‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 70 sur 295 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

vingt et trente à la fois. (0 Faute d'espace, il fallut dresser dans le jardin des cabanes à la manière sauvage, (2) et, dans la disette du linge, couper en deux et en trois, les couvertures apportées de France. Les hospitalières, au chevet des mourants le jour et la nuit, succombèrent à la fatigue, et, comme personne n'osait affronter le redoutable fléau, ni l'odeur infecte qu'exhalaient les malalades, les Jésuites, non contents d'avoir donné leur mobilier et leurs lits, se firent eux-mêmes infirmiers. (3)Le P. Vimont et le P. Dequen y mirent un zèle infatigable et la santé de ce dernier en fut gravement compromise.

Et si, d'un côté, le dévouement et la charité furent admirables, de l'autre, la patience ne le fut pas moins. Les pauvres sauvages étonnèrent souvent leurs saintes garde-malades par le courage avec lequel ils supportaient sans se plaindre les plus grandes douleurs, ou encore par une délicatesse de conscience qui se faisait un crime d'un petit mensonge ou d'une impatience légère. (4) " Comme u nous disions certain jour à nos malades, — écrivait la " la mère S. Ignace au P. Le Jeune, — que nous irions " au pays des Hurons pour les secourir, ils nous dirent " que ces peuples estoient fort dissolus, et que nous •* autres, qui aymions tant la pureté, ne les pourrions "supporter, bref ils prièrent vos pères de nous dissuader " de ce dessein, par l'affection que nous portions à l'hon- " nesteté ; mais comme nous eusmes dit que nous n'avions " dit cela qu'en riant, ils nous repartirent qu'il fallait " nous confesser, et que Dieu deffendoit de mentir ; cela

1 Rel. 1640, p. 39.

2 Ibid. 38.

3 Ibid, 39 ; Ferland, I. 299.

4 Ibid, 41.

IIO PREMIÈRE PARTIE, 1541-1670

" nous fit rire et nous édifia fort, voyant la tendresse de u leur conscience. " (J)

Une vingtaine furent baptisés et vingt-quatre environ moururent. De l'un d'eux, le P. Le Jeune écrit : " Il avait vécu comme un sainct depuis son baptême et " est mort comme un sainct, .... Je voulais faire porter " son corps à Sillery comme un précieux dépost et corn- " me une relique, mai.?, les vents et la marée me contrai- " gnirent de le laisser à Kébec. " (2) Nénaskoumat mourut peu de temps après (3) et sa perte fut vivement ressentie par le P. Le Jeune, qui l'aimait beaucoup. Noël Négabamat recouvra la santé et put retourner dans sa maison de Sillery que l'épidémie avait presque rendue déserte.

Malgré la petite vérole, madame de la Peltrie voulut passer la fête de Noël avec les sauvages, et ils allèrent tous au devant d'elle avec de grandes démonstrations de joie.

Elle versa des larmes de bonheur quand elle vit plus de quarante néophytes s'approcher avec elle de la sainte table, (4) à la messe de minuit. Elle avait amené

r Rel. 1640, p. 20.

2 ÀW.,1639, p. 10. Ce ne peut être Nénaskoumat: à la page 25 de la même relation on dit à la vérité qu'il était à la dernière extrémité, niais lorsqu'elle fut terminée, le 10 septembre, on était encore incertain sur son sort, p. 26. " De l'heure que j'écry cecy ..... " nous sommes encore dans l'incertitude de la santé de son pauvre " mari. "

3 Vers la fin de septembre ou le commencement d'octobre, d'après ce qu'on lit dans la relation de 1640, p. 14 — Vincent-Xavier, fils de Nénaskoumat, après la mort de son père et de sa mère, sent le besoin de prendre femme. Or Vazent était proche et les pères le remettent après l'Epiphanie.

Rel, 1640, 11

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