CHAPITRE CINQUIÈME
u sente un peu de l'adresse des enfants du siècle. .Encore " un coup, monsieur, je vous remercie d'avoir eu la bonté " de condescendre à mes petits sentiments, et c'est en " quoi j'admire votre humilité, ce qui m'unit à vous d'une " tendresse si grande que je ne puis l'exprimer. " (x)
Autant il avait aimé les honneurs, autant il aimait maintenant l'humiliation. Un jour que la reine avec toute la cour assistait à la profession religieuse d'une fille de grande maison, lui, le grand seigneur d'autrefois, si pointilleux sur les bienséances et si recherché dans sa mise, voulut paraître devant l'auguste assemblée en simple robe de chambre. Il en fit autant en une autre circonstance solennelle pour s'attirer les moqueries et le mépris. Mais au contraire on admirait sa vertu héroïque. Un jour une bonne femme lui offrit cinq sous pou pour une messe ; il les refusa, mais promit la messe. Il se reprocha ensuite cette action comme un acte d'orgueil ; aussi, à quelque temps de là, une personne, l'ayant rencontré dans l'église en son modeste équipage et le prenant pour un pauvre, lui offrit l'aumône, et il l'accepta avec des grands sentiments de joie. (2)
Sa mortification était continuelle, au point d'altérer sa santé. Sainte Jeanne de Chantai dut l'en reprendre.
" Enfin, mon très honoré et très bon père, lui écri- " vit-elle, vous voilà réduit, par vos grandes austérités, " dans la langueur que nous avions toujours appréhendée, " Vous saviez bien que Dieu ne demande pas la ruine " totale du corps ; il faut le mortifier, je l'avoue, mais par " la règle de la prudence et de la charité que nous devons " avoir aussi à nous conserver, non pour nous mais pour
1 Op. cit. p. 128, s.
2 Op. cit. p. 146, ss.
" Dieu. .Or sus, mon cher père, j'userai, s'il vous plaît, " de la liberté que vous m'avez donnée sur vous, et je u vous prie, mais de rechef je vous en supplie de toutu mon cœur, de faire ceci, afin de rétablir un peu votre " santé. Premièrement, au lieu de six ou sept heures " que vous étiez à genoux, vous n'y serez plus qu'une " heure, un quart d'heure après être levé, un quart " d'heure pour la préparation à la sainte messe et autant " pour l'action de grâce, et un petit quart d'heure pour " l'examen du soir, c'est bien assez ; mais point du tout •' d'oraison ni de vieilles la nuit. Et tâchez, pour l'amour " de Dieu, de vous remettre et rétablir vos premières u forces par le repos du corps et de l'esprit et par bonne " et fréquente nourriture. .Dieu ne veut que notre cœur ; " et notre inutilité et notre impuisance lui agréent " davantage, quand nous les chérissous par l'amour et le " respect que nous avons à sa sainte volonté, que si " brisons notre corps par de grandes œuvres pénales ". .
Saint Vincent de Paul, qui le dirigeait, a dit de son illustre pénitent, que Dieu lui avait fait don de sa continuelle présence et qu'il ne croyait pas qu'il la perdît jamais de vue. (0
On voit assez par cette rapide esquisse, que M. de Sillery était vraiment un émule des Condren, des Bérulle, des Olier, dont les vertus ont embaumé le XVIIème siècle, et même, peut-on dire, des François de Sales, d Jeanne de Chantai et des Vincent de Paul que l'Eglise a placés sur les autels.
Il mourut le 26 septempre 1640, à l'âge de soixante et trois ans, après avoir fait distribuer d'abondantes au-
i Op. cit. p. r