CHAPITRE TRENTE ET UNIÈME
" Les présents de colliers de porcelaine étant faits, " le P. Albanel harangua à son tour, et se conjouit avec " le Nouveau Capitaine, d'avoir en sa personne un autre " Tékouérimat, avec ses vertus et son affection pour les " François ; puis se tournant vers tontes les Nations qui " estaient présentes, il les exhorta à aymer la Foy que " tous avaient embrassée et à fuir le vice, qui les ferait " infailliblement périr, s'il n'y renonçaient. La céréu monie du jour finit par le festin.
" Le lendemain tous les capitaines Sauvages ayant " à leur tête Tékouérimat habillé à la française, la canne u à la main, allèrent saluer Monsieur de Courcelles nosu tre Gouverneur et le reconnaisse. Ils lui demandé- " rent la protection du roi dont ils étaient les subjects, " et son assistance particulière pour empêcher parmi eux " les désordres des vices ; puis tous se retirèrent. "
Le successeur de Noël Négabamat eut-il le zèle et l'autorité dont avait joui l'ancien chef ? les documents contemporains gardent le silence sur ce point. En tout cas, il ne fut pas aussi heureux, et, en peu d'années, la bourgade algonquine de Sillery tomba dans une décadence si complète qu'en 1675 il n'y restait plus que quelques familles malheureux restes de cette florissante chrétienté.
Quelle fut la cause de cette ruine ?
Le P. Enjelran venu à Sillery en 1676 avec le P. Bonnault, (*) pour y étudier les langues sauvages sous la direction du P. Jacques Vaultier, alors supérieur de cette mission, (2) écrit peu après son arrivée, le treize octo-
1 Ed. Burrows, LXXI, p. 154, et L,X, p. 15. Ils étaient arrivés ensemble .
2 Rel. 1676, 1677. LX, p. 232.
bre : (r) " C'est une maison toute seule éloignée d'une u lieue et demie de Québek et une des premières mai- " sons que nous avons eues en Canada, où il y a eu jus- " ques à quinze milles Algonquins (2) ensemble, qui " faisaient l'occupation d'un missionnaire ou de plusieurs, t( mais que la maladie contagieuse parmi les sauvages, la " guerre, ou les boissons qui font le malheur de ce pais, " ont entièrement ruinés ou écartés : ainsi nous n'avons " que quelques familles algonkines qui viennent icy " en certain temps dont nous tâchons de profite! pour u nous exercer dans leur langue. "
On ne voit pas qu'il y ait eu à cette époque de guerre désastreuse, mais en 1670 la petite vérole sévit avec une violence extraordinaire. " Les sauvages et les " Algonquins en sont quasi tous morts, " écrit le P. Chaumonot, desservant alors la mission de Notre-Dame de Foy, qu'il venait de fonder à une demi-lieUe à peine de Sillery.
11 Nos H lirons, continue-t-il, qui en ont été presque " tous atteints, attribuent leur guérison à Notre-Dame " de Foy, qui, ayant daigné choisir leur petite église " pour lieu de sa demeure, les a bien voulu prendre aussi " tous à sa protection. Je n'ai perdu que quatre per- " sonnes en tout le temps qu'a duré cette contagion. '
Ainsi la bourgade Saint-Joseph fut décimée par la petite vérole en 1670. Mais ce ne saurait être là ni la seule
1 Ed. Burrows, LX, p. 130,, ss.
2 Ce chiffre ne peut s'entendre de la population sédentaire évidemment. Tous les chiffres authentiques déjà cités sont bien loin de celui-ci.
3 Rel, 1670. p. 20.