CHAPITRE SEPTIÈME
Plusieurs conversions remarquables eurent lieu. La Relation de 1639 mentionne un jeune Algonquin de l'Isle des Allumettes instruit par le P. Le Jeune et baptisé à Québec dans d'admirables dispositions. (0 M. Gand fut son parrain et lui donna le nom d'Ignace. Un chef par droit de naissance nommé Ekhinechkaouat, fort pressé de se faire chrétien, par les pères qui voyaient •en lui le fondement "de la réduction de Saint-Joseph, " (2) se rendit enfin et fut baptisé, sous le nom de Jean-Baptiste. Sa foi resta ensuite inébranlable malgré les épreuves qu'il eut à subir, dont la plus cruelle fut la mort de ses enfants. Le père le trouva un jour dans sa cabane baisant un petit crucifix qu'on lui avait donné. (3) Voyant le missionnaire, il lui dit. u Nikanis, j'ai recours en mes " afflictions à celuy qui est mort pour moy ; sois assuré " que je croy en luy du fond de mon coeur : je ne vous " ay point menty quand je vous ay donné parole que je " ne quitterais point la Foy. "
La conversion d'un de ces jongleurs, qui furent souvent un obstacle insurmontable à la diffusion de l'Evangile parmi ces peuples superstitieux, mérite d'être racontée. Il s'appelait Pigarouich et avait eu déjà maille à partir avec le P. Le Jeune, qui l'avait couvert de confusion plusieurs fois, devant ceux de sa nation. (4). Il se fit instruire en particulier, mais les pères, suspectant ses dispositions, jugèrent bon de l'éprouver quelque temps. (5)
Toupin, François David (?) ; Achille de Lisle, René Goupil, Charlotte Barré. Les 'mêmes reviennent souvent, outre les chefs sauvages.
1 Rel. 1637, ch. VI.
2 Rel. 1639, ch. VII.
3 Ibid. p. 33.
4 Rel. 1637, p. 45, ss., ch. VIII.
5 Rel. 1639, ch. VIII, p. 35.
g6 PREMIÈRE PARTIE, 154I-167O
Il avait déjà cependant cette foi qui transporte les montagnes.
Un jour, à la guerre, lui et ses compagnons se trouvèrent tout à coup environnés d'ennemis : " Alors, " racontait-il lui-même, je fis le signe de la croix et je " dis à Dien : Tn es tout puissant, secours-moi, tn le " peux faire. Le combat s'anima tout à coup, les flèches " volaient par l'air comme la grêle tombe sur la terre, " elles passaient àl'entour de moy comme la foudre sans " me toucher, je voyais tomber mes camarades à mes " pieds, les uns tués, les autres blessés, sans que je " reçusse aucun dommage ; enfin trouvant jour au travers " de l'ennemi, je me sauve avec quelques-uns de mes " gens, et comme nous étions poursuivis nous allions " comme la tempête ; " Echappés aux ennemis ils étaient tourmentés par la faim et n'avaient rien pour l'apaiser. Dans sa détresse Pigarouich adresse à Dieu cette prière. " Toy qui as fait les oiseaux, j'en ai besoin, " tu peux m'en donner si tu veux ; si tu ne veux pas, il " n'importe ; je ne laisserai pas de croire en toi. " Il aborde ensuite dans une île et découvre presque aussitôt une bête sauvage dont la chair fournit à ses gens une abondante nourriture.
Néanmoins on ne se hâtait pas de lui conférer le baptême. Il ne perdit pas courage et demanda, pour sa femme et ses enfants atteints de la peste, la grâce qu'il ne pouvait encore obtenir lui-même. Prié par un capitaine de guérir un malade au moyen de ses anciennes simagrées, il n'en voulut rien faire et renvoya les présents qui lui étaient offerts. A Saint-Joseph, où il vint sur ces entrefaites, parcequ'il était molesté aux Trois- Rivières, il fit d'abord merveille, puis, remarque