CHAPITRE VINGT-HUITIÈME
Autres habitants de la côte S. -François-Xavier. — Jean Noël.— Jean Migneron dit Lajeunese ancêtre des Myrand. —Sébastien Ginguereau, ancêtre des Gingras. — Jacques Fournier, sieur de la Ville.— Pierre Masse, père et fils. — Jean Nepveu et Gilles Pinel.— Pierre Pluchon. — Pierre Dubois-Morel. — Jean de la Rue. — Sébastien Liénard dit Durbois. — Nicolas Goupil et Denis Jean dît Saint-Onge.— Thomas Hayot. — Nicolas, et François Pelletier.— Jacques Lebeuf.— Où était Ivouise de Boiseneuve dont parle le recensement ? — Quelle terre avait Denis Jean ? — Détails sur cette famille : Marie Jean, religieuse de la Congrégation. — Marie Françoise Jean, devenue la mère Anne des Anges a l' Hôtel-Dieu : sa sainte vie et sa sainte mort. — Sa mère, Marie Pelletier, veuve Denis Jean, se dévoue à l'oeuvre de la Provi* dence à Québec, puis à celle de l' Hôpital-Général. — De domaine de Monceaux en 1667. — La résidence de Sillery, — Population totale des côtes de S» -François-Xavier et de S . -Ignace. — Qui possède aujourd'hui les terres de la côte S. -François-Xavier.
Afin de ne pas fatiguer lecteur par un chapitre interminable, nous avons lais* se à mi-cliemin Phistoire de nos amis de la côte Saint- François-Xavier. Dans la partie qui reste à parcourir les changements ne sont pas moindres que dans celle que nous avons étudiée.
Jean Noël ou Nouel, bien que placé par le recen* sèment parmi les habitants de la côte Saint-Ignace, i1)
1 Au reste, bien que les documents cités donnent le nom de Saint- Ignace au second rang, les cartes indiquent sous ce nom une partie de la côte la plus rapprochée de Sillery. De cette manière» tout se con» cilié.
devait être encore sur la concession à lui concédée par le P. Dequen en 1652. (0 C'est du moins ce qui découle de l'arpentage dont nous avons parlé, fait par Jean Guyon en 1674 entre Jean Routier et Jean Noël. (2)
Il était originaire du Poitou et avait épousé en 1657, après la mort de Suzanne Barbot, sa première femme, Jeanne Guyon, veuve de Florent Buisson. On le retrouve à Sainte- Foy en 1681 avec son fils Jean qui y avait aussi une terre.
Jean Migneron dit La Jeunesse, à s'en rapporter au cadastre de 1685, aurait eu la terre voisine de Jean Routier, précisément celle de Jean Noël. Mais il faut se rappeler que les concessions primitives, dans cette région, avaient toutes, sauf deux ou trois qui ont été mentionnées, deux arpents seulement de front. Comme il y avait trois quarts de lieue, de la pointe Saint- Joseph à la ligne de Gaudarville, il s'en suit que, lors du cadastre, les censitaires, en assez petit nombre, devaient la plupart posséder des terres beaucoup plus étendues, comprenant par fois deux et même trois des anciennes concessions. Ainsi, à en juger par la grandeur de la terre de Jean Routier sur le plan, il avait non seulement les habitations de Le Mire et de Patenotre mais probablement celle de Jean Noël alors disparu.
Au reste, dans le groupement des anciens colons et clans la localisation de leurs terres, nous nous appuyons ici sur des documents incontestables, — avantage que nous n'aurons malheureusement pas toujours ! Jean Noël étant donc, d'après l'arpentage cité de Jean Guyon, voisin de Jean Routier, Migneron venait ensuite. Rn tout cas,
