait l'un d'eux à un père, et que ces person- " nés d'importance qui sont au-delà du grand Lac, enten- " dent par les yeux, dis-leur que nous croyons en Dieu " et que nous le prierons pour eux toute notre vie ; que " nous sommes leurs enfants et qu'ils sont nos pères et " mères : et qu'ils parlent au grand Capitaine des Français 11 afin qu'il nous secoure contre les Iroquois qui tuent et " qui massacrent et qui brûlent ceux qui croient en Dieu."
Négabamat, en cette occurence, montra son bon cœur en faisant part du peu de biens qu'il avait reçus de Dieu et des hommes, aux plus nécessiteux, aux vieilles femmes, aux veuves et aux orphelins. U)
L'état de la colonie, sans cesse menacée par des ennemis que le succès rendait de plus en plus hardis, n'avait rien de rassurant. Aussi y eut-il au printemps de 1653 une épidémie de désertions Seize hommes, dont deux soldats, s'enfuirent à la fois des Trois-Rivières au m d'avril. »2) On apprit quelques mois plus tard, par des
1 Rel . , 1652, p. 5.
2 Journal, XXXVIII, [68, [70, 172. P.i