IL
C'était la grande échéance, tout le monde payait de sa vie ou de sa fortune. Rivarol avait fui s' écriant : a Je ne veux pas émigrer dans l'autre monde, rt Chamfort, craignant la guillotine, se coupait la gorge. C'était le dernier mot de l'esprit français.
Robespierre faisait la terreur dans la Terreur. Jamais tyran de l'antiquité, du Bas-Empire ou du moyen âge, n'avait régné plus impérieusement. D était armé de la guillotine. Il daignait reconnaître Dieu comme pour le railler, il promettait la liberté et donnait la mort. Et il faisait tout cela peut-être avec la foi d'un apôtre. Il était pauvre et ne voulait pas que son ambition fôt vêtue de pourpre, mais il ne voyait pas qu'elle marchait dans le sang. Il travaillait devant \\n buste de la Raison et une gravure représentant Socrate. Socrate n'eût pas travaillé devant le buste de Robespierre.
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Les Français sont des Athéniens et non des Spartiates. Ils ont joué aux Romains, mais ni Brutus ni Caton n'étaient avec eux. Us avaient l'héroïsme de l'épée et de la mort, mais non les vertus du républicain. lU jouaient tous la comédie du devoir; en montant à l'échafaud, ils conservaient encore F air théâtral. Us avaient bien plus la soif du pouvoir que la soif de la liberté. Ils avaient supprimé Dieu, mais ils croyaient tous à une fatalité occulte qui les dominait. Quand c'était leur tour d'aller à la mort, ils ne se révoltaient pas plus que les Orientaux. Quand ils signaient la mort pour les autres, c'était avec le même fatalisme.
Les Français du dix-huitième siècle étaient pour les (orangers un sujet d'ctonnement; au moment où J. J. Rousseau rappelait les mœurs à la simplicité de l'état sauvage, au moment où les mâles vertus de Rome et de Sparte se drapaient austèrement sur le théâtre , la noblesse et le clergé donnaient au monde le spectacle d'une société qui s'enivre à la coupe de toutes les folies. Plus l'avenir était sombre et chargé d'événements, plus l'heure présente riait sous le masque. Je ne lis point celte page de notre histoire sans songer aux derniers jours de Pompéia. Le volcan fume, l'éruption s'annonce par de sourdes et profondes secousses; la terre tremble de moment en moment : esclave, effeuille les roses ! La société est un banquet dont les convives chantent sous la cendre d'un monde qui se bouleverse. La vie frivole des femmes du dix-huitième siècle formait un tel contraste avec la gravité des circonstances , que l'Europe
fout entière n'en pouvait croire ses yeux. On se demande^ où court ce fol essaim d'esprits perdus. Quand la Révolution vint et saisit aux cheveux, par la main du bour* reau , tous ces Français ivres de folies , elle les trouva mal réveillés du lestin de la veille.
Cet enivrement, précurseur des grandes catastrophes, est un fait qui se reproduit trop souvent dans Thistoire pour qu'on n'y voie pas une loi de la Providence. Les races et les classes condamnées se précipitent au-devant de leur ruine, la tétc couronnée de roses. La lumière des idées nouvelles ne les atteint que pour les aveugla; prises de vertige, elles donnent d'autant plus raison à la voix de l'opinion publique; elles opposent le scandale à la conscience qui les menace. Leur perte était inuninente, elles la rendent inévitable. D'une main fébrile, elles signent en riant l'arrêt du destin; ce n'est pas une mort, c'est un suicide.
A quel historien demanderons-nous le taUeau iSunilier et pittoresque de Paris au 9 thermidor? Si j'ouvre le Moniteur^ je lis cette page :
(( Les sciences et les arts avaient fui la pairie des Corneille et des Racûie; nos théâtres ne présentaient plus que de misérables rapsodies payées pai* l^ambition et applaudies par l'ambition ou la sottise; sur les sièges qu'avaient illustrés les Uaguesseau et les Klolé, oc ne voyait plus que d'ignares bourreaux déguisés sous le
nom déjuges. Les riantes promenades où les citoyens allaient autrefois se délasser étaient remplies d^ hommes à carmagnole, coiffés du bonnet des forçats : leurs yeux portaient la terreur dans Fàme de tous les citoyens, et leurs jurements effroyables les faisaient fuir. Les rues étaient obstruées par les charretées de victimes qu'on menait à la mort. Les départements gémissaient sous la tyrannie d'insolents proconsuls qui les décimaient; partout on créait des tribunaux, partout on dressait des échafauds, partout on creusait des cimetières. La Convention, veuve de ses principaux orateurs, gémissait dans l'oppression, était muette sous le couteau qui regorgeait. Tel était alors l'état de la France. Les auteurs de tant d'atrocités n'avaient pas même l'honneur de les avoir inventées. Dépourvus de ce caractère qui fait les grandes choses, ils s'étaient contentés de renouveler les horreurs dont l'histoire nous a transmis le souvenir. Brigands subalternes, ils ont suivi les traces des grands scélérats qui les avaient précédés; et Tacite en traçant les forfaits qui marquèrent le règne de Domitien a écrit celui de Robespierre. Nos oppresseurs ont tout imité, tout, jusqu'aux scènes de Caprée. Ils avaient près de Paris plusieurs maisons de plaisance où ils se livraient aux plus infâmes débauches. Ils trouvaient toujours là la table de Lucullus, tandis que ce qu'ils appelaient la populace (car ils traitaient ainsi dans leurs orgies la foule qu'ils faisaient servir à leurs projets criminels) manquait de tout, et ils se proclamaient effrontément les premiers des sans-culottes. »
Kt au revers je lis des vers de Marie-Joseph Chénier : Y Hymne du 9 tliermidor^ musique de MéhuL Mébul, qui était du dernier festin de Robespierre, chante aujourd'hui ses funérailles :
Salut, neuf thermidor, jour de la délivrance : Tu vins purifier un sol ensanglanté :
Pour la seconde fois tu fis luire à la France Les rayons de la liberté.
Deux jours avaient vengé 1* opprobre de nos pères; Mais le sceptre tombé des moins du dernier roi Armait encor la main des tyrans populaires; 11 ne fut bri.sc que par toi.
Chantres républicains , célébrez la victoire ; Vierges du peuple franc , couronnez-vous de fleurs : Pères , enfants , époux , bénissez la mémoire Du beau jour qui sécha vos pleurs.
Le sommet de l'Olympe o vu réduire en poudre Les superbes géants par la terre enfantés : Au sénat de la France ainsi tombait la foudre Sur les tyrans épouvantés.
En vain pour conserver leur sanguinaire empire, A tes yeux , ô soleil ! ils cachent leur fureur : ivre de sang français, leur troupe en vain conspire Avec la nuit et la terreur.
\e crains plus d'éclairer le triomphe des crimes; Remplace de ta sœur F astre silencieux : Les oppresseurs vaincus vont suivre leurs victimes; Tu peux remonter dans les cieux.
Le peuple et le sénat ont repris leur puissance; liCur voix des noirs cachots rompt les portes d'airain : Echafauds , où le crime égorgeait l'innocence , Tombez à ce cri souverain.
Renverse, 6 Liberté! cet autel homicide, Où r horrible Anarchie, nn poignard à la main. Comme autrefois Diane anz monts de la Tanride, S'apaisait par du sang humain.
