‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 207 sur 295 · CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

Le P. Le Moyne partit pour Onnontagué (0, et sa mission, grâce à la bienveillance et à l'adresse Garakontié, un des sauvages les plus intelligents d'alors, eut un succès inespéré. Dès l'automne, neuf prisonniers furent ramenés à Montréal par le célèbre capitaine auquel on fit une réception magnifique. (2)

Malgré les négociations, en ce même automne, MM. Le Maistre et Vignal, prêtres de Saint-Sulpice, furent massacrés aux portes de Montréal, et, au mois de février suivant (1662), le courageux Lambert Closse, la terreur des Iroquois, abandonné sans armes par un lâche valet, tomba sous leurs coups.

Des ambassadeurs iroquois, avec une capitainesse, apportèrent peu après des nouvelles du P. Le Moyne. Cinq soldats partis au-devant d'eux jusqu'au fort Saint- Xavier, vers le Cap-Rouge, les amenèrent à Sillery, où cinq autres les joignirent et les accompagnèrent à Québec. Leurs présents ne signifiant pas grand chose, on craignit quelque dessein caché. Ils vinrent coucher à Sillery le vingt-neuf mars et repartirent le lendemain en compagnie de trois Français. Mais de nouveaux meurtres commis ci et là ne permirent pas d'être' en assurance et jetèrent un voile de tristesse sur la joie causée, à la fin d'août, par le retour du P. Le Moyne avec dix captifs que lui avaient rendus les Onnontagués. (3)

La confiance à peine rétablie par l'arrivée de cent soldats, avant-garde d'un secours plus considérable promis pour l'année suivante, fut de nouveau alarmée par

1 Journal, 21 juillet 1661, XI/VII, 180. Rel. 1661, p. 8, 9, ss.

2 Lettre du P. I^e Moyne, rel. de 1661, p, 31, ss.

3 II arriva le 30 août.— Journal, 15 sept., 1662, XLVII, 286, 288. — Rel., 1662, p. 12.

des phénomènes effrayants qui ont rendu célèbre dans nos annales l'année 1663. (J) Un tremblement de terre, accompagné de bouleversements extraordinaires, se prolongea, avec des intermittences, du commencement de février jusqu'au mois de septembre. (2)

La première secousse eut lieu vers le soir du cinq février et dura une demi-heure. D'autres se succédèrent à courts intervalles, les jours suivants, avec une violence inouïe. Au dire de témoins oculaires, 0:1 voyait danser les pieux des palissades, osciller le toit des maisons, les arbres chanceler et s'entrechoquer comme si, selon l'expression pittoresque des sauvages, la foret eut été ivre.

" L'on entendait de toutes parts dit la Mère de ' l'Incarnation, une grêle de pierres sur les toits, dans les " greniers et dans les chambres. Il semblait que les " marbres, dont le fond de ce pays est presque tout com- " posé, et dont nos maisons sont bâties, allaient s'ouvrir " et se mettre en pièces, pour nous engloutir. Une " poussière épaisse volait de tous côtés. Les portes s'ouu vraient d'elles-mêmes, d'autres qui était ouvertes se " fermaient. Les cloches de toutes nDS églises et les u timbres de nos horloges sonnaient tout seuls, et les u clochers aussi bien que nos maisons étaient agités " comme des arbres quand il vente ; et tout cela dans une " horrible confusion de meubles qui se renversaient, des " pierres qui tombaient, de planchers qui se séparaient, " de murs qui se fendaient. Parmi tout cela Ton enten-

1 Journal, ibid, 292, oct.

2 AV/.,i663, p. 3, ss. — Lettre du P. Simon, trad. en latin par le P. Ragueneau et envoyée au P. Oliva, XIA'III, pp. [82, 183 La Relation dit que les secousses se continuèrent jusqu'au mois d'à»

et la Mère de l'Incarnation, jusqu'au mois de septembre. Le.'tres, II,

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