‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 35 sur 295 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

neige sur un petit espace circulaire, dressaient au-dessus, en les attachant par le haut, de longues perches, coupées par les femmes, auxquelles incombaient les travaux les plus rudes, et les recouvraient d^écorces qu'ils traînaient avec eux. Au sommet une ouverture pour la fumée ; d1un côté une entrée fermée d'une peau d^ours ; sur le sol gelé et les parois de neige une tapisserie de branches de sapin : c'était la cabane où le vent et le froid pénétraient de toutes parts.

TENTE INDIENNE Après avoir allumé un grand feu, on jetait dans une chaudière remplie de neige fondue et revêtue d'une couche épaisse de saleté, des pièces de viande qu'on ne lavait jamais de crainte d'en perdre la graisse. La terre tenait lieu de table et chacun s'accroupissait auprès de son ouragan, sorte de plat d'écorce, où les chiens, toujours nombreux, avaient souvent plus vite mis le nez que les convives leurs doigts — seuls instruments à l'usage des sauvages dans leurs repas.

44 PREMIÈRE PARTrE, I54I-167O

Incapable de surmonter le dégoût que lui inspirait cette cuisine, dont la malpropreté faisait tout l'assaisonnement— l'usage du sel et des épices était inconnu des sauvages — ,1e P. Le Jeune se contentait d'un peu de galette et d'anguille boucanée. Ainsi mal nourri, mal vêtu, il ne pouvait se défendre de la rigueur du froid, même par les longues marches et les travaux du campement auxquels il mettait la main. Il fallait ensuite dormir dans cette étroite cabane, où un froid excessif succédait à une chaleur suffocante, où l'on était aveuglé par la fumée, brûlé d'un côté et gelé de l'autre. Les hommes, les femmes, les enfants, dix-neuf en tout, s'étendaient pêle-mêle avec les chiens qui, changeant souvent de place et peu délicats, mettaient indistictement les pattes sur le ventre ou le visage des dormeurs et allaient se coucher sur le dos du premier venu. Le pauvre missionnaire, qui n'avait pour matelas et couverture qu'une simple catalosgne, n'était pas fâché qu'un de ces animaux choisît pour couche ses pieds ou ses épaules, afin d'en tirer un peu de chaleur.

Néanmoins, tant qu'il y eut des vivres, la vie fut encore tolérable, mais le sauvage imprévoyant mangeait en un repas ce qui aurait suffi pour trois jours : le parti fut bientôt à bout de ses provisions de farine et d'anguille, et alors, comme la neige n'était pas assez profonde pour permettre d'atteindre l'orignal et que l'autre gibier était rare, ce fut la famine noire. Souvent on levait le camp le matin sans manger, on marchait tout le jour et l'on se couchait sans souper. ki Quand je u pouvais avoir une peau d'anguille pour ma journée " sur la fin de nos vivres, raconte le Père, je me tenais " pour bien déjeuné, bien disné et bien soupe. " Tans

CAMPRMKNT SAUVAGE DANS LA FORKT.

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