CHAPITRE QUATRIÈME
ble bonté, une bienveillance exquise. Tous les historiens, sans distinction de croyance ou de système, se sont plu à rendre hommage à ce Jésuite, à le considérer comme le père et l'organisateur des missions de la Nouvelle- France. i1) Il s'était si bien concilié tous les esprits et les cœurs, que, lorsqu'il s'agit de donner un évêque au Canada, la reine-mère, Anne d'Autriche, manifesta un vif désir de voir nommer le zélé missionnaire. Les règle? de la compagnie seules mirent obstacle à ce dessein dont la réalisation aurait réjoui tout le monde. (2)
Par un contraste remarquable, des vues très hautes et très larges, s'alliaient très bien, chez le P. Le Jeune, avec le soin des petites choses, on pourrait dire, des minuties. Il possédait à un haut degré le talent de l'observation et notait tout avec une attention impeccable. Grâce à lui, sur les hommes, les coutumes les événements, mille détails nous sont connus qui ne l'auraient jamais été sans ses intéressantes relations.
Tout en donnant aux Français le secours de leur ministère, — il n'y avait pas encore de clergé séculier — (3), les missionnaires n'oubliaient pas l'objet principal de
1 V.oir Suite, Hist. des Canadiens-français ', II, 44 ; — Relations des Jésuites. . .par le Dr. O'Callaghan, p. 18, ss ; Hist. de V Hôtel- Dieu, par M. l'abbé Casgrain, p. 82.
2 M. l'abbé Aug. Gosselin, Hist. de Mgr. de Laval, I, 99.
3 II n'y avait que M. Le Sueur de Saint-Sauveur, ancien curé de Normandie, venu en 1634 avec Jean Bourdon et qui fut plus tard chapelain des Hospitalières. Dans les recensements de 1666 et 1667, on trouve le nom de M. le Sueur de Saint-Sauveur à la tête de la maison de Jean Bourdon, comme s'il avait été membre de la famille. M. Gilles Nicolet vint à Québec en 1635 ; M. Antoine Faulx, en 1641, et fut chapelain des Ursulines. Il rentra en France en 1643 et fut rem-
42 i>i*f;mièrk partie:, 1541-1670
leur apostolat, I'évangilisation des tribus sauvages. La connaissance de leur langue était un instrument indispensable, Le P. Le Jeune y employa toutes les ressources de son esprit pénétrant et d'une volonté qui ne connaissait pas d'obstacle. Après avoir étudié l'algonquin, parlé par plusieurs peuplades et le plus poli des dialectes indigènes, il résolut, pour s'y perfectionner, de suivre un parti de Montagnais qui allait passer l'hiver de 1 633-1 634 dans la région du lac Saint-Jean.'
Il a laissé dans la relation de 1634 (!) un récit détaillé et intéressant des fatigues, des souffrances incroyables endurées pendant cet hivernage. Avec quelques autres pages, semées ça et là dans les relations, c'est, sur les coutumes, les mœurs, les superstitions sauvages, une description approfondie et complète, que les historiens ont ensuite exploitée, souvent sans en indiquer la source. Impossible d'y appuyer ici quelques traits suffiront à nous faire voir d'avance ce qu'était la vie des sauvages chrétiens de Sillery dans leurs chasses et ce qu'avait à souffrir le missionnaire qui les accompagnait.
De la mi-novembre 1633 jusqu'au vingt-deux avril 1634, le P. Le Jeune suivit les chasseurs à travers les bois, franchissant, à la raquette comme eux, montagnes et vallées, lacs et rivières couverts de glace. Après avoir pris un morceau le matin, on marchait tout le jour, sac au dos, sans rien prendre jusqu'au campement du soir. Alors les hommes, à l'aide de leurs raquettes, enlevait la
placé par M. Chartier qui repassa la nier en 164S. M. Guillaume Vignal lui succéda, 164S, 1658. — RocheMonteix, I, 266, II, : notes ; L'abbé Caagrain', Hist. HotcI-Picu, 522. 1 Chap. XII. p, 66, ss. et ch. XIII.