‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 56 sur 295 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Nouvelles familles sauvages à Sillery. — Le commandeur continue ses libéralités : — don de vingt mille livres pour assurer l'avenir de la mission Saint-Joseph. — Lettres du P. Le Jeune. — Premiers missionnaires à Sillery. — Baptêmes en 1638, 1639, 1640. — Conversion du chef montagnais, Jean Bapiiste Ekhinechkaouat. — Le sorcier Pigarouich.

Cependant la nouvelle s'étant répandue des j§ avantages offerts aux sauvages convertis, d'autres familles voulurent se joindre aux premières et sollicitèrent les mêmes secours. Mais une maison à la française coûtait plus à bâtir qu'un wigwam, et, à cause de la rigueur du climat et de la rareté de la maind'oeuvre, (0 les constructions avançaient lentement.

En 1639 et l'année suivante, M. Gand envoya ses ouvriers prêter main forte à ceux de M. de Sillery.

Ce dernier, encouragé par le P. Jérôme Lalemant, avait continué à la mission ses généreuses aumônes ; le P. L,e Jeune lui écrivit en ces termes sa vive reconnaissance : " L'un des grands arguments qu'une bonne

1 On construisait en maçonnerie . Parlant des maisons de la Nouvelle-France, la vén. M. de l'Incarnation écrivait : " Celles des " RR. Pères, de madame la fondatrice, des Mères hospitalières et " des sauvages sédentaires sont aussi en pierres. " — Lettres, I, 202, 24 août 1644; nv. éd. Richaudeau, Casterman, à Tournai, 1876. C'est cette édition que nous citerons toujours.

" oeuvre doive subsister c'est quand Dieu y emploie " quelque âme choisie et d'élite. Je me doutais bien " que si vous donniez quelques secours à nos pauvres " sauvages, il en résulterait quelque bon effet ; mais je u ne m'attendais pas de voir ce que je vois. Je ne pouvais " pas penser que cette charité se répandît si loin en si u peu de temps ; cela me fait croire que vous êtes aussi " puissant auprès de Dieu par vos oraisons que par vos " aumônes, et que vous nous soutenez avec les deux bras u de la charité. Au nom de Dieu, monsieur, continuezu nous ce double secours, nous avons un grand appui " dans votre coeur. Oh ! qu'une âme humble et épurée ■' est puissante auprès de Dieu! Je ne sais quel sujet " vous pouvez avoir d'insatisfaction de votre procédé ; " vous offrez à Jésus-Christ votre vie, vos grandes " actions et vos grands biens, et, après tout cela, vous " vous plaignez de vous : les yeux les plus éclairés " voient les plus petits atomes, et les justes qui sont les " plus unis à Dieu, sont les plus exacts et les plus " sévères censeurs de leurs meilleures actions. Je puis " dire que s'il se trouvait encore des hommes semblables " à vous, les sauvages errants composeraient bientôt une u église remplie de bénédictions. Que je fis aises ces " pauvres gens, lorsque je leur dis que vous les aimiez " tant que vous aviez mis ordre à ce qu'ils fussent " secourus même après votre mort ". (0

Le commandeur, en effet, pressentant, au poids des années, les approches de sa fin, et voulant assurer contre les coups de l'avenir la stabilité de son oeuvre, avait consacré, par un contrat en bonne et due forme, en date du vingt-deux février 1639, un capital de vingt

1 Biographie citée \ p. 165-166.

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