‹ Notre-dame de ThermidorChapitre 22 sur 29 · TEREZIA CABARRLS DEVANT LA CONVENTION · texte numérisé non relu

TEREZIA CABARRLS DEVANT LA CONVENTION

de vous dire qu'elles les sentent vivement^ qu'elles sont pressées d'impatience de les voir convertis par vous en décrets bienfaiteurs pour l'humanité; qu'enfln elles sont prêtes pour l'instant précis où, au nom de la patrie, vous les appellerez dans vos belles institutions.

» Vous leur permettrez sûrement d'espérer qu'elles occuperont une place dans l'instruction publique; car pourraient-elles se résoudre à croire qu'elles ne seraient comptées pour rien dans les soins particuliers que vous réservez à l'enfance? Pourraient-elles penser que vous ne leur confierez pas surtout l'éducation de leurs jeunes compagnes que le malheur aura privées de l'instruction maternelle?

)> Ce n'est pas a vous qu'on aura à reprocher un jour d'avoir méconnu la pudeur et sa vertueuse influence : et qui peut enseigner la pudeur, si ce n'est la voix d'une femme? qui peut la persuader, si ce n'est son exemple?

» Mais ce que je viens aujourd'hui particulièrement réclamer en leur nom avec la plus forte confiance, c'est l'honorable avantage d'être appelées toutes dans les asiles sacrés du malheur et des souffrances, pour y prodiguer leurs soins et leurs plus douces consolations.

« Craindrais-je de m' abuser, citoyens représentants, lorsque je pense que là doit être le véritable apprentissage de la vie d'une femme; que c'est dans cette école que les filles, avant de devenir épouses, doivent aller développer, éclairer leurs premiers sentiments , et s'instruire , par la pratique de la bienfaisance , à tous les détails des devoirs qu'elles auront bientôt à remplir

envers leurs enfants, leur époux, leurs parents; que là leur sensibilité, sans rien perdre de ce qui peut en faire le charme, prendra un caractère et plus auguste et plus pur; que la compassion, ce germe inné de toutes les vertus , ne sera plus en elles une émotion passagère et stérile , mais un sentiment profond et courageusement actif; qu'elles y apprendront surtout à vaincre ou plutôt à ignorer à jamais les dégoûts impies pour les infirmités de la vieillesse; et qu'ainsi leur délicatesse, loin d'être^ comme par le passé , un obstacle à leur vertu , ne sera qu'un nouveau moyen de la rendre et plus utile et pins aimable?

» Et qui ignore combien leur présence est douce aux malheureux? Qu'il soit permis à une femme de le dire : les hommes sont destinés à des actions fortes, à d'éner* giques vertus; mais, auprès des malades, leurs soins les plus tendres sont brusques et précipités; leur voix radoucie est encore trop rude; leurs attentions mêmes sont distraites, leur patience a l'air trop pénible. Us semblent, en quelque sorte, fuir l'infortuné qu'ils soulagent.

» Les femmes, au contraire, lorsqu'elles soignent un malade, semblent ne plus exister que pour lui; tout en elles porte allégeance et soulagement; eUes trouvent bien qu'on se plaigne; elles sont là pour vous consoler; leur voix seule est consolatrice, leur regant est s^sible, leurs mouvements sont doux, leurs mains sem* blent attentives aux plus légères douleurs, leurs pro* messes donnent de la confiance, leurs paroles font

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