Vous, que chante en pleurant ramitic solitaire, Femmes, guerriers, vieillards, beautés, talents, vertus, Vous ne reviendrez pas consoler sur la terre Vos parents qui vous ont perdus!
Ah! de vos noms sacrés la mémoire chérie Peut du moins quelquefois soulager nos douleurs; Du moins sur vos tombeaux la plaintive Patrie A nos pleurs mêlera ses pleurs.*
Vous accusez du fond de vos augustes tombes Les coupables vengeurs qui vous ont outragés; C'est par de sages lois, non par des hécatombes, Que nos amis seront vengés.
Oui , pour la République un nouveau jour commence ; Nous verrons, à la voix de vos mânes proscrits. L'humanité dressant l'autel de la clémence Sur vos respectables débris.
Première déité, des lois source immortelle; Toi qu'on adorait même avant la liberté , Toi, mère des vertus, véritable Cybèle, Touchante et sainte Humanité!
Unis des intérêts qui paraissaient contraires ; Un cœur qui sait haïr est toujours criminel : Au festin de l'oubli viens rassembler des frères Pressés sur ton sein maternel.
La palme et le laurier cueillis par le courage De leur tige robuste ont orné nos remparts : 1/ olivier de la paix verra sous son ombrage Fleurir T excellence des arts.
:iU NOTKË-DAUE DE THERMIDOR.
Une longue tourmente a grondé sur dos têtes; Des rociiers menaçants nous présentaient la mort, La terre est près de nous ; qu'importent les tempêtes , Si la liberté vient au port*?
* Jamais Marie- Joseph Ghénier n'avait été si grand poëte qu'en thermidor, comme s'il eût voulu prouver que les poètes avaient droit de cité dans cette République qui les vouait à la mort.
C'est le 3 thermidor que le Moniteur publie le Chant du départ:
HYMXË DE GUERRE.
. UX nBPHKSBNTAXT DO PBITLB.
La victoire, eu chantant, noua ouvre la barrière,
La Liberté guide nos paa ; Et du Mord au Midi la trompette guerrière
A sonne l'heure des combats.
Trembles . ennemis de la France ,
Rois ivres de sang et d'orgueil !
Le peuple souverain s'avance ,
Tyrans , descendes au cercueil l
La République nous appelle ,
Sachons vaincre ou sachons périr;
Un Français doit vivre pour elle ,
Pour elle un Français doit mourir.
U.\K IIÈHU DB PAUiLLB.
De nos yeux maternels ne craignes point les larmes ;
Loin de nous de lâches douleurs !
Xous devons triompher quand vous prenes les anaes.
C'est aux roia de verser des pleura.
Mous vous avons donné la vie ;
Guerriers , elle n'est plus à vous :
Tous vos jours sont à la patrie ;
Elle est votre mère avant nous.
DBCX VIEILURD8.
Que le fer paternel arme la main des braves ;
Songes à nous au\ champs de Mars :
Consacres dans le sang des rois et des esclaves
Le fer béni par vos vieillards.
Et rapportant sous la chaumière
Des blessures et des vertus.
TABLEAU DE PARIS AU XKUF THKRMIDOU. 375
Et maintenant si vous voulez voir les dîners de la fralernîté , regardez ce tableau peint par Barère :
a 11 y a deux mois, Ton avait ouvert partout les temples de Ift
Venei fermer nutrc paupière Quand les tyraus ne seront plus.
UN KNFANT.
l)c Barra , de Viala le sort nous lait euvic ;
Ils sont morts , tnais fis ont vaincu ; Le Mciie aceabM d'ans n'a point connu la vie :
Qui meurt pour le peuple a vécu.
Vous éles \aillants, nous le sommes;
Guidcs-uous contre les tyrans ;
Les républicains sont des hommes .
l^ei eicUves sont des culknts.
UMt KIHlUftK.
Partes . vaillants ëpuu\ , les combats sont vos Itltes :
Partez, modèles des «jucrriers; Xous cueillerons des fleurs pour eu ceindre vos têtes ;
\'oB mains tresseront vos lauriers.
Rt si le temple de Mémoire
S'ouvrait à vos mânes vainqueurs.
Kos voii cliauterout votre gloire ,
Rt nos flancs portent vos ven<feurs.
tlVk JKIKK PILLF.
Et nott< , Bdjurs des héron . noua qui de Tliyménée Iffnofona l«§ aimables nœuds , &i , pour s'unir un jour à notre destinée , Les citoyens rormciit des vœux .
Qu'ils reviennent dans nos murailles , BeauK de gloire et de liberté»
Et que leur sang . dans les batailles , Ait coulé pour l'égalité.
TROIS raiBRRIBRS.
"Sur le fer, devant Dieu, nous jurons À nos pères
A nos épouses , k nos sœurs .
A nos repiH^seitiAtili . à nos fils , à non mèr(*5i ^
D'anéautir les oppresseurs.
Kn tous lieux, dans la nuit profonde Plongeant l'infâme myauté, t.ps Praiirats donneront au monde Kt h pak et la liberté.
Raison ; des jeoz sceniques y remplaçaient un ancien cnité. Aujourd'hui l'on élève des tables de fraternité dans toutes les rues, et des espèces de saturnales sont substituées à la décence des ropas domestiques.
» Les repas publics ne sont pas parmi nous une institution nouvelle. Camille Desmoulins les provoqua dans les jonmaui; des contre-révolutionnaires les demandèrent aussi , et s'en servirent , en juillet 1792 , à Marseille et à Arles, quand les débris de la conjuration de Saillant étaient encore fumants; c'est ainsi qu'on chercbait à altérer ce qu'il y a de plus amical , de plus respectable chez les hommes ; la table , que tous les peuples ont regardée comme le temple de l'Amitié, nos hypocrites ennemis en ont voulu faire le temple de la Discorde , et Danton appuya plusieurs fois de son coupable organe, dans la Convention, la proposition de ces banquets généraux , de ces fêtes tumultueuses dont il espérait faire une arme à la contre -révolution.
» Une section a commencé à parler de repas civiques : le mol touchant de fraternité a séduit les citoyens, et des tables communes ont été dressées dans la voie publique. On y buvait à la liberté nationale; on avait toutes les formes de l'égalité naturelle, et la contagion de l'exemple a fait des progrès rapides. Plusieurs sections ont subitement proclamé la fraternité pour le lendemain ; de proche en proche , nos places publiques se sont transformées en banquets, et la joie a paru briller à la fois dans plusieurs quartiers de Paris.
y> 11 était vraiment délicieux , ce spectacle , auprès de ces maison» qui servent d'asile à ces bons citoyens, à ces artisans paisibles,» ces républicains sincères qui vivent de peu et qui aiment beancoap leur patrie.
n Là Ton voyait deux ou trois familles qui faisaient le repas commun avec cette gaieté calme d'une conscience républicaine qui remplit un devoir analogue à ce qu'il sent pour son pays. Ici, des vieillards et une tendre mère , réunis à leurs voisins , attiraient les regards des passants, apprenaient à un enfant de cinq ans une chanson patriotique , et applaudissaient à ses essais comme à l'espérance de leur maison et de la patrie. Plus loin, autour d'une table couverte de mets grossiers et peu nombreux , des applaudissements
robustes et des cris éclatants de IVr^ la République! jetaient une teinte sombre sur quelques visages, et appelaient les regards de l'observateur. Dans une table amplement garnie, et où étaient prodigués des vins délicieux, Ton entendait aussi répéter : Vite la République! mais le cri était violent, l'expression de la voix exagérée, et la joie peu commnnicative. Quelques tables offraient le mélange bizarre de Tancien régime bien cérémonieux et de la franchise républicaine avec son abandon.
n Les bons esprits ne s'y sont pas trompés ; les vertus douces et hospitalières d'un grand peuple ne sont pas l'eflet d'un appareil pompeux ou d'une réunion fortuite et momentanée; l'amitié et la fraternité ne sont pas Timilation servile et minutieuse de quelques repas, auxquels la bonhomie et la franchise assistent à côté de l'orgueil et de la vengeance.
