‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 53 sur 295 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

" ne leur communiqua pas d'abord les intentions du " généreux fondateur. Il permit cependant à deux capi- " taines, Négabamat et Nénaskoumat, d'habiter une des " maisons, au printemps ; mais leur faisant bien conr " prendre que cette permission ne serait prolongée que "si le propriétaire y consentait. La réponse arriva " dans Pété de 1638, et ne manqua pas d'être favo-

" rable. " (J) La réalité paraît plus simple. Il

semble, d'après la lettre de M. de Sillery et la teneur de la Relation de 1638 (2), que le pieux bienfaiteur n'ait voulu établir d'abord qu'une école,--un séminaire, comme on disait alors, — pour l'instruction des filles sauvages et des Français du Canada. Le revenu des terres qu'il faisait défricher était destiné au soutien de cette fondation : " Pour le tout servir et être affecté au bien de " la dite maison. " (3)

S'il donna ensuite à son dessein plus d'ampleur, ce fut à l'instigation du P. Le Jeune dont nous reproduisons le naïf récit pour les lecteurs trop nombreux qui n'ont pas l'avantage de posséder les Relations : (4)

" Nous mandâmes à ce bon Seigneur qu'il ferait un " grand sacrifice à Dieu s'il voulait appliquer le travail " de ses hommes à secourir les sauvages. Il fallait attenu dre une année pour avoir réponse. Cependant il arriva " que demandant à un Sauvage ses enfans pour les met- " tre au Séminaire, il nous répondit : C'est trop peu de

1 Op. cit. I, 294, et note 2.

2 Voir plus haut, p. 68, ss. et Relation de 1638, ch- VII, 17, 18.

3 Lettre de M. de Sillery à M. de Montmagny.

4 Relation 1638, p. 17, 18. Dans les citations un peu étendues nous rétablissons l'orthographe ; l'ancienne pourrait paraître étrange à plusieurs. Cependant elle a sa saveur.

u vous donner mes enfants, prenez le père et la mère et " toute la famille, et logez-nous auprès de votre demeure, " afin que nous puissons entendre votre doctrine, et " croire en celuy qui a tout fait. Mous lui demandâmes v' s'il parlait sans feintise. Je vous parle nettement, ré- M pond-il, selon les pensées de mon cœur. Ceci nous fit " résoudre de luy offrir tout sur l'heure la maison qu'on " bâtissait en la résidence de Saint-Joseph, à condition " néanmoins que si celui à qui nous en avions récrit n'en " était pas content, qu'il en sortirait. Ce bon Sauvage, " nommé des siens Négabamat, nous dit qu'il nous vien- " drait voir pour parler de cette affaire et qu'il prendrait " avec soi un sien ami de bonne volonté. Il s'allia " d'un nommé Nénaskoumat. C'est notre François- " Xavier dont j'ay parlé cy-dessus. Ils nous vinrent " trouver tous deux: en un soir, et nous dirent que les w bonnes affaires se faisaient bien mieux dans le silence " de la nuit, que dans le bruit du jour, et par conséquent M que nous leur donnassions le couvert pour traiter avec M nous de ce que nous leur avions parlé.

M Le soleil étant couché et tout le monde en repos> " Mégabamat me fit cette harangue : Père Le Jeune, tu " es déjà âgé, et partant il ne t'est plus permis de " mentir : sus donc, prends courage, dis hardiment la " vérité. Est-il pas vray que tu m'as promis de nous " loger eu cette maison qu'on bâtit, et de nous aider à " défricher, moi et une autre famille ? Voici Nénas- " koumat avec lequel je me suis associé, c'est un homme " paisible, tu le connais bien : nous venons voir si tu " persistes en ta parole. Tous les sauvages, à qui nous " avons parlé de ce dessein, l'admirent, mais ils ne " croient pas que tu le mettes jamais à exécution : prends

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