‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 78 sur 295 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

" Nous avons beau nous déguiser, il veut entrer dans " notre cœur pour voir tout ce qui s'y passe, il connaist " bien si nous croyons par feintise, ou non. C'est pour u cela qu'il se cache afin de découvrir si nous avons de u la malice dans l'âme."

Une autre fois que le prédicateur condamnait la coutume des sauvages de se peindre la face de diverses couleurs pour se faire beaux, un des auditeurs s'écria : " Mon Père, il n'y a que les difformes et les malotrus " qui se peignent, nous autres qui sommes beaux natu- " Tellement, nous avons quitté cette vieille mode. " U)

Leur foi en la Providence était sans bornes. A la chasse, si le gibier faisait défaut, ils en demandaient avec une confiance enfantine au grand Capitaine du Ciel, et quand ils en avaient trouvé, l'en remerciaient sur l'heure, chacun à sa manière. Ils croyaient — et ils n'avaient pas tort — que les aliments sont un don de Dieu, qui mérite reconnaissance. (2) " Une bonne vieille cherchant " des racines pour manger et en ayant trouvé se mit à " genoux sur la neig-e tenant ce discours à Nostre Sei-

gneur

" Grand Capitaine, c'est vous qui avez fait le ciel " et la terre, et les racines, vous les avez faites pour " nostre nourriture, vous me les avez enseignées afin " que j'en mangeasse, je vous en remercie ; si vous m'en '• voulés encore donner, je les prendray, si non je ne •' laisseray pas de croire en vous. Voilà sa prière. "

Il n'est pas étonnant que parfois cette prière ait été récompensée d'une manière vraiment merveilleuse. Une famille se trouvant au milieu des bois, réduite par la

1 Ibid.

2 Rel. 1640 p. 18. Voir aussi p. 20, 26, etc.

famine à la dernière nécessité, le chef fait agenouiller son monde disant : " Or sus, adressons-nous à celui qui " peut nous nourrir, il est bon, assurément il nous secou- " rera si nous le prions de bon coeur. " Ils prient ensemble et aussitôt font une bonne chasse. (0

Il est difficile de ne pas reconnaître une intervention providentielle dans un incident arrivé â Noël Négabamat, Un jour, sur le fleuve, il se voit avec ses gens environné par les glaces qui menaçaient de broyer leur frêle embarcation. Ils la tirent sur une banquise, mais elle était si petite et si mobile qu'ils étaient à chaque moment en danger d'être précipités à l'eau : " C'est fait de nous, ' s'écrie alors le capitaine, prions Dieu pour la dernière ' fois : Toy qui as tout fait, tu es tout-puissant, sauve- ; nous si tu nous veux sauver ; si tu veux que nous ' mourrions, nous le voulons bien ; puisque nous ' croyons en toy, nous irons au ciel et nous te verrons. ' Nous ne croyons pas en toy pour vivre longtemps sur 1 la terre. " Aussitôt une éclaircie se fait, ils y lancent leur canot, voguent au hasard parmi les glaces qui leur cachaient la rive, et vont aborder juste au lieu désiré. Etonnés eux-mêmes, sans dire une parole, ils se jettent genoux pour remercier celui qui les avait sauvés. (2)

Ce qui est plus merveilleux encore, c'est que, ai souffle de la religion, la chasteté ait fleuri parmi ces barbares, qui jusque-là n'en savaient pas même le nom. Après leur baptême ils montraient un attachement singulier pour cette vertu, si opposée pourtant à la lieenet dans laquelle ils vivaient auparavant. (3) Les femme?

1 Ibid., $0.

2 7iV/., 1641, 12.

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