» L'aristocrate sait aussi h propos porter avec vivacité le toast de la République, et la République n'en est pas moins trahie, n
Barère aimait mieux les festins nocturnes de Clichy avec des comédiennes et des courtisanes*. Il continue ainsi :
tt Soyons un instant à la place du voyageur étranger, assistant à ces banquets sectionnaires. Il se demandera' quel peut être le motif de tant de dépenses , et de cet amalgame instantané de sentiments
* Voici à ce propos le récit de Villate :
u Barère avait à Clichy une maison de plaisance , tout à la fois séjour des jeux de l'amour et repaire odieux où les Vadier, les Vouland , inventaient avec lui les conspirations que la guillotine devait anéantir. Ils s'y rendaient deux fois par décade. L'enjouée Bonnefoi y accompagnait Dupin , aussi fameux dans sa coterie par sa cuisine de fermier général , qn'iF l'est dans la Révolution par son rapport sur les fermiers généraux. On connaît l'échange bizarre de Versailles entre le ci-devant duc de Lianconrt et je ne sais quel autre courtisan. Barère avait cédé celte virtuose à Dupin, et Dupin à Barère la Deraahy, courtisane logée dans un superbe hôtel, rue de
et d'opinions divers dans un moment rëvolationnaîre. S'il est poli* tique, il craindra le contact subit d'êtres contrairea au milieu de la crise actuelle. S'il est attentif, il entendra rari8to.crate tromper le patriote sur ses sentiments^ et lui inspirer une confiance funeste et une sécurité dangereuse. Est -il observateur, il verra le modéré s'écrier au milieu du repas : « Mos armées sont victorieuses partout; il ne nous reste que la paix à faire, à vivre en bons ainii, et à faire cesser ce gouvernement révolutionnaire , qui est terrible. » Est-il législateur, il sentira que <5es repas ne sont qu'un piège adroit, une amnistie prématurée , une proclamation précoce de paix et une fusion dangereuse de sentiments purs et d'intentions perfides» d'actions républicaines et de principes contre-révolutionnaires.
i> Citoyens des sections , vous ne portes à ces repas que de la fran* chise et de la gaieté ; mais tous vos convives , tous vos voisina , aontils francs et purs comme vous? Le vin précieux qu'il» vous portent n'est que de l'opium : iU veulent vous endormir, au lieu de fraterniser.
n Le républicain doit porter son tribut d'observation : comment régénérer les mœurs avec cette confusion bicarré de citoyens, avec ce mélange inconsidéré des sexes au milieu des banquets, dans les ombres de la niiit , et après des repas où le vin et la joie la plus immodérée ont préaidé, quelquefois même des intentions perverses? Gomment porter les citoyens à la tempérance et à F économie , source de toutes les vertus; l'économie, qui tend à nous rendre plus libres en diminuant nos besoins, en nous affranchissant d'une foule de dépenses; F économie, qui assure F existence, qui déjoue les rois
Richelieu. Ces deux belles, avec une antre pins belle et plus jeune, étaient les trois Grâces qui embellissaient de leurs attraits les cliarmilles délicieuses à F ombre desquelles les premiers législaleurs du monde dressaient leurs listes de proscription. Un jour, niadame de Bonnefoi fixa les regards de Payan , représentant du peuple* invité parfois à ces parties. J'ai su que la sensibilité inquiète du tendre Dupin en avait été vivement alarmée. Le sieur Vadier se mêlait aussi des jeux perfides de Famour ; le laid Vulcain, dans Fdympe, nm fut jamais davantage Fobjet des sarcasmes et des railleries. »
TABLEAU DE PARIS AU \El)F THERMIDOR. 379
coalisés, qui présente des ressources aux citoyens et des subsistances aux arnices? Xous ne cesserons de le répéter aux citoyens : réconomic, la tempérance et la modestie sont les ^vertus inséparables du vrai républicanisme ; et les banquets tumultueux chassent les vertus de la République.
n Los moeurs n*y gagnent pas, car ces banquets forcent les patriotes h contraindre leurs sentiments envers les aristocrates ou les modérés, et à niôlor leurs vœux sincères pour la République avec le toast hypocrite des contre-révolutionnaires.
n La victoire, mise en permanence par nos armées, avait ouvert tous les coeurs à une joie légitime et franche , et des fêtes civiques avaient mis le sceau à cette joie nationale. Ces fêtes suffisaient aux bons citoyens; elles ne suffisaient pas aux jalousies aristocratiques, et leurs complots pouvaient en recevoir une activité plus grande : de là des fêtes nouvelles , des fêtes plus gén^^rales , plus multipliées » plus tumultueuses. Une nuisique brillante , des chants guerriers, un rassemblement majestueux comme le peuple lui-même, lui donnaient une attitude trop belle et des plaisirs trop relevés; il a fallu les empoisonner par des craintes de suspicion , et les multiplier jusqu'à satiété.
9 A une fête simple et décente oa a voulu si^stituer des orgies ; aux effets délicieux et moraux d*un art sublime, à la poésie et à la musique , on a fait succéder Tintempcrance et la prodigalité. Est-ce donc an moment où le gouvernement veille nuit et jour pour r approvisionnement de quatorze armées et de six cents districts , que nous devons gaspiller les matières de premier besoin , et consommer en un jour les subsistances d'une décade?
n Ce fut là toujours le prélude de toutes les conspirations, lorsque des époques révolutionnaires accompagnaient les grandes démonstrations de joie (Publique ; et la Saint- tarthélemy, cette orgie royale , fut méditée et couverte par des fêtes et des spectacles multipliés , dans le même palais oà je porte aujourd'hui la parole.
» Le Palais-Egalité, couvert un instant de tables fraternelles et rempli d'acclamations passagères pour la République, ne présentera-t-il plus désormais l'usure du négoce et Tavidité des profits? Ne sera-t-il plus la forêt des contre*révolutionnaires , des aristocrates ,
des cmigrcs , la caverne des joueurs et le repaire' du vice? Les ennemis de T égalité Taimeront-ils mieux parce qu'ils auront dîné les pieds dans la boue , et le cœur à Londres , à Vienne ou à Coblentz? n
Vous voyez que les Républicains avaient peur même de la fraternité.
Allons au théâtre. Le vrai théâtre est à la barrière dn Trône, c'est Sanson qui le donne tous les jours vers le coucher du soleil. Mais F Opéra et la Comédie sont toujours en faveur. Il y a encore des Athéniens à Sparte.
La Révolution avait entraîné , fasciné , enivré tout le monde, jusqu'aux esprits les moins révolutionnaires. M. de La Harpe, qui croyait à toutes les monarchies de l'esprit humain, qui n'aurait pas même voulu se dire citoyen de la République des lettres^ était devenu le citoyen La Harpe, et se présentait devant l'Assemblée nationale avec une pétition où il demandait la liberté des spectacles. Le premier, il donnait son coup de cognée à ce trône impérissable de la Comédie française où il avait eu , les lendemains de Molière , sa part de royauté.
