‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 197 sur 295 · CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

Incendie de la chapelle de Sillery le treize juin 1657. — Quand fut-elle rebâtie? — Un texte obscur du Journal. — La reconstruction eut lieu de 1659 a 1661 . — Arrivée de Mgr de Laval en 1659. — Il donne la confirmation à une centaine d'Algonquins et de H urons.— Festin à cette occasion, harangue d'un chef Huron et de Négabamat. — Départ de l'abbé de Queylus. — Retour de la sœur Bourgeois et de Jeanne Mance . — Nouveaux colons.

Pendant le cours de tous ces é v è n e ments dont nous n'avons pas voulu interrompre le récit, — départ et massacre des Hurons, surprises mutuelles, prisonniers faits et rendus, négociations et ambassades, — une épreuve bien plus redoutable qu'une attaque des Iroquois, contre lesquels la protégeaient assez les murailles de son fort, était venue fondre sur la bourgade de Sillery.

Le 13 juin, 1657, vers deux heures de relevée, le feu prit par la cheminée de la cuisine, sans qu'on put savoir comment, à la maison des pères, et, dit la Relation, " on " vit en peu de temps notre maison et celle d'un bon " sauvage Chrestien toutes en flammes, et pour comble

de nostre infortune, le feu les poussa si violemment *t si promptement vers l'église, dans laquelle une bonne partie de ces peuples a pris naissance à Jésus-Christ, qu'il fut impossible de la sauver. Son Maistre Autel, enrichi d'or et de ce beau rouge de corail qui frappait si doucement les yeux de ces bons Néophytes, et qui leui donnait des tendresses pour leur A'iamihimikiouap, c'est-à-dire pour leur maison de prières, fut presque en un moment réduit en cendres. "

" Cette église estait dédiée à Dieu sous le nom de S. Michel, suivant le désir de celuy qui avait donné une bonne partie des deniers pour la bastir. C'estait la première de tout le pays érigée pour les nouveaux Chrestiens. On la pouvait appeller la Matrice de tout le Christianisme de ce nouveau monde, pour ce que les Montagnais et les Algonquins, s'estant convertis en ce lieu, donnèrent ensuite à toutes les autres nations qui depuis ont reçu Jésus-Christ, d'écouter sa parole à l'exemple de leurs compatriotes. C'estait l'azile et le refuge des Français voisins, qui déplorent cet incendie autant que nos bons néophytes. Et les uns et les autres nous pressent de relever ces ruines ; mais nous n'avons pas les bras assez forts, sans un secours plus grand que celuy qu'ils nous pourraient donner pour restablir de nous-mesmes une perte si notable.

" Le brave néophyte, de qui la maison et tout le petit bagage fut dévoré par ces flammes, estant interrogé si ce désastre ne l'avait pas beaucoup touché, répondit sainctement : Si la Foy ne m'avait appris que celuy qui a tout fait est le maistre de ses ouvrages, et qu'il en dispose sagement comme il lui plaist, ce coup m'aurait attristé : mais pourquoy le quereller et se

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