‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 260 sur 295 · CHAPITRE TRENTE ET UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE ET UNIÈME

gués, mais son arquebuse, si précieuse pour lui, et jusqu'à la dernière pièce de son vêtement. L,e conseil souverain, réorganisé par M. de Tracy à la fin de 1666, fit aussitôt un règlement pour prohiber la vente des boissons aux sauvages. On n'ignorait pas que la vraie cause de l'échec de M. de Courcelles, au mois de janvier précédent, était l'ivresse des guides algonquins. Dans son mécontentement, il avait d'abord accusé les Jésuites de les avoir retenus à dessein, (0 mais il reconnut ensuite l'injustice de son accusation, du reste contraire au sens commun.

Un règlement semblable avait été porté en 1663, mais alors comme aujourd'hui l'amour du lucre trouvait moyen d'éluder les lois à l'insu de ceux qui en ont la garde, et parfois avec leur connivence — alors comme aujourd'hui. Le Journal des Jésuites nous apprend que les désordres continuèrent. (2)

Noël Négabamat avait naguère fait ses doléances à M. d'Avaugour. Ses exemples et son autorité avaient jusque-là conservé la bourgade dans le devoir et la ferveur, mais dans ces conjonctures, où sa présence aurait été d'un si grand secours, il alla recevoir la récompense d'une vie qui depuis son baptême ne s'était pas démentie.

Il mourut le dix-neuf mars 1666 " avec les mêmes " sentiments de piété, qu'il avait eus pendant sa vie, " laissant à tous une très grande estime des vertus qu'on " lui avait vu pratiquer. (3)

1 Journal, fév. mars 1666, p. 182, 184, 186.

2 Ibid, 206, 210 : " L/ivrognerie est plus grande que jamais.-' — " les désordres de boissons qui sont extrêmes."

3 Rel., 1667, p. 3, 4.

La relation de 1666 en fait ce bel éloge : " C'était " un capitaine qui s'estait acquis par son esprit, par " sa conduite et par son éloquence naturelle, toute l'auu thorité parmi ceux de sa nation et la première place " dans leurs Conseils. Il s'en est toujours servi, depuis " quarante ans qu'il estait attaché aux Français, à enga- " ger tous les siens dans leurs intérêts, et encore plus à " les porter tous à la véritable religion, qu'il avait em- " brassée. Toutes les plus rudes espreuves dont il a plu " à Dieu d'épurer sa foy, n'ébranlèrent jamais sa cons- " tance, et bien loin d'estre tenté d'infidélité comme " beaucoup d'autres par les différents malheurs qui luy " arrivèrent depuis sa conversion, il en remercia toujours " celuy qui les luy envoyait comme d'autant de marques 11 de sa bonté particulière. Il ne se contenta pas de por- " ter tous ses proches à suivre la Croix de Jésus-Christ " comme luy, mais il voulut même les exhorter à la faire " honorer des autres peuples, et quelques-uns d'entre eux " ont suivi l'exemple qu'il leur donnait, d'aller jusque " dans les païs estrangers annoncer l'Evangile et faire " les fonctions de zélés Prédicateurs. "

Selon la coutume sauvage, C1) pour honorer sa mémoire, trois ans se passèrent sans qu'on lui donnât un successeur.

Les relations nous laissent sans renseignements sur cette période [.de trois années 1666- 1669. Avec la mort précieuse devant Dieu d'une vieille femme appelée Charlotte Nastaoïtïp, qui avait conservé sans tache la robe baptismale, on n'y voit que la guérisou soudaine de deux sauvages, ramenés à la santé d'une manière qui

i Rel.t 1669, p. 22.

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