CHAPITRE VINGT-TROISIÈME
heures du soir deux Français rapportèrent que ces maraudeurs étaient en nombre et se construisaient un fort au Cap-Rouge. (J)
C'étaient de fausses nouvelles. Mais ce qui était trop vrai, c'est que ce jour-là même, à Montréal, trois braves Français, Nicolas Godet, Jean de Saint-Père, son gendre, et Jacques Noël, leur serviteur, (2) avaient été massacrés par des sauvages qu'on soupçonna être des Onnontagués.
En 1658 les incursions continuèrent et les Français établis en 1656 à Onnontagué ne durent la vie qu'au secret et à l'habileté avec lesquels ils préparèrent et mirent à exécution, au mois d'avril, en pleine débâcle, le dessein de leur fuite. (3)
Le vingt et un d'août, pendant la nuit, une vingtaine d'Agniers, cachés au Cap-Rouge, s'emparèrent par surprise d'un serviteur de Jean Bourdon et du fils de Thomas Hayot, (4) Jean, époux de Louise Pelletier, dont la terre, située à la côte Saint-François-Xavier, n'était éloignée que de huit arpents de la ligne de Gaudarville. (5) Les prisonniers eurent par bonheur l'adresse de s'échapper et en furent quittes pour laisser leurs dépouilles aux mains de l'ennemi.
1 Journal, ibid, XL/III, 66.
2 Zôid, 1 nov. he Journal dit son garçon. Voir Paillon, Vie de la sœur Bourgeois, I, 152, 153.
3 Ferland, I 440 ; Rel., 1658, pp. 3, ss.
4 Rel. 1658, p. 18 ; Journal, XLIV, 104.
5 Elle en était séparée par les terres d'Antoine Martin et de Jean Gilbert, de quatre arpents chacune. Jean Gilbert avait la terre de Claude Bouchard . V. Audouart, 6 août 1656, et 29 septembre 1658. Louise Pelletier, femme de Jean Hayot, était fille de Nicolas Pelletier, le voisin de Monceaux. Le mariage avait eu lieu en 1653.
Les Français, de leur côté, par représailles des meurtres commis à Montréal, s'étaient emparés en 1657, d'une douzaine d'Agniers, (1) d'une dizaine d'autres en 1658, parmi lesquels était un chef influent nommé la Grande Cuiller, et en outre, de quelques Oneyouts et de douze Onnontagués. (2)
M. d'Argenson voulait profiter de ces captures pour faire une paix durable. Cependant, à l'occasion de l'ambassade de Garakontié, (3) capitaine onnontagué ami des Français, qui ramena vers la fin d'août deux captifs faits par les Oneyouts peu de mois auparavant, il relâcha quelques prisonniers et les envoya avec des présents dans leurs cantons annoncer que les autres étaient vivants et convoquer les anciens à un grand conseil aux Trois-Rivières.
A la fin d'octobre, sept Iroquois s'approchèrent du fort du Cap-Rouge et demandèrent à Nopce, qui s'y trouvait, des nouvelles de leurs guerriers en captivité. Ils lui dirent qu'ils l'auraient tué s'ils avaient voulu, mais qu'ils désiraient la paix. Ils ne se retirèrent pas sans avoir enlevé quatre ou cinq minots de pois de la grange de Gautier dit Boisverdun. (4) M. d'Argenson, avec vingt-cinq hommes et deux Jésuites, se rendit au
1 Ferland, I, 439 ; Rel., 1658.
2 Voir Journal, XLIV, 4 sept., p. 106; 16 sept., p. 108; 25 sept., p. 110 ; 20 oct., p. 118 ; Hist. de Lauzon, I ch. IV.
3 Voir Journal, 16 sept., XLIV, 110. Il y a en marge la date du 31 août. C'est sans doute la date de l'arrivée de Garakonti Au 15 octobre (ib. 116), il est dit que les captifs furent libéi
le 28 septembre.
I Journal, 28 oct., p. 118. — On a tu plus haut que Nopce était
le surnom de René Mé/.eré.
aux forts de Sillery, de Saint-Xavier et du Cap-Rouge mais les larrons avaient disparu.
