‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 230 sur 295 · CHAPITRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-HUITIÈME

Vincent Bredon (0 dont un enfant fut baptisé à Sillery le vingt et un janvier 1666. C'est la seule fois que ce nom soit mentionné dans nos registres. Nicolas Pelletier avait soixante dix-sept ans en 1667 et mourut peu d'années après sans qu'on sache à quelle date précise.

François Pelletier, son fils, époux d'abord de Dorothée la Sauvagesse, puis de Marguerite Morisseau, est nommé après son père, en même temps que son fermier Pierre Delacroix, et avait vingt arpents de terre en valeur. Où était sa terre ? Peut-être était-ce le bien paternel même, où le recensement ne mentionne pas de culture, peut-être une autre concession, sous le nom de Peltier dans le cadastre. Plusieurs enfants de François Pelletier furent baptisés à Sillery, de 1662 à i.668. Il alla plus tard s'établir à Sorel, où mourut en 1689 sa mère Jeanne de Vousyi (2)

La famille, si répandue dans le pays, n'a pas fait souche à Sainte-Foy.

Denis Jean(3) dit Saint-Onge, dont on a dit un mot, avait épousé Marie Pelletier, fille de Nicolas, et veuve de Goupil. (4) On sait grâce au Greffe d'Audouart, qu'il vint occuper la terre de sa femme et prit soin des enfants du premier lit. En 1662, le trois décembre, un accord fut fait entre les époux, par lequel Denis Jean s'engageait à

1 Tanguay dit Verdon . H y a bien Bredon dans le liber baptis.

2 C'est bien ainsi qu'on lit dans le liber baptisatorum, 2 mai 1649. Tanguay donne Roussy.

3 C'est bien Denis Jean et non Jean Denis, comme on lit dans l'acte de baptême de son fils Ignace, le 28 oct. 1656. Partout ailleurs le liber baptisalorum donne Denis Jean : le 13 oct. 1664 ; le 17 août 1667 ; le 24 fév., 1668; le 24 fév., 1658 ; le 24 oct., 1670, Catherine née ex Dionysio Jean, (P. Chomonot) ; au commencement de mai 1673 " patrinus fuit Dionysius Jean {2. Vaultier.)

4 Audouart, contrât de mariage, 24 août 1655.

payer aux enfants mineurs de Goupil la somme de cent trente-neuf livres et quinze sols, moyennant quoi il pourrait jouir de la terre en toute propriété. Il y avait en 1667 trente arpents en valeur et quatre têtes de bétail. Denis Jean mourut entre 1677 et 1981.

Plusieurs enfants naquirent de l'union de Denis Jean et de Marie Pelletier. Deux nous intéressent davantage : Marie, née en 1661 et devenue religieuse de la Congrégation de Notre-Dame, et Marie-Françoise, baptisée par le P. Nouvel, le trois septembre 1664, et qui entra à l'Hôtel-Dieu de Québec dès l'âge le plus tendre.

On lit dans le registre de la maison : (0 " Marie- " Françoise entrée pensionnaire le vingt avril 1677, âgée " de douze ans et 8 mois, fille de monsieur Jean, habi- " tant du Cap-Rouge et paroissien de Sillery. Vl Et plusloin :

" Le 16 juin 1681, monsieur Henry de Bernières vicaire général, reçut les vœux de la soeur Marie- Françoise Jean dite Anne des Anges, fille de sieur Denis Jean et de Dame Marie Pelletier. Il avait pour assistants Messires Pierre Francheville et Paul Gagnon.