La clôture de 1791 fut le signal du démembrement et de la ruine du Théâtre -Français. Talma, Grandmesnil , Dugazon , allèrent tenter la fortune au théâtre Dorfeuil , où Monvel régnait , où bientôt mesdemoiselles Vestris et Desgarcins, deux étoiles incomparables, les suivirent de près. 11 y eut donc deux Théâtres-Français;
heureusement que pour le théâtre ofiSciel Fleury et mademoiselle Contât y gardèrent le masque de la haute comédie.
Ce fut la révolution et le carnaval des théâtres. La Montansier elle-même voulut se mettre au diapason du grand art. Que dis-je? elle osa tenter les périls de la Iragédiie; elle eut la bonne fortune d'engager les deux Sain val, ces deux princesses adorables de Racine dont le marbre a consacré la beauté. Le pompeux Damas y jouait les premiers rôles et l'odieux Grammont y rugissait les tyrans.
11 y eut d'autres tentatives. Fleury lui-même abandonna la maison de Molière et de Corneille pour tenter la fortune d'un nouveau théâtre dans la salle de la rue de Louvois avec mademoiselle Raucourt et Larive , mais le public avait assez de théâtres sérieux ; c'était déjà trop alors du théâtre de la Nation et du théâtre de la République. On y jouait d'ailleurs des pièces qui n'étaient ni des tragédies, ni des comédies, ni des drames, on y jouait des à-propos révolutionnaires, les saturnales de l'esprit et de la bêtise, comme le Père Jacobin, Mirabeau aux Champs-Elysées , le Jugement dernier des rois.
Quoiqu'on criât alors la liberté sur toutes les gammes, il y avait une censure même à l'Opéra, où l'on refit la moitié des vers de Castor et Pollux, car il fallait que tous les héros eussent un certificat de civisme. Phèdre, dans sa grande scène avec Hippoly te , avait sur la poitrine les emblèmes patriotiques et la cocarde au diadème.
Mole était obligé de dire, jouant aux échecs dans le Bourru bienfaisant : Echec au tyran ! Le parterre était d'ailleurs une censure toujours à l'œuvre. On sentait , en voyant toutes ces têtes fiévreuses, que la vraie pièce n^était pas là; elle était dans la rue, au club, dans les repas civiques et fralernels.
Que de fois la comédie descendit de la scène dans la salle, où les partis s'injuriaient et promettaient des têtes à l'échafeud! Dans Caîtis Gracckus, il y a cet hémistiche : Des fois et non du sang. Le parterre applaudissait avec frénésie. Un soir, le conventionnel AlUtte s'indigne de ces applaudissements et s'écrie hors de lui : u Avec toute cette canaille, il faudrait dire : Ihi sang et non des luis *. «
Au théâtre de la Montansier, Grammont , quel que fiit le rôle qu'il jouât, débitait toujours des dithyrambes à la République : il fallait subir tout le civisme de son style. C'était un Coilot d'Herbois j^us théâtral et plus terrible; il ne se contentait pas de ses rôles de
* Cette comédie dans la comédie éclatait sur les théâtres de province.
La terreur était à Tordre du jour dans toute la France, mais plus encore dans les provinces qu'à Paris. Lise/, celte lettre de Juge à Payan , datée du 6 thermidor : « Ami , la sainte guillotine va tous les jours. Ces jours derniers, le frère de Manry, rex-constîlnant , monta le premier, en lâche; puis madame Pialat des Isles; notre ancien procuresir de la commune; le marquis d'Autane, cousin de Rovère, notre ancien maire; un autre mauvais sujet de Valréas; sept de Grillon, et notre général Grelly, qui monta le dernier, furent ensemble gnillotiflés. n
traitro sur le théâtre, il était toujours on scène, soit au club, soit dans la rue, soit au café. Le jour où Marie- Antoinette alla si belle et si grande à l'échafaud, on reconnut Grammont à cheval, sabre dégainé, qui conduisait l'escorte et donnait le signal des insultes. Jamais la comédie n'était tombée si bas, jamais la majesté ne s'était élevée si haut.
Grammont et Collot d'Herbois ne pardonnaient pas à ceux qui les avaient siffles ni aux comédiens qui étaient applaudis. On se souvient que le lendemain d'une représentation de Paméla les comédiens français furent tous jetés en prison. Grammont et Collot d'Herbois voulaient voir comment ils joueraient leur dernier rôle sur le théâtre de la guillotine. Mais le i) thermidor sauva les comédiens français.
En thermidor, les chaleurs furent sénégaliennes à Paris.
Si je ne craignais d'être symbolique ou fataliste après Fabre d'Eglantine, je dirais que thermidor porte aussi son histoire politique dans son nom. Ce thermidor tout en feu répandit en 1794 les rayons les plus ardents de la Révolution. Que n'a-t-il pas brûlé dans les campagnes et dans les villes? 11 foudroie Robespierre à la Convention. C'est Tallien qui lance la foudre. 11 fera présent des cendres de Robespierre à la patrie. 11 apportera aux
:i84 XOTRE-DAME DE THERMIDOR.
pieds de madame Tallien le bandeau de Notre-Dame de Thermidor, qu'elle posera sur sa tête, aussi brûlante que thermidor même.
Ceux qui pouvaient encore respirer .allaient aux Champs-Elysées depuis que la mort coupait des tètes à la barrière du Trône , sous les yeux de ces faubouriens qui avaient dit : a 0 Marat, père du peuple, protègenous! n et sous les yeux de ces faubouriennes qui criaient (dans les rues : u Sacré cœur de Marat, priez pour nous ! ))
Voici le tableau du soir aux Champs-Elysées pendant juin et juillet 1794 : « Sous ces arbres des Champs- Elysées, dit Nodier, les oreilles étaient poursuivies par des chants, des chansons atroces et des propos san- ({lants. Le gouvernement entretenait des chanteurs, débitant ou des hymnes en F honneur des héros de la République, ou des épigrammes sur les malheureux qui avaient été mis à mort quelques jours auparavant. Çà et là étaient exposées en vente de petites guillotines, et, comme si on eut voulu que les enfants s'accoutumassent à jouer à ce jeu , on avait substitué , dans la parade de Polichinelle, à la scène de la potence celle de la guillotine. ))
Au jardin des Tuileries, on s'amusait comme dans les fêles de Callot et de Téniers; on chantait la Car^ niag fiole et Ça ira; les sans-culottes y avaient leurs coudées franches; la Révolution y apparaissait comme une bacchante et choquait singulièrement l'ombre de Le Nôtre.
Tout le inonde chantait , même le 9 thermidor, même le ]0 thermidor, jamais la France ne fut plus chantante. Que chantait- on? La Marseillaise, la Carmagnole, le Ça ira, le Chant du départ, et cent autres hymnes patriotiques ou refrains de clubs. Mais quels étaient les poètes? Tout le monde. Voici la révolution du 9 thermidor chantée par Duplessis-Bertaux , un peintre qui avait peint déjà (ant de pages de la Révolution * :
Tous ces despotes pleins d'orgueil Que renfermoit uotre Commune , Qui se disputoient le fauteuil Et s'emparoient de la tribune , Avant que le neuf thermidor * Les eût chassés du Capitule , La raison a voit toujours tort.
