CHAPITRE NEUVIÈME
une bonne vieille lui donna, pour s'essuyer, de la poudre de bois sec ; c'était tout leur linge. Un petit garçon, qui mangeait avec lui, fourra tout simplement ses doigts dans ses cheveux. Parfois c'étaient les chiens qui servaient d'essuie-mains. U) Le bon Père peut bien dire que pour admirer les sauvages il ne fallait pas s'arrêter au dehors !
La grande chasse, qui se faisait l'hiver et durait deux et parfois six mois, leur fournissait, quand elle était abondante, une nourriture plus substantielle et des provisions pour une partie de l'été : le moyen de les conserver était encore la fumée. Ils partageaient la venaison par tranches, si elle était trop épaisse, la battaient avec des pierres ou la foulaient aux pieds, pour en enlever le suc, et la faisaient boucaner. Au témoigfnao-e de la mère de l'Incarnation (2) et du P. P. Le Jeune 13) le boucan n'était guère appétissant.
La fourrure des bêtes servait aux échanges, — à la traite, comme on disait, — avec les Européens, dont elle était fort recherchée, et qui donnaient en retour différents objets d'utilité ou de fantaisie.
Les sauvages en faisaient aussi leurs vêtements, dont l'unique règle était de se défendre du froid.
Le P. Le Jeune et la vénérable mère de l'Incarnarion en ont fait d'intéressantes descriptions dont il suffit de citer quelques traits : " Il n'y a habit de fol " dont ils ne se servent sagement, s'ils s'en peuvent " servir chaudement Depuis qu'ils pratiquent nos
1 ReL, 1633, p. 3.
2 Lettre 36ème, I, 106.
3 Rel., 1634, 41.
u européens ils sont plus bigarrés que des suisses. J'ay " veu une petite fille de six ans vestue de la casaque de " son père qui était un grand homme. Il ne fallut " point de tailleur pour lui mettre cet habit dans sa " justesse : on le ramasse à l'entour du corps et on le "lie comme un fagot. L'un à un bonnet rouge, l'autre " un bonnet verd, l'autre un gris, tous faits non à la u mode de la cour, mais à la mode de la commodité. Les " femmes ont pour robbe une camisolle ou un capot, ou " une casaque ou une catalosgne, ou quelque peau dont 11 dont elles s'enveloppent, se lians en autant d'endroits " qu'il est nécessaire, pour fermer les advenues au vent. " La figure de leur robbe est quasi quarrée : les femmes " les peignent tirant des raies du haut en bas ; ces raies " sont également distantes et larges environ de deux pou- " ces. . . . Or «comme ces robbes ne couvrent point les bras, " ils se font des manches de mesme peau, et tirent dessus " ces raies dont j'ai p^rlé quelquefois de long quelque " fois en rond. Ces manches sont fort larges par haut, " couvrant les épaules et se venant quasi joindre der- " rière le dos. Deux petites cordes les tiennent liées " devant et derrière, mais avec si peu de grâce qu'il n'y " a fagot d'épine qui ne soit mieux troussé qu'une " femme emmitouflée dedans ces peaux. — L'un porte un " bras de cuir, l'autre de drap ; pour le présent ils coup- " peut leurs vieilles couvertures ou catalosgnes pour " faire des manches et des bas de chausses. Je vous " laisse à penser si cela est bien vuidé et bien tiré î . . . . " Comme ils ne se couvrent que contre l'injure du temps, " sitôt que l'air est chaud ou qu'ils entrent dans leurs " cabanes, ils jettent leurs atours à bas. Pour les femmes, " elles quittent leur bonnet, leurs manches et bas de