CHAPITRE VINGT-SIXIÈME
contre les Andastes (0 et les Mahingans (2) et sentaient le besoin de la paix.
Grâce à Garakontié, des ambassades étaient venues à Québec en 1664 mais sans grand effet, à cause des paieries et des meurtres que les Agniers ne cessaient de commettre dans nos campagnes. Garakontié, accompagné de députés onnontagués Goyogonins et Tsonnontouans, revint en ambassade au commencement de décembre 1665. ^ Il ramenait Charles Le Moyne., habitant de Montréal, pris trois mois auparavant, (4) et demanda en retour la liberté de trois de ses compatriotes, ce que M. de Tracy accorda volontiers à ce vieil ami des Français. Il apportait la nouvelle de la mort du P. Le Moyne, premier apôtre des Iroquois, arrivée quelques jours auparavant au Cap de la Magdeleine, et dans sa harangue il en fit un magnifique éloge.
Les Agniers n'avaient pas paru. Une expédition forte de cinq à six cents hommes, aux ordres de M. de Courcelles, après s'être mise à Sillery sous la protection de saint Michel, partit pour aller châtier leur orgueil et leur perfidie.
Mais à cause des difficultés qu'offrait une marche de deux cents lieues(5) à la raquette, à des soldats chargés de bagage et qui n'étaient pas habitués à la rigueur de nos
1 Ibid., ch. IV, p. 10, s.
2 Rel., .1664, p. 33.
3 L,a Rel. de 1666, p. 5, met l'ambassade au mois d'octobre, mais la mort du P . Le Moyne étant arrivée seulement le 24 novembre (Journal, XLIX), la vraie date doit être celle qu'indique le Journal, 2 déc. Zbid, p. 176.
4 Rel. 1666, p. 5.
5 D'après la relation " 300 lieues "; environ cent-cinquante," Ferland, II, 46 ; " sept cents milles ", Garneau.
hivers, elle eut peu de succès. Trente guides algonquins qu'on attendait, s'étant enivrés, arrivèrent trop tard et la vaillante petite armée, victorieuse de mille obstacles, aboutit à vingt lieues du village des Agniers et dut rebrousser chemin après quelques escarmouches.
Cependant frappés d'une crainte salutaire ils envoyèrent des députés à Québec dans l'été pour faire la paix.
Le traité était à peine signé qu'on apprit le meurtre» commis par eux, de M. de Chazy et du capitaine Traversy, et la capture de quatre autres officiers près du fort Sainte-Anne (La Mothe) dans une île du lac Champlain. M. de Sorel, parti aussitôt avec trois cents hommes pour punir cette trahison, rencontra des ambassadeurs qui ramenaient les prisonniers et témoignaient grand regret de ce qui était arrivé. Mais M. de Tracy, comprenant que les nouvelles négociations n'aboutiraient à aucun résultat sérieux si l'on ne frappait un grand coup par les armes, retint les ambassadeurs en prison et une puissante expédition fut organisée pour détruire le repaire des brigands.
L'armée, forte de près de treize cents hommes, fut prête au mois de septembre, et les troupes avant le départ, ayant défilé sous les yeux d'un Iroquois nommé le Bâtard Flamand, il ne put retenir ses larmes à la pensée de ses foyers qu'on allait détruire, et demanda di moins d'épargner sa femme et ses enfants (0
Les villages des Agniers, qu'on trouva mieux bâti: et armés qu'on ne s'y attendait, furent en effet coin-
1 Yen. M. de l'Incarnation, Lettres, II, 327.