CHAPITRE SIXIÈME
garde à ce que tu feras ; si tu veux mentir, mens de bonne heure, devant que de nous engager dans une maison pour nous en faire sortir. Nous sommes en quelque crédit parmi ceux de notre nation ; s'ils nous voyaient déçus par vous autres, ils se moqueraient de nous, ce qui nous fâcherait
" Cette harangue si naïve nous fit sourire. Je leur repartis que cette maison n'était point à nous, que les hommes qui la bâtissaient, n'étaient point à nos gages, mais que j'avais récrit en France, à celui qui avait entrepris ce dessein, de l'appliquer pour le bien de leur nation, et qu'eux se présentant les premiers pour être secourus, on les aiderait aussi les premiers, si nous avions de favorables réponses; qu'au reste je me promettais tant de la bonté de cet homme de Dieu, qu'il leur accorderait aisément cette grande et singulière faveur.
" Il nous firent là dessus mille questions : " Ce grand homme à qui tu as récrit, n'est-il pas bien aussi bon que vous autres? — Bien meilleur, luy dîmes-nous. — Voilà qui va bien, repliquent-ils ; car puisque vous nous voulez du bien, et que vous nous en faites, si ce capitaine est meilleur que vous, il nous en fera encore davantage. Mais est-il bien âgé ? — Il l'est en effet, leur fîmes-nous. — Ne mourra-t-il point bien tôt ? — Nous n'en savons rien. — Prie-t-il bien Dieu ? — grandement bien. — C'en est fait, dirent-ils nous serons secourus : car s'il prie bien Dieu, Dieu l'aimera ; si Dieu l'aime, il le conservera, et s'il vit longtemps, il nous aidera, puisqu'il est bon.
" Vous pouvez penser si ce raisonnement si naïf nous consolait. — Voici, firent-ils, poursuivant leurs
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M discours, encore un autre point d'importance : comme " nous tirons déjà sur l'âge, si nous venons à mourir, ne " chasserez-vous point nos enfants de cette maison ? Xe M leur refuserez-vous point le secours que vous nous " aurez donné ?
" Leur ayant expliqué comme parmi nous les biens " des parens appartenaient aux enfans après leur mort, " ils s'écrièrent : Ho, ho, que tu dis de bonnes choses, " si tu ne mens point ! mais pourquoy mentirais-tu, " n'étant plus enfant ? "
Pendant l'hiver Négabamat partit pour la chasse et Nénaskoumat alla dresser son wigwam à Québec près des missionnaires pour se faire instruire et fut baptisé sous le nom de François-Xavier.
Le 14 avril 1638, les PP. Le Jeune et Jean Dequen vinrent habiter la maison nouvelle. (J)
1 "Et Î4 aprilisduo Patres Soc.Jesu eo profecti SUftt ut eam inco- " lèvent et edocerent duas familias barbarorum qui fixas inibi sedes " posueYant . Le 14 avril deux pères de la compagnie de Jésus vinrent "l'habiter, pour instruire deux familles sauvages qui s'étaient établies " d'une manière stable en ce lieu. " Préambule du "Libet baptisatorum " a patribus societatis Jesu in residentia seu reductione sancti Joseph 1 ' ' vutgo Sitlery. ' '
Les catalogues annuels donnent le P. Le Jeune comme supérieur en 1638, et pour l'aider, les PP. Raymbault, Delaplace, et Claude Pijart— Mais le liber baptisatonun, qui nous offre une fois le nom de celui-ci, ne présente jamais ceux des deux autres. Par contre le nom du P. Deqr.en revient plus souvent que celui du P. Le Jeune. Le P. Raymbault, né en 1602 à Le Bois dansl'Ile-de-Ré, Charente inférieure, vint au Canada, en 1637, et mourut à Québec en 1642. C'est le premier Jésuite mort au pays. Sans être, comme la plupart de ses frères en religion, d'une science bien profonde, il ne leur cédait pas en zèle en dévouement.— V. Rochemonteix, op. cit. I. 419 et note 2 ; éd. Hurrow», I,XXI, p. 143.
Le P. Jacques La Place, entré dans l'ordre des Jésuites en 162 1,