A la fin de novembre 1658, huit Français ayant été rendus à la liberté par des ambassadeurs agniers, en retour, on brisa les chaînes de tous leurs guerriers, excepté quatre qui furent gardés comme otages.
Au mois de mai suivant, 1659, ^e P- ^e Moyne partit avec deux Algonquins en ambassade aux Cinq-Cantons. (0
Les Iroquois n'en continuèrent pas moins leurs courses aux environs des Trois-Rivières et même de Québec. Une de nos connaissances de la côte (2) Saint- Français-Xavier, Claude Charland dit Francœur, faillit tomber entre leurs mains dans son champ, près du fort. On lui porta secours à temps (3) et le gouverneur envoya ensuite des escouades de Français, d'Algonquins et de Hurons battre les alentours, mais sans succès. (4)
Au retour du P. Le Moyne, en juillet, on tint plusieurs conseils et la liberté fut rendue à la Grande Cuiller, mais deux Oneyouts furent retenus en gage de la sé-
1 Journal, aux dates citées.
2 On voit dans le liber baptisalorum, que, le 27 nov. 1652, le P. Bailloquet baptise un enfant de Claude Charland, — vulgo Fvancœur — et de Jacqueline Ruel. Le parrain fut Noël Pinguet et la marraine Anne le Gagnier, dame de Monceaux. Francoeur dut devenir veuf peu après et convoler en secondes noces, parce que le 18 février 1655, le P. Albanel confère les cérémonies du baptême à un enfant de Charles (Claude) Charland et de Jacqueline Borde, ondoyé par Guillaume Audouart. En 1656, le 31 janvier, Hyacinthe, fils de Claude Charland et de Jacqueline Borde est baptisé par le P. Bailloquet. Il y a ici Claude, preuve que Charles dans l'autre acte était une erreur. Encore en 1657, Denis-Hyacinthe, fils de Claude Charland et de Jacqueline Borde. Ruel est peut-être aussi un lapsus.
3 Journal, XLV, 96, 98.
4 Ibid.
curité de deux Français pris récemment par les Onnontagués. (0
On pouvait espérer la tranquillité lorsque, le vingtet un août, des Algonquins des Trois-Rivières arrivèrent à Québec avec neuf chevelures d'Iroquois tués au-dessus de Montréal. (2)
C'était la guerre qui se rallumait avec une nouvelle fureur après tant de négociations. Quelques jours plus tard huit Iroquois attaquaient au Cap-Bouge ceux qui étaient à la pêche à l'anguille et emmenèrent captif Guillaume Routier. (3) Cet infortuné avait acquis de Gilles Pinel, deux ans auparavant, (4) la terre concédée en 1652 par le P. Dequen à Nicolas Patenotre, entre Jean Nouel et Jean Le Mire. (5) Il n'en jouit pas longtemps. Comme toute trace de lui disparaît ensuite, (6) il n'est que trop probable qu'il eut à passer par des supplices dont la rage des Iroquois, avivée par la mort de leurs guerriers, dut encore augmenter l'horreur. On trouve plus tard cette terre réunie à celle de Jean Routier (7) qui était peut-être parent, frère, de Guillaume.
1 Antoine des Rosiers était le troisième mais s'était échappé. Journal, 27 juin, 1659, XLV, 98. 16 juillet, p. 104.
2 Ibid., 21 août, p. 102.
3 Journal, 12 sept., 1659, XLV, p. 112. Il n'y a rien dans le liber baptisatorum au sujet de Guillaume Routier.
4 Greffe d'Audouart, 28 juillet 1657 et 29 nov., 1656.
5 Godet, 16 janv., 1652.
6 Auparavant, il signe comme témoin dans plusieurs actes. Ainsi, le 24 jauv., 1655, le 22 et le 10 nov., 1656 et plusieurs fois en 1657. — Greffe d'Audouart.
7 Voir le cadastre de 1685. Jean Routier avait acquis d'Ktienne de Nevers la terre concédée à Le Mire. Greffe de Rageot, 17 juillet, 1667. De Nevers l'avait achetée de Julien Quantin, le 20 sept . 1654 (Audouart), et celui-ci de Le Mire, en 1652. (Godet).