" Née d'une très sage et honnête famille, dit la lettre circulaire écrite à sa mort, sa vocation à l'hospitalité parut dès son enfance, qu'elle pria sa bonne mère de la mettre chez nous, où elle entra dès l'âge de douze ans, par la grande ferveur qu'elle marquait avoir pour l'état religieux et le service des malades, ferveur qu'elle a soutenue toute sa vie avec une grande fidélité. Les Supérieures, connaissant sa grâce, l'occupaient souvent dans les emplois d'infirmière, et

1 Nous reproduisons ici textuellement les notes de la R m Saint-André.

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d'hospitalière, (0 qu'elle a toujours exercés avec une charité égale à son zèle. Son extérieur inspirait de la dévotion par le recueillement et la modestie qui paraissaient sur son visage. Bile priait presque continuellement quoiqu'elle fut très occupée au service des malades. En 1694 elle était hospitalière ; et les navires de France nous ayant fourni plusieurs cas de scorbut et de peste, elle gagna le scorbut qui la jeta dans une longue et douloureuse maladie dont elle eut à souffrir pendant huit ans. Ayant été de nouveau élue hospitalière au mois de mars 1708, elle s'y comporta avec le même esprit de douceur, de bienveillance et de charité, qui l'a distinguée toute sa vie ; et notre hôpital s'étant rempli tout l'été de maladies contagieuses, elle ne s'est pas épargnée pour servir ceux qui en étaient atteints. Enfin le 11 décembre elle tomba malade elle-même d'une fièvre maligne qui l'a conduite au tombeau.

"Le 15 décembre de la même année une jeune religieuse de 26 ans, nommée Catherine Gauvreau (2) de S.-Augustin, tomba aussi malade en veillant ma sœur Anne des Anges et elle mourut le 20 du même mois à 1 1 heures du soir. Ces deux chères sœurs ont pratiqué à l'infirmerie les vertus dont pendant leur santé, elles avaient embaumé le monastère et toutes les

1 On nomme encore hospitalière celle des religieuses qui est chargée de la haute direction des salles de malades. C'est à elle d'admettre les patients, de les placer, de pourvoir à leur traitement et de déterminer, sur l'avis du médecin, le temps de leur sortie.

2 Sans doute Marie-Catherine, née en 1683, fille de Nicolas Gauvreau, maître-armurier, qui eut trois filles à l'Hôtel-Dieu, (Notes de la R. M. S. André), et qui avait acquis en 1675, de cette communauté, la terre donnée par Adrien Sédilot. Voir Tanguay, I, 261.

u personnes qui les ont connues. Comme elles étaient " toutes deux dans la même infirmerie, elles parlaient u des choses de l'éternité de manière à réveiller l'ardeur " des moins ferventes, et nous en avons été si fort édi- " fiées que nous en faisons encore le sujet de nos entre- " tiens dans nos récréations."

" Ayant fait appeler les novices, ma Sœur des Anges " leur recommanda surtout la régularité, et leur assura " qu'une religieuse mourait pleine de joie après avoir " passé sa vie dans l'exacte obéissance. Ses paroles " avaient d'autant plus de force qu'elles étaient soutenues u de ses exemples et qu'elle avait toujours été très " dépendante, pauvre et régulière. Elle fit bien voir " qu'elle jouissait elle-même du fruit de ses vertus : car " malgré ses douleurs elle conserva sa paix et son union " avec Dieu jusqu'au dernier moment, elle en donnait *• des marques extérieures par les fréquentes oraisons ja- " dilatoires dont elle se servait pour s'entretenir avec " Notre-Seigneur et pour lui témoigner l'empressement

" qu'elle avait d'aller à lui. (0

" Après que ma soeur de S. Augustin fut morte, " elle prévint le petit embarras où était l'infirmière, en " lui disant qu'elle savait bien qu'il n'y avait ici qu'une " table (2) pour exposer les sœurs défuntes et que, puis- ," qu'elle allait être employée, il fallait prendre pour elle " la table de l'hôpital ; qu'elle serait ravie que les nieu-

i Une pièce assez longue et fort intéressante montre que l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement était établie à Québec dès 1686, c'est l'acte d'association de cette religieuse par le P. Ronaventure Ferecoy. Arch. de l'Hôtel-Dieu, Notes de la R, M. S. André.

