AUTRES RESOLUTIONS
Pour obvier aux difficultés qui ont coutume de surgir à l’occasion des Conventions au sujet des droits de l’Union Canadienne de secours mutuels et des autres sociétés et populations représentées à ces Conventions, bien que ne faisant point partie de l’Union, les résolutions suivantes furent proposées et adoptées par acclamation comme devant servir de règle pour toutes les Conventions canadiennes qui auront ci-après aux Etats-Unis :
Résolu qu’il est possible et même mieux qu’il n’y ait à l'avenir, chaque année, qu’une seule Convention nationale des Canadiens émigrés.
Résolu que le Comité exécutif de cette Convention annuelle ne soit composé que de délégués choisis parmi les Sociétés de secours mutuels en général.
Résolu que le sujet si important de l’Union des Sociétés soit toujours le premier inscrit sur le programme de ces Conventions.
Résolu que le Comité exécutif soit formé à la fin de chaque Convention et soumis aux devoirs suivants : à l’ouverture de chaque Convention, le Comité exécutif ayant examiné les lettres de créance des délégués, son Président appelle la Convention à l’ordre, et les officiers de ce comité exécutif font leurs rapports. Après ces rapports, le Président doit faire procéder à l’élection d’un Président, de deux Vice-Présidents, de deux Secrétaires et d’un Trésorier, qui devront présider et diriger les travaux de la Convention, sous les conseils des membres du comité exécutif. A la fin de la Convention, on devra faire l’élection d’un nouveau Comité exécutif, dont le principal devoir est de préparer les travaux de la Convention, de la convoquer et de tout faire pour lui assurer un plein succès.
Résolu que nous remercions cordialement le clergé canadien et français pour l’encouragement qu’il a donné à toutes nos entreprises nationales, et que nous serions heureux de voir un plus grand nombre de prêtres parlant notre langue venir se fixer au milieu de nous pour satisfaire à tous les besoins religieux des Canadiens des Etats-Unis.
Résolu que nous présentons nos sincères remercîments aux membres de la Société St. Jean-Baptiste et à la population canadienne de Worcester, Mass., pour la splendide réception faite aux délégués de cette Convention.
Résolu que nous remercions la presse canadienne et américaine pour avoir bien voulu publier les procédés de cette Convention.
Résolu que nous remercions la Société St. Jean-Baptiste de Springfield, Mass., et la Société St. Jean-Baptiste de Millbury, Mass., pour avoir honoré de leur présence la procession qui a précédé l’ouverture de la Convention.
Il n’entre pas dans notre plan d’apprécier ces travaux, ni d’en mesurer la portée relativement à l’avenir de nos chers compatriotes des Etats-Unis. Cela se comprend de soi. Mais il est d’autres points importants qui appellent notre attention, et qui n’ont pas été assez remarqués.
Nous disons que le premier est la délégation elle-même, ou le personnel de la Convention.
Parmi les délégués qui se réunirent à Worcester, les uns ne nous sont connus que de nom, les autres sont de nos amis personnels : en tous nous voyons des compatriotes. Mais ni la patrie commune, ni l’amitié ne s’imposent ici à notre pensée. Elles peuvent bien augmenter en nous la sympathie qui se doit naturellement à des hommes occupés des intérêts de leurs frères,
ajouter au bonheur qu’apporte à chacun le succès de leurs travaux ; mais rien ne nous aveugle et ne parvient à nous montrer les choses autrement qu’elles ne sont.
Nous voyons dans la délégation de 1871, des hommes qui se sont faits eux-mêmes ce qu’ils sont {self made men), — des hommes qui n’apportèrent hors de chez eux, il y a quelque vingt ans, d'autres richesses que le talent et un cœur honnête, d’autre espérance que l’humble conscience de leur valeur.
Ils n’ont jamais oublié que, vouloir c’est pouvoir WJiere there is a zvill there is a way. Cette voie, ils l’ont ouverte et la suivent avec honneur. Or, c’est là un grand mérite, qu’on aurait tort de méconnaître par cela seulement que le prestige du pouvoir ou l'éclat d’une fortune colossale ne sont pas là pour éblouir les yeux. Dans la carrière d’un homme, tout doit se compter, jusqu’aux moindres circonstances.
