‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 209 sur 295 · CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

là avec un bruit éclatant et l'on vit jaillir fort haut dans les airs des colonnes de vapeur et d'eau mêlées de sable. Les fontaines tarirent ou ne fournirent plus qu'une eau chargée de soufre.

L'on entendit dans les airs des bruits semblables à des hurlements lamentables, et des météores ignés, aux formes fantastiques, apparurent qui portèrent la terreur à son comble. Les sauvages épouvantés disaient que c'était un châtiment des excès qu'ils avaient commis par les boissons. D'autres, moins instruits, croyaient que les âmes de leurs ancêtres voulaient revenir dans leurs anciennes demeures et, pour les effrayer, faisaient dans les airs des décharges de leurs fusils. (0

C'étaient sans doute des phénomènes naturels mais plusieurs y virent des effets de la colère de Dieu, qui a assis la terre sur ses bases et peut à son gré l'ébranler ou l'anéantir.

Le châtiment avait été pressenti et annoncé par des âmes saintes. Deux jours auparavant, une Hospitalière, la mère Saint- Augustin, émule en sainteté de la vénérable Marie de l'Incarnation, étant en prières, eut le sentiment que Dieu était grandement irrité, et dans sa ferveur se prit à désirer ardemment la punition des coupables. Elle aperçut alors, aux quatre angles de la région voisine de Québec, des démons qni secouaient la terre avec violence et l'auraient entièrement bouleversée si un personnage d'une beauté et d'une majesté surhumaine,

1 M. de l'Inc. loc. cit., p. 231. Quelque incroyables que paraissent ces événements, il y aurait mauvaise grâce, pour ne pas dire mauvaise foi, à rejeter les témoignages de témoins oculaires dont la véracité et la droiture d'esprit sont au-dessus de tout doute. Voir M. l'abbé Gosselin, Vie de Mgr de Laval, I, ch. XI — ; l'abbé Casgrain, Hist. de V Hôtel-Dieu. p. 240, ss.

tout en leur lâchant un peu les rênes, n'eut en même temps mis un frein aux excès de leur fureur. (0 Deux jeunes femmes algonquines, remarquables par leur foi naïve et leur parfaite innocence, reçurent de semblables avertissements. L'une d'elle vit dans son sommeil la sainte Vierge et l'Enfant Jésus qui lui dirent que la terre allait trembler, les arbres s'entrechoquer, les rochers se fendre, à la grande terreur de tout le monde. Peu de temps avant la première secousse elle s'écria hors d'ellemême : u Ce sera bientôt, ce sera bientôt !" et pressentit de la même façon les autres ébranlements.

L'autre, étant bien éveillée et sur son séant, pendant la nuit du quatre au cinq février, entendit une voix distincte qui disait : " II doit arriver aujourd'hui des " choses étranges, la terre doit trembler." Son mari auquel elle raconta la chose tout bas, l'accusa de mensonge et ne voulut rien croire. Dans la journée, étant entrée dans la forêt pour couper du bois, elle entendit la même voix et en avertit sa sœur venue à sa rencontre, mais personne n'y voulut ajouter foi jusqu'à ce que l'événement vînt justifier la prédiction. (2)

Ce qui attirait ainsi la colère divine, c'était l'abus des boissons enivrantes, qui porte encore aujourd'hui la désolation au sein de tant de familles, la ruine et la misère à tant de foyers, et qui alors menaçait d'anéantir les chrétientés florissantes formées au prix de si grands sacrifices.

" Je ne veux pas décrire, dit l'auteur de la relation " de 1663, les malheurs que ces désordres ont causez à

1 Récit du P. Simon, toc. cit., p. 1S9. — Lettres de la l'eu. .V. de ï Incarnation, II, 227.

2 Voir Ferland, I, 484, ss. — Rcl. 1663, toc. cit.

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