Celui qui crioit le plus fort ,
D'un commun accord,
Obtenoit d'abord La parole.
Par des attentats , des forfaits , Sous le règne de Robespierre , La liberté pour les Français N'étoit qu'une vaine chimère.
Si par malheur on refiisoit De fléchir devant cette idole , Aussitôt on vous acciisoit , Au tribunal on traduisoit ,
On vous récusoit,
Et l'on vous coupoil...
La parole.
* L* autographe , illustré , paroles et musique , est à M. de Kaszyr.
Ces tigres qui se déchaÎDoient, Pour satisfaire à leur furie De sang-froid dous assassinoient , Toujours au nom de la patrie.
Mais laissons-là ce souvenir Qui nous afflige et nous désole , Xous saurons bien les contenir Pour qu'aucun d'eux à l'avenir,
Pour se rounir,
Ke puisse obtenir La parole.
Quels livres ptfbliait-on?
Histoire de la galanterie chez les différents peuples; les Dangers de la passion du jeu ou Histoire de la baronne d'Alvigny, et autres volumes légers,* sans parler des brochures révolutionnaires ou contre-révolutionnaires, que déjà on ne daignait plus lire, par exemple : le Catéchisme moral et républicain, à l'usage des en£auits des quatre-vingt-six départements , avec le portrait du jeune Barra; Pensées républicaines pour tous les jours de l'année; Alphabet républicain, pour instruire les enr Jants à épeler et à lire, contenant les Droits et les devoirs de t homme et du citoyen, suivi des prières et maximes républicaines.
Mais le vrai livre , le grand livre , le seul livre , c'est le Moniteur; toute la vie publique est là qui s'agite sur l'abinie du tribunal révolutionnaire. On trouve à la même page — les mariages , — • les divorces , — le» condamnations à mort du matin et les spectacles du soir !
La grande victoire de la Convention fut une journée qui dura cinq jours et cinq nuits ; la séance permanente du 9 thermidor ne s'arrêta que le 14. Le matin du 10 y Barère^ qui se connaissait en évolution comme en révolution , vint dire que la justice nationale avait triomphé : a Le Bas s'est tué d'un coup de pistolet, Couthon s'est blessé en tombant , Robespierre jeune 8^ est jeté par une fenêtre, Robespierre aîné s'est blessé *, Saint-Just est saisi. )> Et dans la soirée, Tallien
* 11 est hors de doute que Robespierre a tente de se brûler la cervelle, et que Méda n'a été pour rien dans sa ble^tsnre. C'était ropinion de Barère, c'est l'opinion de Barras.
l«éonard Bourdon vint, il est vrai,. à la tribune» accompagné de
vint s'écrier : u Ce jour est un des plus beaux jours pour la liberté; la léte des conspirateurs vient de tomber sur Téchafaud. La République triomphe , et le même coup ébranle les trônes des tyrans du monde. Cet exemple les convaincra ) s'ils en pouvaient douter encore, que le peuple français ne sera jamais gouverné par un maître. Allons nous joindre à nos concitoyens; allons partager l'allégresse commune; le jour de la mort d'un tyran est une fête à la Fraternité. »
Le 11, on s'occupa du tribunal révolutionnaire , et Tallien profita de ce qu'on appelait partout Robespierre un Catilina, pour se venger des agents lancés par Catilina contre lui. C'est ici qu'il amena sur la sellette ce jeune Jullien, envoyé par Robespierre à Bordeaux. « Haine aux satellites de Robespierre! dit Tallien. On avait mis à la tète de l'instruction publique un jeune homme de dix-neuf ans , un jeune homme que son âge appelle à la défense de la patrie aux frontières. On ne s'est pas contenté de cela; on a envoyé ce jeune homme dans un département du Midi ; là il a exercé un pouvoir révol-
Méda» dire : « Ce brave gendarme, a tiië deux des conapirateors. Robespierre élait arme d'un couteau, que ce brave gendarme lui a arrache. Il a aussi frappé Couthon, qui était comme Robespierre armé d'un coutpau. »
Mais quoique le président, — c'était Gollot d'Herbois, — ait donné l'accolade fraternelle à Méda, je ne crois pas un mot do récit mélodramatique de Léonard Bourdon , qui n'était entré à ia Commune qu'après Barras.
Oh l'histoire! Le 10 thermidor, Méda se nomme MédaL Anjour* d*fcoi, pour être pins réaliste, un' historien le nomme Merda.
tant; il a lait couler le sang, pour s'applaudir ensuite de ses actes arbitraires auprès de Robespierre et lui envoyer la liste de ses victimes, n
Jullien de la Drôme, le père de celui qu'on pourra appeler Jullien de Bordeaux , apparaît douloureusement sur les paroles de Tallien : a Je demande la parole, dit le malheureux père; c'est de mon fils qu'il s'agit. Mon fils n'a pas vingt ans, à la vérité; mais cela seul n'est pas un crime. Vous avez mis fin à la tyrannie qui régnait par la terreur; ce n'est pas la terreur qui règne, c'est la jfistice. Eh bien, au nom de la justice, vous ne refii* serez pas d'entendre un malheureux père. y>
Heureusement pour Jullien père et pour Jullien fils que Thurreau vint à point pour dire : a Je demande qu'on ne parle que de la République. ?>
Le soir même, Tallien était au fauteuil de la Convention.
Pendant que Barère propose Bernard, Duval et Eschassériaux pour remplacer au Comité de salut public a les trois conspirateurs dont la tète «vient de tomber sous le glaive de la loi , r> le nom de Tallien vient résonner dans l'histoire du 9 thermidor.
Thuriot, celui à qui Robespierre avait dit, le 9 thermidor : tt Je te demande la parole, président des assassins I T» vint dire dans cette même soirée du 11 : a Je
demande qu'on nomme demain ]es membres qui doivent compléter le Comité de salut public et qu'on charge ce comité de présenter le plan de son organisation, y* Tallien répondit : a La Convention nationale a fait en trois jours une révolution. Nous avons abattu des triumvirs , nous ne voulons pas les remplacer par des décemvirs; nous voulons la liberté^ la liberté tout entière. Vous ne devez pas vous séparer sans avoir décrété le renouvellement du Comité de salut public... »
On applaudit, et on demande que la proposition de Tallien soit mise aux voix. Bourdon de l'Oise dit à l'adresse de TaUien : a A la manière dont on délibère ce soir, je reconnais la suite du complot infâme de Robespierre. Ajournons la discussion; songeons que nous avons quatorze armées en activité, un gouvernement fort et vigoureux qui les fait agir; ne les désorganisons pas par une décision précipitée. »
Tallien reprend sa politique : a J'avoue que je conçois difficilement comment, lorsqu'il s'agit de consacrer un principe sauvegarde de la liberté publique, on demande l'ajournement. Nous avons passé la nuit pour abattre le tyran, passons-la aujourd'hui pour assurer le triomphe de la liberté. j>
On se sépara cependant à minuit. Hais le lendemain, 12, la Convention, dans sa séance permanente du 9 thermidor, nommait pour compléter le Comité de salut public: Tallien, Bréard, Eschassériaux , Laloi, Treilhard et Thuriot.