1 Greffe de Godet, 23 janvier 1652.
2 Supra, p. 407.
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Il était dans ces parages dès 1661, puisque, le dix mars 1661, fut baptisée à Sillery Marie-Anne fille de Jean Migneron et de Marie Pavie. En 1664 François Boucher cède à Bastien Ginguereau une terre de deux arpents de front entre le sieur Fournier (0 et Jean Migneron. Originaire du Poitou, ce dernier a eu une nombreuse postérite et son nom, transformé en celui de Mignerand puis de- Myrand, honorablement porté par plusieurs familles de Sainte-Foy, ne paraît pas, grâce à Dieu, en danger de s'y éteindre,
Sébastien Ginguereau, (2) qu'on vient de nommer, était donc voisin à l'est, de Jean Migneron. Il était originaire de La Rochelle et avait douze arpents de terre en culture et trois têtes de bétail. Il avait épousé en 1665, Marie-Geneviève, (3) soeur de Charles Guillebout, habitant du fief Saint-Michel. La famille Ginguereau, — aujourd'hui Gingras, — sans représentants à Sainte-Foy depuis le milieu du XVIII siècle, vient de s'y implanter de nouveau, sur uue terre de la côte Saint-Ignace. Lors de l'aveu et dénombrement de 1733, Marie-Thérèse, petite fille (4) de Pierre Masse et veuve de Joseph Ginguereau, (5) fils de Sébastien, occupait encore la terre de ce dernier. Elle s'était remariée, le vingt-quatre avril 171 3
1 Duquet, 26 août, 1664.
2 Langreau, dans le recensement. Dans le liber^baptisatorum on trouve partout Ginguereau dont on a fait Gingras.
3 Contrat de mariage, 17 nov. 1665. Rageot.
4 Fille de Pierre, deuxième du nom, et de Jacqueline Pin, veuve de J . -B. de la Rue .
5 Jos' Ginguereau mourut le 9 janvier, 171 1 et fut inhumé à Sainte-Foy le lendemain . Sa fille Marie-Josephte fut baptisée le dix mai . Reg. , de Sainte-Foy .
à Abraham MétotT d'abord habitant de la côte de Lauzon, puis de Sainte-Foy. Marie-Thérèse, fille de Sébastien Ginguereau, baptisée à Sillery en 1673, Par ^e ^* Vaultier, entra à l'Hôtel-Dieu, fit profession en qualité de soeur converse, sous le nom de Sainte-Félicité, le dix novembre 1725, et mourut en 1734. Dans l'histoire de la maison, (0 on la donne comme originaire de Saint- Augustin. C'est que peut-être une partie de la famille s'était établie dans cette paroisse dans les premières années du XVIII siècle.
Jacques 'Fournier, sieur de la Ville, voisin de Sébastien Ginguereau, était de Saint-Germain d'Auxerre. Sa femme s'appelait Hélène Figuier. Il avait six arpents de terre en valeur et une tête de bétail. Son goût pour l'agriculture ne dura guère, et le sieur de la Ville n'a laissé ici d'autre trace que son nom dans l'acte de Duquet que nous avons cité et dans le recensement de 1667.
Il faut en dire autant d'ANTOiNE Boutin, que le recensement mentionne avant Jacques Fournier. C'était le gendre de Barthélémy Gaudin dont il avait épousé la fille, Geneviève. Un seul de ses enfants, Jean-Baptiste, fut baptisé ici, par le P. Nicolas, le vingt-deux juillet 1666. Il était à Charlesbourg en 1668.
Pierre Masse ou Massé au contraire a fondé une famille qui s'est perpétuée à Sainte-Foy pendant plus de deux siècles ; et qui, si elle est maintenant éteinte ici, compte encore en d'autres localités de nombreux rejetons. C'est un des plus anciens sinon le plus ancien habitant de la paroisse, et, comme on a dit ailleurs, son fils Denis est le premier enfant français que mentionne le registre
: A l'appendice, p. 601, no 24.