2 Le lit funèbre des religieuses est une table à dossier, posée sur deux tréteaux. On se servait autrefois d'vn lit semblable pour les pauvres de l'hôpital. Note de la R. M. S. André.

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" bles des pauvres lui servissent. Ainsi elle donna jus- " qu'à l'extrémité des preuves de son humilité et de son " amour pour les pauvres. " (Signé)

Madeleine Gloria (0 de V Assomption, Sitpre.

La mère de cette sainte religieuse mérite elle-même un souvenir reconnaissant pour son héroïque charité.

Mgr de S. Vallier avait, en 1686, établi à Québec une maison appelée la Providence de la Sainte-Famille, où les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame recueillaient des jeunes filles pauvres pour les élever dans la modestie chrétienne. (2) En 1688 on commença à y faire, comme à Montréal, des classes gratuites à toutes les petites filles.

Les sœurs Marie Barbier et Saint-Ange furent les premières missionnaires de la Providence. (3) L'année suivante le besoin d'un asile pour les vieillards et les invalides sans ressources se faisant sentir, Mgr de S. Valier voulut que la Providence prît aussi soin de ces abandonnés, et, chose incroyable, au printemps de 1689, la vénérable Marguerite Bourgeois, pour concourir à cette bonne œuvre, n'hésita pas à faire à pied sur les neiges à demi fondues, les soixante lieues qui séparent Montréal de Québec !

Elle en confia ensuite la direction à la sœur Anne

1 La Mère de l'Assomption était la plus jeune fille de Jean Gloria et de Marie Bourdon, fille de Jean Bourdon. Jean Gloria mourut en 1665 âgé de vingt-six ans. Voir Tanguay, I, 372, et recensement de 1667.

2 Voir Faillon, Vie de la sœur Bougeois, I, 321, ss.

3 Ce qui fit que pendant quelques années les Sœurs de la Congrégation furent appelées à Québec, Sœurs de la Providence : Faillon, II, 164.

Hioux, une de ses premières compagnes, qui avait fondé en 1685 le couvent de la Sainte-Famille, à l'Ile d'Orléans. Cette dernière, disent les annales de l'Hôpital-Général, eut pour coopératrice zélée dans le soin des pauvres, Marie Pelletier, veuve de sieur Denis Jean qui " s'y em- " ployait avec un entier dévouement. Malgré son âge, " elle parcourait les campagnes, hiver et été, pour re- " cueillir ce que la charité des habitants de la colonie " voulait bien lui donner en vue de faire subsister les " internes de l'hôpital." (*) Et lorsque, en 1692, Mgr de Saint- Vallier eut acquis des Récollets le couvent de Notre-Dame des Anges pour y loger ses protégés, ceux des pauvres vieillards qui pouvaient encore marcher, quittèrent la Providence à pied et se rendirent en ordre à l'Hôpital-Général sous la conduite de la sœur Ursule, et de la veuve Denis Jean. Celle-ci y resta (2) sans doute jusqu'à l'arrivée des Hospitalières au premier d'avril 1693.

On perd ensuite sa trace et l'on ignore quand elle mourut. En 1681 elle possédait encore sa terre. Plus tard cette terre devint propriété de Sébastien Liénard et puis de Jean Grégoire époux de Geneviève Liénard. (3)

Le domaine de Monceaux était voisin de Nicolas Pelletier. D'après les recensements, Denis-Joseph d'Auteuil y aurait résidé à cette époque. Il n'est mention que de son fils François-Magdeleine ; de Charlotte-Anne sa fille,

1 Hist. de l' Hop. -Général, p. 8r.

2 Ibid. p. 100, ss. Mgr Têtu, Les Evêques de Québec, p. 99. Faillon, op. cit., I, 321, ss.

3 On le sait par l'acte d'Audouart du 3 dec. 1662. auquel est .111aexée uns requête de 1714, de Florent de la Citiètv, à l'effet de faire tomber les prétentions des Goupil sur la terre de Jean Grégoire.

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