CHAPITRE TRENTE ET UNIÈME
tient du miracle, l'un par l'invocation du P. Le Jeune, mort à Paris deux ans auparavant (août 1664), C1) et l'autre par l'application des reliques du P. de Brébeuf. (2)
Enfin, au commencement de l'été 1669, il y eut une grande assemblée de Français et de sauvages à Sillery, qui était toujours considérée comme la première et la principale de toutes les missions. (3) C'est là qu'on élisait et que résidait le premier capitaine. En ce moment, outre les Algonquins, habitants de la bourgade, revenus de la traite chez les Papinachois en bas de Tadoussac, il s'y trouvait des Montagnais du haut Saguenay avec leur missionnaire le P. de Beaulieu, des Gaspésiens, des Abénakis, des Etchemins, des Attikamègues, des Nipissiriniens et des Hurons. Il s'agissait de donner un successeur à Noël Négabamat.
Le choix appartenait aux parents du chef défunt. Ils jetèrent les yeux sur Négaskaoùat, capitaine de guerre de Tadoussac, et ils le présentèrent à toutes les nations assemblées. On avait préparé un grand festin, pour régaler tous les sauvages aux dépens des parents qui devaient adopter le nouveau chef et lui donner le nom de Tékouérimat avec sa charge. C'est là ce qu'on appelait ressusciter un capitaine.
" Pour commencer la cérémonie, on déchaussa le " nouveau capitaine, et on luy ôta ses anciens habits, " ensuite les parents lui en donnèrent de nouveaux. " Mais il y eut ici quelque chose de changé des solen- " ni tés ordinaires, car le nouveau Tékouérimat fut en-
1 ReL, éd. Burrows, LXXI, p. 139, 140.
2 Rel., 1666, p. 4, 5.
3 ReL, 1669, p. 22, 23, ss.
49° première parti?:, 1541-1670
" tièrement habillé à la Françoise, et, au lieu du tour de " tête, que la femme du défunt avait accoustumé de " mettre sur la teste de celuy qui ressuscitait son feu " mari, la femme de l'ancien Tekouérimat mit sur la u teste de Négaskaoiiat un chapeau orné d'un fort beau " tour de plumes. L'affection que l'ancien et le nouveau " Tekouérimat ont toujours témoignée aux Français, a " été l'une des causes du changement de cette cérémo- " nie.
" Le festin estant préparé, on fit les harangues or- " dinaires, avec les présents qui les accompagnent. Le " P. Nouvel fit l'ouverture, où il représenta trois choses, " au nouveau capitaine. Premièrement il l'exhorta à la " mesme piété que son prédécesseur avait toujours fait " paraistre. Secondement il le porta à continuer d'avoir " pour les François la mesme affection que son père qu'il " ressuscitait, autant par ses exemples, que par son nom Ki de Tekouérimat. En troisième lieu, il luy remontra " l'obligation qu'il avait de maintenir les siens dans la " foi et dans l'obéissance qu'ils doivent à nostre invin- " cible Monarque.
" Après la harangue, les parens de l'ancien capi- " taine firent les présents selon la coustume, à toutes les
" nations présentes Le premier présent fut pour
" monsieur de Courcelles, nostre Gouverneur, et il fut " mis entre les mains du P. de Beaulieu pour lui être " présenté au premier jour. Le second se fit au P. " Charles Albanel, ancien missionnaire, qui avait le soin " de la mission de Sillery, laquelle est la première et la " principale de toutes. L'on vint ensuite à faire à chaque " nation un présent pour les faire ressouvenir que celui " qui s'appelait autresfois Négaskaoiiat s'appellerait " maintenant Tekouérimat.