CHAPITRE DIXIÈME
i( peu avancée ; il n'y avait que trois pan<; de murailles " faits, le pignon du côté du nord-est était ouvert, on le " boucha avec de la paille et des planches, on fit lever " la charpente et faire le premier plancher et nous nous a logeâmes comme nous pûmes n. On se ferait difiicilement une idée de ce qu'eurent à souffrir de l'humidité et du froid, des femmes délicates habituées à la douceur d'un ciel plus clément.
MONASTERE DE SIDLERY.
(Restitution d'après M. Jos. Trudelle.)
A cela vinrent s'ajouter le dénûment et la maladie. La mère Saint-Ignace souffrait d'un crachement de sang qui menaçait ses jours, et deux autres religieuses tombèrent épuisées par les privations et la fatigue. Tout faisait défaut pour leur donner les soins qu'exigeait leur état, et cette pénurie était encore augmentée par l'éloignement de Québec : parfois un domestique courait tout le jour pour rapporter, le soir, un œuf à moitié
gelé, et alors, exemple admirable de mortification et d'oubli de soi ! " c'était, entre les deux malades, une " douce dispute à qui ne le prendrait pas, " (J) chacune jugeant que sa compagne en avait le plus besoin.
Pendant cet hiver, il n'y avait à Sillery d'autres Français que les Jésuites. Tous les sauvages valides étaient partis pour la chasse : quant aux infirmes et aux pauvres, les religieuses durent trouver dans leur propre pauvreté des ressources pour les nourrir. (2)
Il y eut peu de malades. (3) Cependant la Relation rapporte que, en cette année 1641, soixante-sept sauvages furent soignés à l'hôpital ; sept furent baptisés et quatre, dont un Français, émule de Job par sa patience, passèrent à une vie meilleure. Au printemps les chasseurs revinrent et tous se firent une fête d'apporter aux Filles Vierges une part de leur chasse, gibier ou chair d'élan fumée à leur manière. C'aurait été l'abondance, mais les religieuses, si elles acceptaient ces dons afin de ne pas blesser le bon cœur des néophytes, ne purent jamais se décider à goûter de cette venaison : tant la repoussante malpropreté des sauvages et l'odeur nauséabonde de leurs habits leur inspiraient d'invincible répugnance.
Cependant la santé de la mère Sainte-Marie, toujours frêle, acheva de se délabrer pendant l'hiver. Dans l'espoir qu'une alimentation plus substantielle pourrait sauver cette précieuse vie, le monastère acheta à grands frais une chèvre dont le lait fut réservé à la malade. Mais ce fut peine inutile, et, dans la nuit du cinq mars,
1 Hist. de V Hôtel-Dieu, M. l'abbé Casgrain, p. 106.
2 Rti. 164 1, p. 26.
3 Ibid. 27.