CHAPITRE NEUVIÈME
" chausses, le reste du corps demeurant couvert. " CO
Quelques uns portaient une chemise mais par desdus tous leurs vêtements, et, comme elle ne voyait jamais la lessive, une épaisse couche de graisse la rendait bien vite imperméable à la pluie. Pour leur chaussure, " ils froncent, dit la mère de l'Incarnation (2) un " morceau de peau d'orignal par un bout, mettent " une pièce carrée au talon, passant une petite " courroie comme à une bourse, et voilà leurs souliers " faits. " Les sauvages avaient horreur de la barbe et s'épilaient soigneusement, de sorte qu'on ne pouvait distinguer les femmes qu'à leurs habits, qu'elles portaient plus larges et plus modestement fermés. Elles laissaient aussi leurs cheveux retomber sur le visage ou les attachaient derrière la tête.
En tout cela l'élégance ni la propreté n'avaient rien à voir, et une réunion sauvage offrait un spectacle à la fois étrange et repoussant. (3)
Tel était, pour l'observateur superficiel, l'aspect peu engageant que devait offrir la bourgade Saint-Joseph en 1640. Mais, pour celui qui voulait y regarder de plus près, ces grossiers dehors étaient bien vite oubliés, à la vue des vertus admirables que pratiquaient ces pauvres gens et qui rappelaient la ferveur de la primitive Eglise.
Il s'y trouvait alors une trentaine de familles. (4) Les principaux Algonquins étaient chrétiens. (5) Plu-
1 Rel. 1634, loc. cit.
2 Ivet. 58, I, 205, s; Rel., 1634, ch. X, p. 45, ss.
3 Rel. 1634, loc. cit.
4 C'est le nombre qu'on y trouve en 1641. Voir Rochemonteix Les Jésuites, etc. I. p, 248, d'après "Registre des Jésuites à Sillet y."
5 D'après le liber baptisatorutn, il y aurait eu trente baptêmes seulement en 1640. Mais il y a une lacune, du 24 juin au 2 novembre.
sieurs se confessaient chaque semaine et communiaient aussi souvent qu'il leur était permis. Parfois l'un d'eux, croyant avoir fait quelque péché, accourait à la résidence avant le jour et disait à haute voix au premier missionnaire qu'il pouvait trouver : " Mon cœur est meschant, " j'ai fasché Dieu, j'ay fait telle offense, je n'auray point " de repos que j'aye vomi la malice de mon âme. ' Ils demandaient eux-mêmes de sévères pénitences ; les longs jeûnes et les rudes disciplines ne les effrayaient pas.
Un jour Pigarouich demanda à quelques chrétiens s'ils seraient prêts, pour leurs péchés, à se jeter du haut de la chute Montmorency, supposé qu'on le leur donnât pour péniteuce. " Ils répondirent tous qu'ouy pourvu " qu'on le leur enjoignist. — Et moi aussi, dit-il, qui suis '* le plus grand pécheur de tous. " (Ii
Au son de la cloche, qui les appelait à la chapelle pour l'instruction et la prière, ils laissaient aussitôt toutes leurs occupations. Toujours d'une gravité imperturbable, ils écoutaient immobiles, parfois suggéraient naïvement au prédicateur un mot qui lui manquait, ou témoignaient leur approbation par des ho / ho ! tirés du fond de leur gorge. "M ki— voilà qui va bien," disaient-ils encore, ou : " Mi ki tiang - nous ferons cela." - Parfois ils l'interrompaient en disant : il Parle plus doucement, pas si v'ste." Et ils faisaient leurs réflexions à haute voix. (2) Un jour que le missionnaire parlait du fils de Dieu caché sous les voiles de l'Eucharistie pour éprouver notre foi, une bonne vieille dit aux autres femmes .
Il y eut douze cents baptêmes dans les différentes missions. — Rel. [640, 12.
1 Rel. 1643, p. 17.
2 AV/., 1640. , p. 19.