CHAPITRE SEPTIÈME
naïvement la Relation, (l) faillit se perdre de la même manière qne le roi Salomon.
Il s'éprit d'une femme qu'un autre recherchait, s'obstina, fit de telles fredaines que les pères le chassèrent de la maison qu'ils lui avaient donnée, et lui firent quitter l'habit français. Cependant, sur ses instances, ils continuèrent de l'instruire.
Un jour le missionnaire qui l'avait instruit, passant auprès de lui sans lui rien dire, comme en le méprisant pour avoir perdu sa ferveur, il l'arrêta tout court, et lui dit d'une voix haute : " Qui penses-tu que soit Piga- " rouich ? C'est un gros arbre fortement enraciné dans " la terre, crois-tu le jeter à bas tout d'un coup? Donne, " donne de grands coups de hache, et continue longtemps " et enfin tu le renverseras ; il a envie de tomber, mais " il ne peut, ses racines, c'est-à-dire ses méchantes habiu tudes, le retiennent malgré qu'il en ait ; ne perds pas " courage, tu en viendras à bout. " Il faisait en même temps preuve de bonne volonté en refusant toujours de retourner à ses jongleries, malgré les offres séduisantes de présents qui lui auraient été fort utiles dans sa pauvreté. Il faisait des instances pour qu'on lui donnât le baptême : " Si vous haïssez mes malices, disait-il, (2) " baptisez-moy, et elles seront effacées, et vous n'aurez " plus de quoy haïr en moy. J'ay commis plusieurs " péchés que je n'aurais pas commis si vous m'eussiez " baptisé, car j'ay toujours eu cette résolution, que si " jamais je le pouvais être, je respecterais mon bap- " tême ; mais ne l'étant pas, je suis comme un chien, " c'est pourquoi, je me laisse aller à mes passions, avec
1 Rel. 1639, p. 36.
2 Ibid, p. 37.
" regret néanmoins. " Enfin, après deux ans d'attente, il fut baptisé sous le nom d'Etienne, et devint un fervent chrétien. S'il fit encore des fautes, comme on le verra, il eut toujours le courage du repentir.
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