Pourquoi Tallleo était-il si impatient de renouvder
la &ce du pouvoir exécutif? Pourquoi, après avoir renversé Robespierre , voulait*il faire renouveler, séance tenante, le fameux comité, qui disposait des gens en liberté et des gens en prison? C'est qu'il espérait dans son cœur, plus encore peut-^tre que dans son esprit, qu'il appartiendrait à ce comité dispensateur des arrestations et des grâces : il pourrait sauver dès ce soir-là celle qui guidait sa pensée et son poignard. Chaque minute de retard lui pesait; la passion ne sait pas attendre. Il pressait la Convention de nommer des décemvirs omnipotents, lui dont la politique ne voulait pas plus de décemvirs que de triumvirs. Un intime espoir, une secrète émotion lui disaient qu'il serait un des élus du suffrage , un des maîtres nouveaux du Comité , et qu'il n'aurait plus qu'à tourner la clef pour ouvrir la prison de Térézia Cabarrus.
Aussi, l'heureux soir du 12 thermidor, je vois d'ici le fougueux et ardent Tallien s'échapper de la séance, quitter bien vite les Tuileries et courir comme un fou jusqu'aux grilles de la Force , sans savoir si l'ombre de Robespierre ne plane pas encore sur la Convention.
Cependant Tallien régnait à la place de Robespierre ; aussi la haine dé Tallien contre Robespierre était un sablier éternel. Chaque fois que Tallien apparaissait à la tribune, ce n'était plus que pour voir partout l'ombre
de l'ennemi tué. Il semblait respirer à plaisir ^ comme Vitellius, l'odeur de ce mort dont la mémoire n'était pas ensevelie. Il s'attaquait incessamment aux anciens amis du dernier tyran. Il commença par attaqua* David. Le jour que Robespierre avait prononcé le discours qui le perdit, David était allé embrasser son maître : a Si tu bois la ciguë, je la boirai, n Selon David — mauvaise page de son livre si beau — : a Ce n'était pas pour venir faire accueil à Robespierre que je descendis de son côté; je n'ai pas embrassé Robes* pierre, je ne l'ai pas même touché, car il repoussait tout le monde. »
Tallien dit : a Nous sommes au moment où les hommes, quelque talent qu'ils aient, ne sont plus rien; la vertu et la liberté sont tout. On a reproché à David de ne s'être pas présenté ici dans le moment de crise. Aux oscillations de sa conduite on peut joindre d'autres reproches. Je déclare qu'aucun représentant ne peut siéger à côté de David jusqu'à ce qu'il se soit disculpé. »
Tallien se croit le maître; il se glorifie lui-même et se retranche dans la gaîne de son poignard du 9 thermidor. Il dit : a Nous ne sommes plus au temps oii la main de fer qui a pesé pendant quelques mois sur le peuple français faisait sentir ici sa funeste influence; nous avons reconquis notre liberté. »
Tallien n'est pas toujours écouté par cette assemblée qui l'avait appelé son sauveur. Il n'est pas encore abreuvé de dégoûts, il n'est pas encore flétri du dédain
oa de F oubli de ceux qui lui doivent tant de reconnais* sance; mais il &ut qu'il cherche de nouveaux moyens pour se faire entendre, sinon de nouveaux expédients pour se faire remarquer; il continue ses violences , mais elles s'adressent à un genre d'idées qui fait diversion dans les zizanies intimes des conventionnels : il crie à tue-tête la liberté de la presse. « Il faut la liberté de la presse ou la mort I » Ainsi il dit à la Convention , ainsi il va dire le lendemain aux Jacobins.
11 présente les bases d'un gouvernement révolutionnaire; chassez le naturel, il revient au galop; grattez le thermidorien, il revient un terroriste. Tallien cependant sMnsurge éternellement contre la Terreur, contre Couthon et Robespierre, qui ne sont plus là, a heureusement , dit-il , pour empêcher de défendre les principes de l'égalité et de la justice. » Et il ajoute : a Le système de la Terreur suppose deux excès toujours nouveaux et toujours croissants : on n'a rien fait en abattant hier vingt têtes, si aujourd'hui on n'en abat trente, si demain on n'en abat soixante. y>
a Quand le terrorisme, continue Tacite-Tallien , a cessé un instant de faire trembler, il ne peut que trembler lui-même. On se fonde quelquefois sur l'exemple de Sylla et d'Octave, qui parvinrent à détruire leurs ennemis par des proscriptions ; mais : V ce que peut un tyran, un corps, un comité ne le peut pas; c'est la tyrannie de Robespierre qui a fait verser tant de sang , et c'est sa mort qui en a arrêté la vengeance; ^ Sylla garda près de quatre ans la dictature, et Octave tint
pendant plus de quarante années les rênes de l'empire* Les représentants temporaires d'une grande république n'ont pas droit à de si longs règnes. i>
Le projet de gouvernement révolutionnaire de Tallien est éloigné; on ne décrète que l'impression de son discours. Tallien voulait d'autres fiches de consolation ou d'autres fiches d'espoir,
La querelle devient vive. Il dit le lendemain : a Je croyais que la division qu'on avait voulu semer parmi nous était étoufiee. — C'est toi qui la sèmes ^ dit une voix, — Je vais répondre, dit Tallien. Oui, il est temps que les passions se taisent devant l'intérêt public; il est temps que nous sachions qui nous sommes, yy
Leoointre, un thermidorien de Versailles, avait accusé ceux qu'on appelait la queue de Robespierre. — « Laissez respirer la patrie, dit Tallien. Mais si l'on veut que sans cesse la discorde règne ici , nous demanderons la lecture des pièces, l'audition des témoins; nous demanderons enfin que tout soit mis dans le plus grand jour. »
C'est là l'histoire du lendemain du 9 thermidor et de ses déchirements, a Je vous adjure, dit Tallien encore une fois, je vous adjure, représentants de la France, d'oublier toute haine, d'étouffer tout ressentiment, y^
Et Tallien veut qu'on détruise les pièces trouvées chez Robespierre. Que craignait donc Tallien? Le lion se sentait-il dans un réseau?
Le lion est attemt à son tour. On lui demande à la Convention des explications sur une certaine conspi-
Wf
ration d'un 10 fructidor; on le dénonce aux Jacobins pour être le chef d'une nouvelle faction. Le voilà à la fois traqué par d'autres lions et piqué par des taons.
Le 15 fructidor, un mois après son élection dans le Comité de salut public, Tallien s'avance solennellement à la tribune : a J'ai depuis plusieurs jours observé ce qui se passe dans cette assemblée. J'ai envisagé l'intérêt public , le salut de la patrie , et je me suis dit avec tous les bons citoyens : a Nul homme , dans une république, nie doit se mettre à la place des principes. Si sa présence dans un comité peut être une pierre d'achoppement, une entrave au succès révolutionnaire, il doit se condamner à une espèce d'ostracisme. »
Pourquoi la Convention accepta-t-elle la démission de Tallien? C'est qu'elle sentait déjà sa main tyrannique. Aux Jacobins la scène fiit plus orageuse. Levasseur avait dit : « Demandons à Tallien un coitipte exact de ses liaisons ; qu'il nous dise où il en est avec la femme d'un émigré , qui se trouve être la fille du trésorier du roi d'Espagne. »
Tallien se présente : a On me fait une interpellation à laquelle je ne sais si je dois répondre. Il existait dans les prisons de Paris une victime de Robespierre; elle avait refusé de signer une dénonciation qui portait que j'avais voulu m' échapper de Bordeaux avec une frégate
chargée de six millions , pour émigrer en Amérique. Je m'adressai au comité de sûreté générale pour obtenir la liberté de cette victime. Les membres, convaincus de la légitimité de ma demande , ne me laissèrent pas le temps d'achever, et ils signèrent sur-le-champ l'arrêté que je sollicitais. »
Tallien eut beau dire aux Jacobins : a J^ suis Jacobin depuis l'origine; » ce Tallien^ acclamé partout, est banni des Jacobins cinq semaines après son triomphe à la Convention. On lui reproche, par la bouche de Levasseur, de n'avoir pas attaqué le tyran par amour de la liberté, mais pour lui succéder.
