‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 80 sur 295 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

u dorez, où la nature marchait revestuë d'une simplicité u plus agréable que tous les artifices des nations les plus " polies » (0

Pour trouver femme, on s'adressait au missionnaire : même des païens en agissaient ainsi. Il y avait bien de fortes têtes pour y contredire, mais l'avis des pères était ordinairement écouté et personne ne s'en trouvait plus mal. Vincent-Xavier, fils de Nénaskoumat, âgé de environ vingt-deux ans et privé de son père et de sa belle-mère, emportés par l'épidémie, vint dire au P. Le Jeune qu'il avait besoin d'une femme. On était à la fin de 1639 et Pavent approchait, le père lui dit qu'il pouvait à la rigueur se marier en ce saint temps, mais que les chrétiens sages ne le faisaient pas. " Ouy, dit-il, mais le 1 temps me presse d'aller à la chasse et vous me remettez ' à quarante jours d'ici ; qui me fera mes raquettes ? —

• Priez-en votre promise, luy dismes-nous. — Il se met ^ à rire. — Je me ferai, répondit-il, gausser de moi : car ce ' n'est pas la coustume de notre nation d'employer les ' filles devant leur mariage. Mais il n'importe, fit-il, 1 quoyque le terme que vous me donnez soit bien long,

• il vaut mieux attendre et se mettre en danger d'estre ' moqué que de ne pas vous obéir. " Ce bon jeune

homme attendit et se comporta pendant tout le temps avec une modestie toute chrétienne. (2)

Son mariage fut l'occasion d'une grande fête. Deux autres sauvages devaient se marier à Sillery le même jour que Vincent-Xavier. M. de Montmagny, afin de rendre ce sacrement vénérable aux yeux de ces peuples, voulut que la cérémonie se fit à Québec en

1 Relat. 1642, p. 9.

2 Relat., 1640, p. 14.

grande pompe. Madame de la Peltrie, avec quelques dames françaises, se chargea de la parure des épousées, et les fiancés revêtirent des habits d'une magnificence toute royale, brodés d'or et de soie, dont Louis XIII avait fait cadeau, l'année précédente, à un chef sauvage qui était allé en France. (*) Après le mariage il y eut grand festin, anx frais du gouverneur. Les sauvages étaient ébahis et les Français eux-mêmes dans l'admiration. " Nous n'attendions pas, disaient-ils, cette bénédic- • ' tion, de nos jours : en vérité, c'est une consolation bien u sensible de voir un barbare, élevé dans la liberté " qu'ont les âmes sauvages, se captiver doucement sous " le joug de Jésus-Christ nostre Sauveur. " (2)

1 Iouanchou était allé à Paris en 1638, et avail déposé aux pieds du roi une couronne de wampum au nom des sauvages du Canada. On lui avait fait voir le dauphin nouveau-né, qui devait être Louis XIV, et le roi lui donna, dit la Relation de 1639, p, 3, " six paires " d'habits vraiment royaux : ce n'est que toile d'or, velours, satin, " panne de soie, écarlatte et le reste à l 'advenant. ' Trois de ces habits, déposés chez les Jésuites, ne servaient que dans les parades et les processions. Ils furent détruits dans l'incendie de la maison au mois de juin 1640. — RcL, 1640, p. 50.

1 ReL, 1640, p. 14.

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