CHAPITRE DIXIEME
Les Hospitalières à Sillery. — Jésuites et religieuses arrivés en 1640. — Désir de la duchesse d'Aiguillon de voir les Hospitalières s'établir à Sillery. — L'incendie de la maison des Jésuites et de Notre-Dame de Recouvrance hâtent l'exécutiou du projet. — Bénédiction de la première pierre du monastère de Sillery, le 9 juillet, 1640. — Les religieuses habitent une maison de M . de Puiseaux en attendant. — Entrent dans leur monastère le 1 décembre : le P. Ménard, chapelain. — Privations, souffrances, maladies. — Mort de la mère Sainte-Marie ; — mort de M . Gand et de M . de Sillery.
La flotte de 1640, bien que prête dès la fin de mars, ne put quitter Dieppe qu'aux derniers jours d'avril. Dieu, en la faisant battre par des tempêtes qui menacèrent de l'anéantir, la protégeait ainsi contre les frégates anglaises en croisière à petite distance du port. Richelieu Payant appris la fit convoyer par des bâtiments de guerre jusqu'à ce qu'elle n'eût plus rien à craindre. C1) Elle n'atteignit Québec que le huit de juillet (2)
1 Relat. 1640, ch. I.
2 Hist. de l'Hôtel-Dieu par l'abbé Gasgrain, p. 92.
Parmi les passagers étaient les pères jésuites, René Ménard et Joseph Duperon dont on a parlé plus haut/1) Deux nouvelles Hospitalières de Dieppe, la mère Sainte- Marie et la sœur converse Saint-Nicolas, et deux Ursulines, les mères Anne de Sainte Claire et Marguerite de Saint-Athanase venaient à la rescousse de leurs compagnes. Le gouverneur et le P. Vimont vinrent les recevoir sur le quai et, comme la maison des Jésuites et l'église de Notre-Dame de P.ecouvrance avaient été détruites par un incendie peu de jours auparavant, (2) ils conduisirent les religieuses à la petite chapelle des Ursulines qui était tout proche.
L'idée de la duchesse d'Aiguillon, en fondant l'Hôtel-Dieu, avait été de placer les. Hospitalières auprès des sauvages, afin qu'elles pussent plus aisément et plus efficacement travailler au soulagement de leurs misères. Mais, comme elle s'en était rapportée au jugement des missionnaires (3) du pays, ceux-ci jugèrent qu'il valait
1 Catalogues-annuels, 1640.
Le P. Mënard, né à Paris en 1604 ou 1605, fut un missionnaire
intrépide. Il était supérieur de la résidence des Trois-Rivières, déjà brisé "par les travaux et les pénitences plus encore que parles ans. lorsqu'il partit avec quelques Outaouais pour aller évangéliser des Hurôns réfugiés à l'autre extrémité du lac Supérieur. Il avait été dix ans missionnaire des Hurons. Il hiverna avec les Outaouais, peuplade grossière, réfractaire à l'Evangile,- et continua sa route en 166 1 . Abandonné par ses g.ukles, il périt de misère et de faim. — Voir le P. Rochemonteix, II, 45, ss ; — AV/., éd. Burrows. toc. cil
I.e P. Jos.-Imbert Duperon retourna en France en 1658 On ignore la date de sa mort :
2 Ixclat . de 1640, ch. I, & XIII. — Le 14 juin, Fer'land. I. 299.
3 Relut, de 1641, p. 24: "Comme elle s'estait prudemment " rapportée de cette affaire à ceux qui sont sur le pais, ils prirent au "commencement des pensées contraires à ses inclinations." N croyons qu'il s'agit des pères Jésuites.