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de Sillery. (0 Occupait-il, en 1666 et en 1667, la concession que lui avait faite le P. Dequen en janvier 1652 ? On sait qu'il l'avait cédée dès le mois de février à Maurice Arrivé, et celui-ci au mois de novembre, à Jean Neveu. (2)
Jean Neveu ou Nepveu, qui avait épousé Aune Leodet, (3) résida quelque temps à Sillery où fut baptisée, le onze octobre, 1655, sa fille Suzanne, et mourut vers le commencement de 1657. Le deux septembre 1657, Anne Leodet épousa Gilles Pinel et lui apporta la terre de son premier mari. (4) Il nous paraît plus probable que Gilles Pinel, qui habitait cette région en 1666 et 1667, l'avait encore à cette époque. Il est possible que Pierre Masse eût dès lors acquis la terre de Gilles Hénart (5) vendue le vingt-six juin 1661 (6) par François Boucher à François Touraillon, dont le nom ne figure pas dans le recensement. Chose certaine c'est que, lorsque fut fait le cadastre de 1685, non seulement la terre de Gilles Hénart, mais celles de Charland et de Pierre Masse l'ancien appartenaient au fils de ce dernier, Pierre Masse, deuxième du nom. Il y avait en outre, sous l'étiquette Masse et Masset, deux autres terres à la
1 Supra, p. 311, s.
2 Greffe d'Audouart, cités dans la note 3, page 312, suprà.
3 Ce nom est écrit de bien des manières, Ledailes, Ledettes, Le* deptes dans le liber baptis.
4 Cela explique une contradiction apparente que nous avons relevée ailleurs {suprà, p. 252 et note 4, ib.) dans un acte d'Audouart^ du 24 septembre 1662, où l'on donne pour voisins de Charland d'un côté Gilles Pinel et de l'autre Frs Boucher, lorsque Godet en 1652 nomme Pierre Masse et Gilles Hénart. Ceux-ci avaient cédé la place aux deux premiers.
5 Esnart, ou Enart, ailleurs.
6 Greffe d'Audouart. Suprà, p. 251.
côte Saint- Ignace, où l'aveu et dénombrement de 1733 nous montre en effet deux descendants de Pierre Masse. Quoi qu'il en soit du site précis de sa terre en 1667, il y avait douze arpents en culture et trois bestiaux. Son fils, Denis, baptisé en 1645, avait vingt-deux ans, un autre, Pierre, seize ans, et Guillaume, sept ans.
De Gilles Pinel, (0 qu'on vient de nommer, il y a peu à ajouter. Il avait une tête de bétail et seize arpents de terre en valeur. Outre les enfants de Jean Nepveu, il éleva une nombreuse famille. Sa fille Catherine, née en 1658, épousa en 1672 Denis Masse. Luimême ne demeura pas longtemps à Sainte-Foy. Comme plusieurs autres, que nous avons déjà remarqués, il alla s'établir à la Pointe-aux-Trembles et y mourut en 1700.
Pierre Pluchon (2) occupait en 1666 et 1667 la terre de Claude Charland dit Francœur, qu'il avait acquise le vingt-quatre septembre 1662. (3) Il était âgé de quarante-neuf ans en 1666 et de cinquante-quatre en 1667, ce qui piouve qu'alors on vieillissait vite. Sa femme s'appelait Marie Gobineau en 1666, et Marie Richer en 1667 : on changeait de femme vite aussi. Heureusement notre liber baptisatorum est là pour apporter un tempérament à cet ardeur de vieillir et de changer. Tous les enfants de Pluchon, baptisés à Sainte-Foy, ont eu pour mère Marie Gobineau, sauf Jeanne, baptisée le dix-neuf janvier 1674, par le P. Silvy, et née, celle-là, de Marie Ledoux.
1 On a dit ailleurs qu'il était fils de Nicolas Pinel, établi d'abord à Oaudarville près d'Etienne Dumetz, puisa lacôteS.-F.-Xavier, après la peur que lui firent les Iroquois en 1651. S/tf>rà, pp. 294, 295.
2 Pas mentionné dans Tanguay.
3 Audouart, date citée. Francœur était alors à l'Ile d'Orléans.