‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 39 sur 295 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

Sillery lui-même. Qu'il suffise de reproduire cette dernière lettre (0 assez courte :

" Monsieur, je réitère par celle-cy les protestations " que je vous ai faictes par mes précédentes de me sou- 4< venir à jamais des obligations que vous avez acquises " sur moy et de rechercher toutes les occasions que je " pourray pour vous en donner quelques actes de reco- " gnoissance. Ce m'est un extresme contentement que " l'honneur qu'il vous a pieu me procurer vous en ayt " apporté un aultre non petit puisqu'il n'y a personne " qui ne sçache, en France comme à Rome, que la pro- " motion vous est due et que non seulement avez- vous " faict fane un cardinal françois mais encore des espa- " gnols et des italiens. C'est une grande gloire au roy " d'avoir des ministres si puissans. Je suis bienfasché que " le sieur Jul. Menochio (2) se soit obliyé en vostre en- " droict ; messieurs les ambassadeurs ne sauraient trop u faire valloir l'authorité du roy. Pour moy, monsieur, " je ne me tiendray point heureux si je ne fais valloir la " dignité que vous m'avez procurée pour vous témois- " gner que je suis, monsieur, votre très affectionné ser- " viteur. — De Lyon, 28 sept. 1622.

On verra plus loin la reconnaissance du cardinal.

Toute la pompe, déployée par M. de Sillery à Rome, ne lui faisait pas oublier ce qu'il devait à Dieu et à la religion. Il assistait tous les jours au saint sacrifice de

1 Ibid. I, 731, s.

2 C'était nn prélat qui, désireux de porter en France la barrette rouge, s'était fait conférer cet honneur à l'insu de M. Sillery. Mal en lui prit, car l'ambassadeur fit révoquer la nomination. Résumé d'une note de l'éditeur ; l'on renvoie à Aubery, Hist. du Cardinal de Richelieu, liv. I, ch. 8.

la messe et on le voyait avec admiration dans les églises, toujours à genoux avec tant de piété qu'en quittant cette capitale du monde chrétien il remporta le nom d'ambassadeur aussi dévot que magnifique. (0

A Paris, c'était le même train de prince. Il avait été, probablement à la suite de l'ambassade en Espagne, élevé à la dignité de ministre d'Etat, et son immense fortune lui permettait de transformer son hôtel en un véritable palais tout rempli de meubles rares et précieux ; de tenir une table splendide, ouverte à tout le monde. Il ne sortait jamais qu'environné de gentilshommes, de pages et d'autres officiers.

Sa soeur, madame de Trelon, fort adonnée à la piété, lui faisait parfois des remontrances sur sa dépense excessive et ce faux éclat dont il aimait à s'entourer.

" Mon frère, lui dit-elle un jour, prenez garde que " le surnom d'enfant de la grâce, que l'on vous a donné " dans votre jeunesse, ne soit en vain ; pensez- vous " n'être né que pour la cour et les grandeurs monu daines? Il ne faut pas que les dignités, dont Leurs " Majestés honorent notre maison, vous empêchent de " rendre à Dieu ce que vous lui devez."

Il lui fit cette réponse :

" Ma sœur, ne croyez pas que les richesses et les " divertissements de la cour me fassent oublier les biens " de la céleste patrie. Je suis au Louvre du roi de la " terre avec beaucoup de plaisir et d'assiduité ; j'en " prends trop, je l'avoue ; mais il faut laisser écouler ces u vanités : si elles passent par mon cœur, elles n'y " demeurent pas, je n'y ai point d'attache. Il est vrai

1 Biographie citée, note 3, pp. 216-217.

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