CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
Les Hurons auraient trouvé à Sillery des pêches d'anguille, le bois de chauffage, surtout un fort pour se défendre et des terres à cultiver ; ils auraient ainsi cessé d'être à charge au public et aux communautés religieuses, Ce dessein fut réalisé dix ans plus tard à Notre-Dame de Foy, à une demi-lieue à peine de la bourgade Saint- Joseph.
S'il ne le fut pas à Sillery, c'est que les Algonquins et les Montagnais revinrent, plus tôt qu'on ne pensait, reprendre leurs maisons et leurs champs.
Ce retour eut lieu probablement lorsqu'ils virent relever la résidence des missionnaires et l'église. Quand se fit cette résurrection ? Impossible de donner une date précise, mais on peut croire que ce fut de 1659 à 1661.
En effet en 1658,1659,1660, il n'est pas question de messe ni d'autre office religieux à Sillery, ce qui, rapproché des autres années, est significatif. On avait commencé à donner le pain bénit à Sillery en 1657, mais au printemps 1658, le premier avril, C1) " les habitants du Cap- " Rouge, pour avoir refusé de faire le pain bénit à " la paroisse de Québec, furent appelés devant M. le " gouverneur qui leur conseilla, après avoir ouï toutes u leurs raisons, de s'accorder au plus tôt avec les mar- " guilliers de la paroisse pour payer quelques écus cha- " que année comme une reconnaissance à la paroisse " pour faire le pain bénit : à quoi ils s'accordèrent tous."
Il est peu probable que, si l'église Saint-Michel avait été alors rebâtie et que ces pauvres gens eussent continué à y donner le pain bénit, on se fut montré si exigeant. Mais ils n'avaient en ce moment pas d'autre
Journal à cette date, 233.
église que celle de Québec, qui, du reste, en droit, était leur église paroissiale, et ils devaient prendre part aux charges du culte.
D'ailleurs, sans descendre à 1675, ou> d'après le P. Enjelran. il y avait à Sillery " une assez belle église " dédiée à Saint-Michel," (J) ni à 1673 ou ^es Hurons de " Notre-Dame de Foy, avant de partir pour Lorette, y vont en pèlerinage, (2) on voit qu'en 1663, au milieu des terreurs causées par les tremblements de terre on y accourt de tous côtés. (3) En 1662, le vingt-huit septembre, fête de Saint-Michel, on y dit la messe. (4)
En 1661, tout à la fin de l'année, le P. Jérôme Lalemant, après avoir énuméré les endroits où les pères dirent la messe à Noël : u Le P. Chaumonot à la même " heure que M. de Bernières céans (ici dans notre cha- " pelle), le Père Dablon aux Ursulines, le P. Pijart à " l'hôpital, " ajoute i: J'allai à Sillery. " (5) Rien que cela, mais sans effort d'imagination on comprend qu'il y vint dire la messe.
Il put la dire à la vérité dans une maison, mais c'est peu probable, à si petite distance de Québec, où les sauvages pouvaient se rendre aisément : ils avaient accoutumé de faire de bien plus longues course- pour assister au saint sacrifice.
Enfin, Mgr de Laval fit, le six juin 1661, la visite pastorale à Sillery et y donna la confirmation. On n'a pas de détails sur cet événement qui dut être l'occasion
1 Lettre de ce Père . Rel., éd. Burrows. LX, p. 130.
2 Rel.t 1673, éd. Donniol. I, 305, 306.
3 AV/., 1663, p. 8.
4 Jourual, XlyVII, 2S8, 29 sept.
5 Journal 1661, derniers mot-;. XLYI. p. i^s (B,)