CHAPITRE VINGT-CINQUIEME
<c dait les animaux domestiques qui hurlaient. Les " uns sortaient des maisons, les autres y entraient. En " un mot l'on était si effrayé, que l'on s'estimait être à " la veille du jugement, puisque l'on en voyait les
signes.
La vénérable Marie de l'Incarnation.
Du côté du Cap-Tourmente il y eut des tourbillons et des orages furieux. "Ce fut un bruit épouvantable " causé par un déluge d'eau qui tomba des montagnes
1 Lettres, II, 228, ss.
" avec une abondance et une impétuosité incroyables. " Les moulins furent détruits et les arbres des forêts dé- " racines et emportés. Ces nouvelles eaux firent changer " le cours de la rivière, son premier lit demeurant ensa- " blé et à sec. Une fort belle grange, qui était toute " neuve, fut emportée toute entière à deux lieues de là, " où elle se brisa enfin sur des roches. Tous les bestiaux " de ces côtés-là, qui étaient en grand nombre à cause des " belles et vastes prairies du pays, furent emportés par " la rapidité des eaux. Plusieurs néanmoins ont été sau- " vés à la faveur des arbres, parmi lesquels s'étant trou- " vés mêlés, on les a retirés après que le fort du torrent " a été passé. Les blés en vert ont été entièrement rui- " nés ; et non seulement les blés, mais encore toute la " terre d'une pièce de douze arpents a été enlevée, en " sorte qu'il n'y est resté que la roche toute nue. (0
A cela se joignaient des bruits souterrains semblables aux roulements du tonnerre. La terre s'entrouvrit par endroits en larges crevasses, des rivières furent asséchées et des lacs se formèrent où l'on n'en avait jamais vu ; de vastes étendues de forêts furent tellement bouleversées qu'elles parurent ensuite comme des terres fraîchement labourées. A la baie Saint- Paul une petite montagne située près du fleuve s'y engloutit et reparut ensuite sous forme d'îlot. Ailleurs de larges bandes de terrain couvertes de bois, glissant des falaises, offrirent le spectacle d'arbres poussés au sein des flots : des rivières furent ainsi obstruées, et les eaux amoncelées, s'ouvrant un nouveau cours, souillèrent de vase et de limon le Saint-Laurent qui roula terne et bourbeux pendant trois mois. La glace épaisse de cinq à six pieds se brisa ci et
1 laid. Il, p. 241.