Ce n'est pas assez d'être attaqué par Levasseur, il le fiit surtout par Carrier, son rival en proconsulat, qu'on avait oublié d'envoyer rejoindre Robespierre dans sa république des morts. (< Tallien, s'écrie Carrier, a demandé sans cesse la justice; c'est à peu près comme un grand fripon qui dit toujours qu'il est un honnête homme, n
Et Carrier, comme s'il n'eût pas regardé ses mains rouges de sang et souillées de rapines, s'écria dans un beau mouvement oratoire : a L'homme probe et mdral ne fait pas consister, comme Robespierre et Saint-Just , la vertu dans le mot, mais dans la pratiqué. »
TaUien se présente à la tribune; il est insulté par un jacobin; mais il passe outre et dit qu'il ne craindra jamais de paraître au tribunal de l'opinion publique — ce mot qu'emploient les purs et les vertueux de ce temps. — Mais il eut beau parler, on l'avait jugé avant
de Fentendre; lui, Fréron et Lecointre furent bannis comme indignes de siéger à côte de Carrier.
Le lendemain madame Tallien, accompagnée de Fréron et de Merlin de Thionvilie, alla héroïquement fermer la porte des Jacobins, sans qu'un seul parmi ceux qui voulaient se réunir osât lui prendre les clefs; ce qui fit dire à Pitt : a Cette femme serait capable de fermer la porte des enfers. »
On faisait la guerre à Tallien , parce qu'on le croyait sur le chemin de la dictature. Selon le jacobin Payan, s'il a réclamé avec Fréron la liberté indéfinie de la presse, c'était pour encourager les aristocrates à demander dans leurs écrits un roi, c'est^i-dire un tyran. Et ce tyran , c'est Tallien , c'est Fréron , c'est Barras , un autre triumvirat, comme celui de Robespierre, Couthon et Saint-Just.
Si Tallien fut un instant le roi de la République, madame Tallien n'en fut*^lle pas la reine? Elle le fut par la beauté, par la grâce, par le charme; elle le fut, parce qu'elle ouvrait ses mains pleines de pardon , parce que ses prières montaient jusqu'à la guillotine, parce qu'elle imposa la clémence au tribunal révolutionnaire, parce que , enfin , elle prouva au peuple lé plus spirituel de la terre, qui criait tout haut : Fraternité ou la Mort! que la France avait encore les joies de l'esprit et de l'amour.
a»8 NOTRE-DAME DE THERMIDOR.
Sous ce roi et cette reine , ce fîit en effet toute une renaissance : renaissance des arts, renaissance des let* très, mais surtout renaissance de la gaieté, cette âme d'un peuple fort ! il y avait trop longtemps qu'on parlait de liberté à l'ombre de la guillotine : on osa vivre sans peur du lendemain.
Tallien ne pouvait pas régner longtemps après Ro* bespierre.
La Terreur avait eu ses renégats jusque parmi les membres du Comité de salut public. Après le 9 thermidor, Robert Lindet, qu'on avait vu figurer à côté de Robespierre, accusa lui-même son ancien collègue et sou ancien maître. Dans son rapport à la Convention nationale, il accusa même la Révolution en faisant l'histoire de la Révolution, a La journée du 9 tbernii* dor, dit-il, apprendra à la postérité qu'à cette époque la nation française avait parcouru toutes les périodes de sa révolution; qu'elle était parvenue a ce terme où Ton ne pouvait l'égarer que par l'éclat d'une grande réputation et l'apparence du civisme , de la probité , et des vertus qu'elle avait appelées à l'ordre du jour. La représentation nationale a été assez grande , assez puissante pour frapper les traîtres. »
Ainsi voilà un révolutionnaire qui a marqué son nom dans toutes les périodes de la Révolution , qui a soutenu les idées et la réputation de Robespierre, qui accuse maintenant cette apparence de civisme , cette probité, ces vertus, pour lesquelles on dit que posa toujours Robespierre. Robert Lindet va jusqu'à dire que Robes-
pierre est un traître. Que ne devaient pas faire les autres? Ainsi parlèrent Chénier et Camot. La chute de Robespierre fut natureUement le signal d'une réaction royaliste et d'une terreur blanche.
Cette réaction provoqua la journée du 13 vendémiaire, cil Barras inventa le Directoire avec l'artillerie de Bonaparte.
Une ère nouvelle s'ouvre pour Tatlien, ou plutôt l'étoile de Tallien va commencer à pâlir. Mais madame Tallien touchera au septième ciel de la célébrité. La Convention pourrait être appelée l'histoire des hommes, le Directoire pourrait être appelé l'histoire des femmes. La hache fait place à l'éventail; le chàle et la danse du chàle remplacent la carmagnole et le Ça ira.
Tallien n'est plus que le mari de la reine. Mais il n'a pas encore abdiqué.
Le 21 janvier 1795 , la Convention, après être allée en cortège à la place de la Révolution pour célébrer la mort du tyran *, décréta une fête pour consacrer le 9 thermidor, cette journée que les amis de Tallien appe* laient la journée de Tallien.
* A propos de cette horrible fête, une femme du pcaple, entendant ce mot tyran, demanda à quelqu'un ce qu'il signifiait, tt Un tyran, c'est un roi. — Ah! voyez-wous ça! Et on loi fait sa fête à ce roi. Après cela , c'est bien juste. — Au contraire, on célèbre le jour où il est mort, pour s'en réjouir. — Ah! oui, oui, j'entends; un tyran, c'est comme qui dirait notre bon roi Louis XVI ! »
C'est l'homme d'Athènes, qui ne savait pas pourquoi il conJamnaît Aristide, si ce n'est qu'il s* ennuyait de l'entendre appeler le Juste.
