CHAPITRE DEUXIEME
où ses guides lui firent comprendre qu'il y en avait encore un antre pins loin. Voyant qu'il était impossible, comme du reste le lui avaient dit, quelques années auparavant, les habitants d^Hochelaga, de triompher, avec des bateaux, de la violence de ces rapides, il revint à ses barques. Près de quatre cents sauvages y étaient réunis. Ils paraissaient bienveillants, mais la relation ajoute : " Il faut se garder de toutes ces belles cérémonies et " joieusetés, car ils auraient fait de leur mieux pour nous 11 tuer, ainsi que nous Pavons appris par la suite. " (*)
Au retour, on trouva le chef d^Hochelay absent. Un de ses fils dit à Cartier qu'il était allé à Maisouna, " ainsi que nous le dirent aussi nos garçons, disant " qu'il était parti depuis . deux jours. Mais de vrai, il 4 ' était allé à Canada ponr délibérer avec Agona ce " qu'ils pouvaient entreprendre contre nous. " (2^
A Charlesbourg-Royal, les sauvages avaient cessé d'apporter du poisson au fort et paraissaient pleins de défiance. Le chef d'Hochelay, au lieu d'être allé à la bourgade de Maisouna, était réellement venu s'aboucher avec l 'agona de Stadaconé ; le nombre des sauvages allait toujours augmentant : toutes choses de mauvais augure pour les Français.
Que s'était-il passé ? André Thévet (3) raconte qu'un
1 Relation, p. 77.
2 Relation, p. 77. V. Pope, op. cit. p. 124-125, ss.
3 Auteur du XVI siècle, historiographe du roi de France à partir de J559- Il a écrit plusieurs ouvrages, dont les principaux sont : Les singularités de la France Antartique, 1558, la Cosmographie universelle, 1575, le grand Insulaire et Pilotage, manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de Paris. Ces écrits, remplis de contes, ne doivent être lus qu'avec défiance. — D'après M. N.-E. Dionne, La Nv-France, I, note, p. 333, ss.
jeune gentilhomme, s'étant pris de querelle avec un sauvage, celui-ci, doué d'une grande force, Pavait précipité en bas du Cap et tué ; un soldat, venu au secours de son compatriote, avait subi le même sort. Mais Thévet, bien que contemporain et même ami de Cartier, (*) ne jouit
GRANDE GALERE DU XlVème SIECLE.
pas d'une grande autorité. Le caractère mobile et soupçonneux des sauvages suffit à expliquer leur changement d'attitude. Quoi qu'il en soit, il semble indubitable qu'ils tramaient la perte des Français. Mais Cartier se mit e:: assez bon état de défense pour braver toutes leurs attaques.
1 A ce qu'il dît lui-même — ^Cosmographie univcrseUet — vol. il p. i<K>q. Voir M Pope, Jacques Cartier, p. [75, note Aussi p. 127 note.