‹ Notre-Dame des mers mortesChapitre 19 sur 22 · LEVRES CLOSES '2'J'J · texte numérisé non relu

LEVRES CLOSES '2'J'J

près. Brusquement il se jeta à genoux et saisit la main de Ninette pour la porter à ses lèvres. La détente nerveuse s'opéra. Vivante, vivante ! Et les sanglots, dont sa gorge était desséchée, le secouèrent, pauvre petit !

Quand le chagrin est frère de la mort, quand la douleur devient plus qu'humaine, les mots sont impuissants, les cris seuls se comprennent. Et le silence magique de la chambre était coupé par ces cris. De nouveau, la voix de Ninette chanta : Mon amour, mon amour ! Quand je serai au ciel, nous nous unirons pour toujours. Je pars avec ton baiser. Dieu le rendra éternel... mon amour, mon amour...

Jacques sans répondre couvrait de baisers la petite main brûlante. Dans l'autre chambre, on entendait le vieux marquis sangloter, et ses sanglots avaient eux aussi une résonnance d'épinette. Au pied du lit, une religieuse priait. Et Ninette chantait encore : Gela me console de te retrouver, Jacques, il me semble

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que je ne suis plus aveugle... Parle-moi. Puisque c'est tout ce que je connais de toi, mon bien-aimé ! ta voix.

Alors, Jacques se releva et essuyant ses larmes, il osa pour la première fois regarder Ninette. Oh! la maigreur du cher visage et les yeux dont les paupières ne s'ouvraient plus, les yeux entourés d'un cerne sombre. Les pommettes toutes roses comme les pêchers en fleurs, le nez pincé, les lèvres déjà empreintes du rictus funèbre. Les lèvres. les lèvres qu'il avaitbaisées.

— Parle-moi, répétait-elle... Tu ne m'aimes donc plus... Est-ce parce que nous nous sommes quittés quelques jours... Tu m'en veux donc Jacques? J'avais raison de ne pas vouloir... nos fiançailles vont être bien plus belles au paradis... Les histoires de grand-père m'ont bercée et j'entends des musiques qui nous appellent. Suis-je encore jolie ?

— Oh ! Ninette ! Ninette ! sanglotait Jacques. . .

— Donne-moi une fleur de la fenêtre..., je la

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poserai dans mes cheveux, je veux être jolie pour toi et pour le bon Dieu. Je suis heureuse, tiens-moi la main longtemps... Parle-moi... Elle haletait, et porta un mouchoir à sa bouche. Jacques avait été cueillir une grappe de tubéreuses dont le parfum violent emplissait la chambre. Et, lorsqu'il vint lui tendre, il remarqua au coin de la lèvre une goutte de sang qui perlait, un peu d'écume pourpre.

Oh ! Ninette ! Xinette ! si tu souffres maintenant, si tu souffres, au point que je voudrais donner ma vie pour la tienne, j'ai tant souffert, chérie, j'ai tant souffert! Quand je suis parti d'ici le soir de ton adieu et que j'ignorais tout excepté mon malheur, je me souviens du deuil de mes larmes. Tu m'avais dit cela d'une voix presque légère, d'une oix blanche que je ne te connaissais pas, que je ne t'avais jamais entendue. Et tu semblais lointaine comme si je ne t'avais jamai> approchée. Tes caresses vibraient encore, et c'était l'agonie de mon

rêve. Ninette. — A cette minute là, j'aurais voulu disparaitre et changer d'âme. Toute ma jeunesse s'était offerte, mon ardeur, mon enthousiasme et ce qui transforme en cuit'- un premier amour. Les nostagies secrètes, tu les réalisais, les désirs d'inconnu tu les réalisais, les rêves de splendeur tu les réalisais...

Jacques regarda Ninette ; un fil de soleil souriait sur sa bouche entr'ouverte, et un calme surhumain >"exh;i lait de ces deux sourires. Elle ne faisait aucun mouvement, un souffle a peine marqué, hésitant presque, soulevait le le drap diaphane. Dormait-elle ? écoutait-elle ? Ses paupières closes, leurs cernes, le repos du visage indiquaient le sommeil. Ninette dormait. Elle avait dû s'abandonner en sentant de la lumière sur sa lèvre et de la lumière dans son cœur... Gomme autrefois... en prenant les histoires de Jacques pour les histoires de grandpère... en confondant leurs deux amours.

Lorsqu'il revint le soir, il trouva la religieuse

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