Mais l’honneur de ces hommes, c’est d’être restés Canadiens et catholiques, au milieu de tant de séductions et de défections partout, autour d’eux, chez tous les peuples. Rien n’a entamé chez eux la vivacité du sentiment national ou la fermeté du vrai chrétien, — ni la prospérité, ni l’entrainement du milieu, ni les alliances, ni les chaînes de la parenté. Plusieurs, que nous connaissons, ont acquis dans de grandes villes, la réputation d’hommes de bonnes œuvres. Les indigents, les Petites Sœurs des Pauvres connaissent leur maison, et l’église qui s’élève les reconnaît comme des bienfaiteurs et des appuis.
Hommes d’affaires, esprits larges, sans avoir eu le bénéfice d’une éducation classique, ils ont apporté dans leurs conseils, avec des intentions droites et généreuses, la méthode, le calme et la sagesse d’une expérience qui suffit presque toujours et ne se remplace jamais.
Mais la Convention canadienne de Worcester fut avant tout catholique, d’esprit et de cœur. Nous disons catholique, et non pas simplement religieuse. Ce dernier mot est trop vague ; il n’exprimerait pas assez nettement ni notre pensée, ni la nature du fait que nous constatons. Il y a en effet une façon de religion qui n’est ni la révolte absurde, ni non plus l’obéissance entière de la foi. C’est une espèce de milieu qu’on se ménage entre deux points qui semblent extrêmes. De là, l’Eglise apparaît comme une doctrine que l’on aime, il est vrai, mais dont on se permet de s’écarter ça et là, plus ou moins, dans certaines limites ; et non pas, — ce qui est pourtant l’unique vérité, — comme une société incarnée, visible, comme un corps qui a son chef, son magistère vivant, lequel se pose, en chair et en os, devant les hommes, authentiquement, avec l’autorité d’en haut, pour leur
Si
intimer la pensée et la volonté du Maître. Le catholique ne se rattache pas à l’Eglise par la doctrine, mais à la doctrine par l’Eglise.
Or, qui représentait l’Eglise à Worcester, autant qu’elle peut l’être pratiquement sur chaque point du monde ? — Le prêtre.- Le prêtre eut donc sa place, à la tête meme de la Convention, selon ses droits, en tout ce qui touchait directement ou indirectement à sa mission. L’on se rendit â Notre-Dame, le dimanche, non-seulement pour faire acte de religion, accomplir un devoir, mais aussi pour recevoir de l’homme de l’Eglise l’enseignement qui devait éclairer et diriger les délibérations. Le prêtre alla prier solennellement à l’ouverture de la session, et le presbytère fut le centre des conseils.
L’influence du prêtre s’est fait sentir partout. On a vu, dans les mille difficultés de la pratique, l’avantage de trouver à son poste, l’homme de l’Eglise, lequel, occupé de plus hauts intérêts et moins accessible aux passions qui s’élèvent de la plaine comme des tourbillons de poussière, pût faire entendre la parole chrétienne qui calme les esprits et ramène sous les plis du même drapeau, des hommes unis dans la même œuvre, des frères qui travaillent pour des frères.
Ce que nous disons là, tout le monde l’a constaté ; tout le-' monde l’a vu avec bonheur. Un délégué de l’Ouest y faisait une heureuse allusion, au moment du départ, quand on alla saluer le curé de Notre-Dame.
Monsieur le curé, le premier jour de la Convention, à la fin de son discours, avait promis que tant que dureraient les délibérations, il ferait brûler, trois lampes, devant l’autel de son église, en signe de foi et de prière continuelle. A la vue des heureux travaux accomplis, et de l’union qui n’avait cessé de régner, en dépit des petites passions, le délégué, rappelant cette promesse : — “ Monsieur le curé, dit-il, je commence à croire aux lampes.”
Voilà un antécédent.
Ce n’est pas le seul, croyons-nous bien, dans l’histoire des Conventions canadiennes des Etats-Unis, mais il domine en importance tous les autres. Ce sera l’immortel honneur de la Convention de Worcester de l’avoir posé. Désormais, se montrer moins catholique qu’on ne le fut alors, serait plus que forfaire au premier des devoirs, — car un catholique doit être catholique en tout et partout, — ce serait aussi rompre avec son propre passé, se contredire solennellement soi-même.
Les Conventions canadiennes, composées de catholiques, représentant des catholiques, se posent avant tout comme catholiques, ou bien elles abdiquent.