Soutenu par Merlin de ThionviUe, Tallien eut les honneurs de la séance. « Il faut éterniser la mémoire de la superbe journée du 9 thermidor. » U demanda même une colonne triomphale : « Qu'il soit érigé dans cette cité, qui vint se réunir à la Convention au moment où les assassins inondaient déjà le vestibule par la faute des derniers tyrans; qu'il soit érigé, dis-je, un monument qui retrace à nos derniers neveux sa constante fidélité. Qu'à pareille époque, chaque année, les assemblées législatives , les autorités constituées de cette commune, aillent environner la colonne et y fassent Ure à nos neveux et nos dangers, et nos triomphes, et l'époque oii la justice est venue enfin s'asseoir à côté de la liberté. »
Mais Legendre dit : « La Convention est trop grande pour vouloir donner de l'importance à un misérable qu'on voudrait mettre au rang des tyrans de l'Europe. Robespierre n'était que l'écolier du crime. »
Tallien répond : « Je réponds à Legendre que ce ne sera point donner de l'importance à Robespierre que de solenniser la glorieuse journée du 9 thermidor; ce n'est pîis seulement la chute de Robespierre et de ses complices que nous célébrerons; avant cette journée mémorable, la justice était bannie de la France, le glaive planait sur la tête de tous les hommes courageux , la tyrannie proscrivait les sénateurs et les hommes énergiques dont les talents et les vertus pouvaient être un obstacle au projet qu'elle avait d'asservir le peuple. Ce n'était pas seulement les partisans de la royauté
qu'on égorgeait y mais aussi les meilleurs républicains. Nous nous réunirons tous autour de la colonne qu'on élèvera pour célébrer la chute de cette puissance colossale qui rivalisait avec la Convention ; je veux parler de cette Commune conspiratrice qui semblait croire que la Convention nationale n'était pas composée des mandataires des quatre-vingt-six départements de la République, et qu'elle n'appartenait qu'à la Commune de Paris. i>
Sur l'éloquence de Tallien, la Convention décréta la fête anniversaire du 9 thermidor, et la musique de l'Institut, qui était revenue de la place de la Révolution avec les députés , se mit à jouer le Ça ira sur la chute de Robespierre et la fête de Tallien.
Le 9 thermidor an III , madame Tallien prépara un banquet, qu'elle devait présider sous la figure de la Sagesse. On aimait encore le symbole païen, surtout quand le symbole prenait la figure d'une belle femme.
Au palais du ci-devant Roi, au palais témoin de la chute de Robespierre , Tallien eut encore son jour de royauté. 11 revenait de Quiberon avec la victoire.
La séance s'ouvrit à dix heures. Tous les députés étaient en costume.
Un représentant montra le sabre travaillé pour Robespierre sur les dessins de David. « Ce roi des Sans-
culottes, qui prêchait sans cesse la simplicité, aimait cependant le faste autant que personne. Ce sabre est tout brillant d'or et de nacre; on lit sur la ceinture : Liberté^ Égalité, Fraternité. Il est de la même forme que ceux des élèves du camp des Sablons , dont Robespierre avait eu le dessein de se former une garde prétorienne. »
Voici tout le récit du Moniteur :
tt II est onze heures et demie. Il y a un an qu'à pareiUe
heure Saint-Just, profitant de la solitude qui régnait
dans l'Assemblée, commençait à lire le second i^olume
du discours que Robespierre avait fait la veille. Le temps
était nébuleux , il semblait nous avertir que l'orage se
formait et qu'il aUait éclater. La crainte qui remplissait
toutes les âmes portait la tristesse sur toutes les figures,
et là Convention ne présentait que le spectacle d'hommes
qui s'attendaient à la mort, mais qui n'avaient pas le
courage de la braver. Aujourd'hui, l'atmosphère est
dégagée de tous les nuages, le soleil brille d'un éclat
pur, il semble vouloir prendre part à la fête qu'il
éclaire; à la gaieté française se mêle la joie qu'inspire
un nouveau triomphe de la République, dont le bruit
se répandait depuis le matin. (Quiberon.)
u L'Institut national de musique ouvre la fête précisément au même instant que Saint -Just prenait la parole. On exécute une ouverture d'Heller; on chante ensuite Y Hymne à l'humanité, par Baour-Lormian, musique de Gossec ; le Chant du 9 thermidor, paroles de Deforgues, musique de Lesueur; un hymne dithy-
rambîque sur ]a conjuration de Robespierre et la révolution du 9 thermidor, paroles de Rouget de Lisle. v
Un représentant demanda la Marseillaise; selon lui , c'était le cantique des cantiques. On joua la AfarseU-luise. Après quoi Laréveillère-Lépeaux dit que le Comilc de salut public allait donner à la Convention des nouvelles qui prouveraient aux amis de la Terreur que le règne de la justice a aussi ses triomphes, a II sera beau , citoyens , d'unir dans le même jour les chants de la justice et de l'humanité aux chants glorieux de la victoire. »
Les enfants aveugles exécutèrent alors un morceau intitulé Invocation à l'Harmonie.
L'Institut chanta V Hymne du 9 thermidor, paroles de Marie-Joseph Chénier, musique de Méhul.
Je ne redirai pas toutes les phases de cette séance. L'abbé Grégoire y répéta son fameux mot ; a L'histoire des rois est le martyrologe de la nation. )>
Et Grégoire ajouta : « Les Français après avoir battu leurs ennemis du dehors prouveront qu'ils sont encore prêts à écraser ceux du dedans.
Sur cette menace, la musique exécuta le pas de charge.
A une heure , Tallien , vêtu comme aux beaux jours de son proconsulat de Bordeaux "^^ monta à la tribune. Les applaudissements l'empêchèrent longtemps de parler.
* L'habit bleu à boutons d'or, le gilet à revers, les bottes à la Souvaroff, répcc au côté. C'était le costume de Robespierre, plas bruyant et plus étofle.
Il y a un an qu^à pareille heure Tallien disait, en parlant de Robespierre : Tout annonce que l'ennemi de la représentation nationale va tomber sous ses coups. Aujourd'hui il vient annoncer que les ennemis de la République sont défaits. Aujourd'hui, comme il y a un an, Tallien était à la victoire.
tt Représentants du peuple , j'accours des rives de r Océan joindre un nouveau chant de triomphe aux hymnes triomphaux qui doivent célébrer cette grande solennité.
» Je te salue, époque auguste où le peuple écrasa la tyrannie décemvirale I Heureux , trois fois heureux anniversaire où les défenseurs de la patrie ont terrassé la coalition de l'étranger et des parricides , je te salue I
» Le Comité de salut public nous a ordonné de vaincre les ennemis de la République qui avaient osé souiller son territoire.
» n est obéi.
» L'armée républicaine a vaincu l'armée de la contrerévolution. Quiberon, le fort Penthièvre et tout ce qui s'est trouvé dedans sont au pouvoir de la République. D Oui, Représentants, courbé trop longtemps sous le faix ignominieux des vaisseaux d'Albion, l'Océan français a vu ses légitimes dominateurs reprendre, sur ses bords du moins, l'attitude qui leur est natureUe, l'attitude de la victoire.
» Il a tressailli à l'aspect de nos braves, armés par la vengeance, guidés par l'enthousiasme de la République , poursuivant au sein des flots qui les ont rejetés
sous le glaive de la loi, ce vil rainas des complices, des stipendiés de Pitt, ces exécrables auteurs de tous les désastres et de tous les forfaits contre lesquels la France lutte depuis cinq ans.
r> Us ont osé, disions-nous en parlant des émigrés, ils ont osé remettre les pieds sur la terre natale : la terre natale les dévorera.
n C'en est fait, l'oracle s'est accompli, la terre natale les a dévorés. »
Quand Tallien eut conté cette grande journée, on lut cette dépêche de Hoche qui lui donnait sa part de gloire ;
Le général en chef aux citoyens composant le Comité de salut public.
An quartier général de l'année des cotes de Brest, i Vannes, le 4 thermidor, l'an lU de la République , une et indivitible.
Représentants, l'armée de la contre-révolution, renfermée dans la presqu'île de Qniberon, a été contrainte hier de déposer ses armes après r enlèvement de vive force du fort Penthièvre et du camp retranché qu'il défend. Les différentes attaques en marche, manœuvres ont été faites sous les yeux de Tallien, qui n'a pas quitté la tête des colonnes. Il vous donnera les principaux détails de V affaire.