‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 215 sur 295 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

Au printemps de 1663, les Algonquins de Sillery avaient déjà donné aux Agniers une rude leçon.

Quarante-deux chrétiens et un Français, partis vers la fin de mai (x) pour la guerre sainte contre les Iroquois, avaient remonté le Richelieu sans rien découvrir et s'étaient embusqués dans les îles du lac Champlain. A peine y étaient-ils cachés qu'un parti d' Agniers arrive, qui venait de Montréal, où, uni à des Onnontagués, il avait surpris et fait prisonniers deux pauvres Français. L'un était resté aux mains des Onnontagués qui retournaient dans leur pays par le lac Ontario,et les Agniers ramenaient l'autre pour en faire le jouet de leur barbarie. Ce malheureux avait eu un œil crevé au moment de sa capture et pouvait s'attendre à pis encore. Mais très dévot à la Sainte-Famille, dont une association venait d'être formée par le P. Chaumonot, il priait la sainte Vierge, avec une ferveur facile à imaginer, de ne pas permettre qu'un membre de sa famille pérît dans les tourments. Cependant les Algonquins après avoir épié la descente de l'ennemi, envoient reconnaître sa position, et, aussitôt la nuit tombée, se glissent silencieusement dans le bois pour tomber sur leur proie pendant son sommeil.

Mais soudain le chef iroquois éveillé par un léger bruit donne l'alarme. C'était Garistarsia — Le Fer — renommé par son courage, sa force et par le nombre de Français et de sauvages tombés sous ses coups. Ses compagnons aussitôt en armes, engagent, au milieu de ténèbres, un combat corps à corps, où le râle des mourants et les plaintes des blessés se mêlent bientôt aux cris des combattants. Gahronho, chef des Algonquins, s'est attaché à Garistarsia. Le saisissant par sa longue chevelure, il le somme de se rendre, mais, habitué à faire des prison-

niers et confiant dans sa vigueur, l'autre résiste et allait porter à son assaillant un coup mortel quand la hache de celui-ci s'abat comme la foudre sur sa tête, et l'étend sans vie sur le sol. Leur chef tombé, les Iroquois, blessés pour la plupart, prennent la fuite. L'un d'eux, qui avait une épée passée à travers le corps, ne courut pas loin. Dix gisaient sur le carreau et trois restèrent aux mains des vainqueurs. Le pauvre captif français, en danger de perdre la vie dans cette mêlée, cria qu'il était Français, et aussitôt les Algonquins de l'entourer et de rompre ses liens avec tant d'empressement qu'ils faillirent lui couper une jambe. (*)

Les prisonniers furent amenés à Sillery mais " au " lieu de doigts coupés, de nerfs arrachés et des autres " caresses " usitées en pareilles circonstances, on les conduisit à la chapelle où les chrétiens entonnèrent en leur présence de beaux cantiques d'action de grâce. Ils les exhortèrent ensuite à se faire baptiser et les conduisirent au missionnaire. Il se trouva que l'un des captifs était Huron. Pris dans son enfance par les Iroquois et élevé par eux, il était devenu membre de leur nation. Son père qui vivait encore à Québec le reconnut et on lui fit grâce de la vie. Ainsi sa captivité lui rendit en même temps sa famille et la foi.

Les deux autres devaient mourir, c'était justice. Sans les tourmenter, après qu'ils eurent reçu le baptême, on les passa 'par les armes comme des soldats. (2)

Outre cette défaite, les Cinq-Cantons axaient perdu nombre de guerriers dans des attaques malheureuses

1 Relai.y 1663, p. 14. 15

2 AV/., 1663, p. 16, 17.

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