‹ Notre-Dame-des-canadiens et les Canadiens aux États-UnisChapitre 16 sur 46 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Le Bazar. — Sympathie des Américains et des Irlandais. — Une lutte d’honneur entre Irlandais et Canadiens. — A Pie IX et il la France. — Deuxième rapport de paroisse. — Lettre de Monseigneur de Sprlngfield au curé de Notre-Dame. — Les titres de propriété de Notre-Dame remis il l’év'que.

Les premiers mois de l’année 1871 s’ouvrent par un grand bazar organisé par nos amis de Worcesterau profit de leur église, et nous conduisent à deux faits importants dans l’histoire du temporel de Notre-Dame, savoir : le deuxième rapport de paroisse, qui coïncide avec la fin des grands paiements, et la remise des titres de propriété de l’église, à l’évêque.

Le Bazar. — Il s’ouvrit le 16 février, à la Salle-des-Arts (Mcchanics Hall), et dura quatre jours. Cette salle, située sur la rue Main , la rue commerciale par excellence de Worcester, est la plus spacieuse et la plus belle de la ville. Elle occupe toute une aile du vaste édifice qui porte son nom, et s’élève à la hauteur de deux étages. On la louait pour le bazar soixante piastres par jour. Au front de l’édifice étaient arborés, de chaque côté la harpe irlandaise, le drapeau américain et celui de la E rance. A l’intérieur, splendeurs de décorations, emblèmes, devises nationales, abondance, richesse, luxe sur les tables, musique, chant, rien ne manquaft à la fête de la charité.

Une description serait trop longue.

Mais nous tenons à constater que le bazar de Notre-Damedes-Canadiens est un des plus splendides qui aient été vus à Worcester, et certainement le plus gai de tous.

Il faut dire également que les Américains n’y ont pas refusé leurs faveurs. Ils aiment ces gracieuses images du commerce, ces inoffensifs jeux de bourse. Ils s’y amusent, et avec générosité. Les Irlandais achetèrent près d’une moitié des billets de loterie.

Sur 190 articles qui furent tirés au sort, 99, et les plus précieux, échurent aux Américains et aux Irlandais. Les Canadiens n’en remportèrent que 91. Us se réservaient une autre victoire. — On avait offert au bazar une canne magnifique, à pommeau d’or massif, mais à une condition bien légitime, savoir ; qu’elle ne serait pas soumise aux chances vulgaires de la fortune, aux caprices du sort. Nul autre qu’un prêtre catholique de Worcester, irlandais ou canadien, ne pouvait y prétendre ; et

encore n’était-ce là qu’une simple candidature. Le suffrage populaire nommerait l’heureux propriétaire, à la majorité des voix. Du reste, suffrage universel : toute personne avait droit de vote ; liberté entière de suffrage à chacun pour le candidat de son choix ; bien plus : faculté de voter autant de fois qu’on le voudrait. Seulement, chaque vote coûtait dix sous.

La votation durait quatre jours et se terminait juste à l'heure de la clôture du bazar, fixée d’avance.

La lutte fut vive et animée, mais paisible, entre les Irlandais d’un côté, et les Canadiens de l’autre. Le bulletin électoral annonça bientôt que les espérances de la victoire ne flottaient plus qu’entre deux candidats : M. J. J. Power, curé de Saint- Paul et Sainte-Anne, et M. J. B. Primeau, curé de Notre-Damedes-Canadiens.

Les esprits se montèrent.

A la fin du dernier jour, les votes tombaient à flots dans les urnes. Quelques personnes y jetèrent jusqu’à cinquante piastres. L’heure sonna. — La victoire ? . Au curé de Notre-Dame.

Le montant des votes donnait $722.50.

Le produit net du bazar fut de $5,491.46.

Il fallait couronner l’œuvre généreuse, et dignement.

Le curé de Notre-Dame fit faire silence : — “ Avant le bazar, dit-il, j’ai fait une promesse. J’ai promis, en votre nom, que s’il rapportait au-delà de $3,000, vous en paieriez la dîme à deux êtres qui nous sont bien chers, à nous tous, Catholiques et Canadiens-français : Pie IX et la France, tous deux aujourd'hui si malheureux. — Donc à Pie IX, $400.00 ; à la France, $400.00."

Il s’éleva une acclamation approbative longtemps prolongée.

Deuxième Rapport de Paroisse. — Ce rapport venait six mois après le premier. Nous en omettons les détails pour abréger. Il est du reste assez connu par ce qui précède, et le troisième, que nous insérerons en entier, donnera des finances de Notre- Dame, une connaissance suffisante.

Quant à la valeur de ce document, il suffira de dire qu’après l’avoir reçu, Monseigneur de Springfield écrivit au curé de Notre-Dame, en date du 16 février 1871 : —

41 Révérend et cher Monsieur,

“ Permettez-moi de vous offrir mes félicitations relativement au rapport que vous m’avez envoyé pour 1870. Il est un des plus excellents {prie of t/te very best).

“ Vous avez accompli une grande œuvre pour Dieu, pour a religion et pour les Canadiens.

“ Vous et votre peuple, vous avez toutes raisons d’être fiers du succès de 1870.

“ Respectueusement votre serviteur,

“fP. T. O’Reilly,

“ Evêque de Springfield.”

“ Au Rév. J. B. Primeau.”

Comme nous l’avons observé déjà, Notre-Dame avait été achetée au nom du curé, et les titres de propriété étaient restés entre ses mains, contrairement au droit de l'Eglise des Etats- Unis. On sait qu’ici les biens ecclésiastiques, qui sont en la puissance de l’Eglise (in protcstatem Ecclesiœ ), appartiennent à l’Ordinaire. Il doit en avoir les titres ; il en est le propriétaire personnellement, comme citoyen, non comme évêque, devant l’Etat.

Pourquoi en avait-il été autrement tout d’abord relativement à Notre-Dame ? Y avait-il eu quelques difficultés à aplanir ? — Non, aucune. Mais l’évêque de Boston lui-même avait appréhendé les éventualités de l’avenir. Après tout, que l’entreprise n’eut pas réussi, ce n’aurait pas été un miracle. Il avait donc cru prudent de laisser aux plus intéressés, toute la responsabilité de leurs actes devant la loi, et de n’engager aucunement son nom.

Le doute avait disparu depuis longtemps ; et dans ce même mois, février 1871, sans qu’aucune objection s’élevât d’aucun côté, les titres de Notre-Dame, suivant les prescriptions du droit des Etats-Unis, furent remis à l’évêque.

Page 1