CHAPITRE DIXIÈME
mieux les établir à Québec. Cependant les religieuses, sollicitées par les sauvages, désiraient de venir habiter Sillery, et, cette année-là (1640), les lettres de la duchesse d'Aiguillon les y exhortaient.
u Quand le printemps (1640) fut venu, écrit la mère Juchereau de Saint-Ignace, (l) tous les sauvages nous quittèrent pour aller à Sillery parcequ'ils ne se plaisaient point à Québec. Cela nous fit penser à l'inclination que madame la duchesse d'Aiguillon nous avait témoignée en partant de France, d'y placer notre hôpital plutôt qu'icy ; elle pria même les Révds Pères Jésuites de nous y porter. Nous recommandâmes beaucoup cette affaire à Notre Seigneur et après quantité de prières et plusieurs consultes avec les Rvds Pères Jésuites, ayant reçu une lettre de Mme notre fondatrice, par laquelle elle nous marquait que non seulement elle consentait, mais qu'elle souhaitait que nous allassions à Sillery, et que pour ce sujet elle avait augmenté le bien de la fondation, d'une somme semblable à la première qu'elle avait donnée, par un nouveau contrat du 31 janvier 1640, de vingt mille cinq cents livres de principal (2)
1 Manuscrit cité, fol. XIII, XIV.
2 L'annaliste dit que ces fonds furent placés sur les coches — service de diligences — d'Orléans, Tours et Bordeaux, et rapportaient " en certaines années mille écus et souvent quatre mille livres." L'écu valait trois ou six livres : il s'agit ici sans doute d'écus de trois livres, la phrase laissant entendre que la première somme était moindre que la dernière. Ferland, I, 301, porte la nouvelle fondation à vingt mille francs. Dans V Histoire de V Hôtel-Dieu, M. l'abbé Casgrain, p. 45 et 89, dit que le fondatrice ajoutait vingt mille livres aux vingt-deux mille qu'elle avait déjà données.
Deux documents authentiques permettent de préciser : i° " Dona- " tion de la duchesse d'Aiguillon de la somme de vingt-deux mille
" Il n'en fallut pas davantage pour nous déter- " miner à nous établir à Sillery, nous jugeâmes que le " bâtiment que nous y allions faire pourrait dans la " suite nous servir de métairie, si nous étions obligées de " revenir à Québec, ainsy nous prîmes des mesures pour " préparer des matériaux, étant bien aises de contribuer " à y arrêter les sauvages afin de les y secourir. '
L'exécution du projet fut hâtée par le désastre auquel nous avons déjà fait allusion, qui s'abattit alors sur Québec. Le quatorze juin 1640, à quatre heures de relevée, (0 le feu s'étant déclaré dans la maison des Jésuites, s'étendit bientôt à la chapelle du gouverneur, peu éloignée-, et à Notre-Dame de Recouvrance qui servait d'église paroissiale. (2) La flamme activée par un vent assez violent, par le bois résineux de sapin dont étaient construits ces édifices, fut si ardente et si rapide qu'en
" quatre cents livres laquelle sera employée en achat d'héritage. " ou domaine du roi, ou rente constituée en France, en faveur des " religieuses hospitalières qui seront établies en la ville de Québec. " delà Nouvelle-France." — A S. Germain-des-Prés, Paris, 16 août
20 " Acte de donation fait par Madame la duchesse d'Aiguillon, " de la somme de dix-huit mille cent (18,100) livres en faveur des Reli- " gieuses Hospitalières de la ville de Québeck de la Nouvelle France. " pour faire avec les vingt-deux mille quatre cents, celle de quarante- 4 ' mille cinq cents." Collection Moreau Saint-Méry, vol. I, F. " Canada, 1556-1669, fol. 137, ss., et fol. 202, ss. D'après le Rapport sur les Arch. Ca?i. de M. Ed. Richard, 1899, p. 4S.
1 Hist. manuscrite de l'Hôtel-Dieu, fol. XIV,
2 D'après Fe.iland. I, 265, note 2, elle aurait été située dans le voisinage de la cathédrale anglaise actuelle.
Mais les fouilles faites par l'abbé Laverdière ont mis à nu le chevet de N.-D. de Recouvrance. Il correspondait sensiblement avec celui de la basilique de Québec : seulement le portail de la chapelle regardait le sud.