CHAPITRE IV
NoTR£E-DAME DE LA VICTOIRE
E furent des années particulièrement tragiques dans notre vie coloniale françai-
se, que celles qui virent s’élever lentement les murs de notre petite église de la basse-ville. L'année qui suivit sa fondation, les Iroquois massacrèrent les habitants du village de Lahine, et ravagèrent l’île de Montréal, portant ainsi la désolation et leurs menaces au cœur même de la colonie. L'autre année, 1690, vit l'amiral Phipps tenter le siège et la prise
Découragé par les difficultés de sa tâche, même avant le massacre de Lachine, M. de L'enonville avait demandé et cbtenu son rappel. Comprenant toute la gravité de la situation, la colonie étant à la veille d’être attaquée par les Anglais de la Nouvelle-Angleterre et par les Iroquois, le roi fit appeler le comte de Frontenac et lui dit, en le nommant une seconde fois gouverneur : “ Je vous renvoie au Canada où je compte que vous servirez aussi bien que vous avez fait ci-devant. Je ne vous en demande pas davantage.” C'était plus qu’une marque de confiance, c'était plus même qu’une réparation envers Frontenac, c'était le meilleur choix pour sauver le Canada.
Bien qu’il eût 70 ans, Frontenac accepta sans hésitation, et organisa sans délai son départ, avec le peu de renforts qu’il put obtenir. Malgré toute sa diligence, il n’arriva à
TE ——… Québec que le 12 octobre 1689; mais, à peine débarqué, il s’occupa d'organiser toutes les forces qu’il avait, non seulement pour faire face au danger, mais même pour prendre l’offensive contre les ennemis.
Ce n’est pas ici le lieu de raconter, même en passant, les trois expéditions de représailles, qu’il organisa avec succès, en plein hiver, contre la Nouvelle-Angleterre, mais il faut bien rappeler à quelle occasion glorieuse la petite église de la basse-ville gagna son premier titre de Notre-Dame de la Victoire.
Donc les Anglais de la Nouvelle-Angleterre avaient résolu de s’emparer du Canada, en 1690, par terre et par mer. L'expédition du commandant John Winthrop dut rebrousser chemin au lac Saint-Sacrement, mais la flotte de l’amir1l William Phipps, après avoir pris et dévasté Port-Royal, le 11 mai 1690, s'était reformée à Boston pour remonter le
Saint-Laurent et arriver devant Québec le 16 octobre au matin. Cette flotte de 30 vaisseaux portaient près de 3,000 hommes.
Tout le monde connaît les faits militaires :
la sommation de Phipps, la réception faite à son envoyé, la réponse historique du vieux gouverneur, le commencement du bombardement, le débarquement de 1,500 hommes à Beauport, qui tentent en vain, par deux fois, avec de grandes pertes, de se porter à l'attaque de la ville, les vaisseaux de Phipps souffrant beaucoup plus de dommages qu’ils n’en causent, le drapeau de l’amiral abattu et apporté au gouverneur, enfin Phipps se retirant découragé, avec de lourdes pertes, après cinq jours de combats.
On connaît moins les manifestations de piété qui soutenaient le courage des Français et des Canadiens, et qui obtenaient la protection manifeste du ciel.
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Voici ce que nous lisons dans l’histoire de l’Hôtel-Dieu, touchant cet événement : “ Cependant à mesure que le danger augmentait, les prières publiques redoublaient dans toute la ville. Les citoyens avaient pris pour patronne et pour protectrice la très sainte Vierge. Une de ses bannières avait été apportée de Montréal, par M. Joseph Serré de la Colombière, aumônier des milices, qui, lors de sa descente, l’avait placée comme un signe de salut à l’avant du canot qu’il montait. Cette bannière était portée chaque fois en procession dans toutes les églises... Les dames s'étaient engagées par un vœu solennel à se rence en pèlerinage à l’église de la basseville, si la sainte Vierge obtenait leur délivrance.””
“ Un tableau de la Sainte-Famille, dit M.
Dionne, appartenant aux Ursulines, fut ex-
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posé au haut du clocher de la cathédrale, ” ? “La confiance était telle, à Québec, écrit Ferland, que les dévotions publiques se continuaient comme dans les temps ordinaires.
De la rade l’on voyait les hommes, les femmes et les enfants, se rendant aux offices de l’église sans paraître s'occuper de l'artillerie des Anglais.”
Le départ de Phipps causa donc une grande joie bien naturelle dans toute la ville et l’on ne manqua pas d'en remercier Dieu et la sainte Vierge. Écoutons ici la Mère Anne Bourdon, annaliste des Ursulines : “ On ne savait comment témoigner sa gratitude à la divine Majesté, reconnaissant que c'était un !
7. C'est Mgr de Laval qui avait conseillé, lui si dévot à la Sainte-Famille, de mettre ce tableau au sommet du clocher pour protéger toute la ville. Il la protégea non seulement au point de vue surnaturel, mais même au point de vue militaire, car les nombreux boulets que les Anglais dirigèrent vers ce tableau, sans l’atteindre, passaient au-dessus de la ville sans la toucher.
coup de sa puissance qui nous avait délivrés et que nous n’avions aucune part à cette victoire. Pour cet effet, Monseigneur ordonna une procession générale d’action de grâces; le dimanche dans l’octave de la Toussaint, 7 novembre, l’on porta l’image de la sainte Vierge aux quatre églises où l’on fut en staion, ct l’on chanta le Te Deum à la cathédrale. De plus, Monseigneur a désigné que a chapelle que l’on doit faire à la Basse-Ville soit bâtie sous le titre de Notre-Dame de la Vicire, conformément au vœu que l’on en avait ai. Chaque année, il y aura une fête et une procession en l'honneur de la très sainte Vier-
We, le quatrième dimanche d’octobre +. ”
8. “ Cette victoire ft sensation en France. Louis XIV ccorda des titres de noblesse à ceux qui s’y étaient le plus distingués, et nommément aux sieurs Hertel et Juchereau, t voulut qu’une médaille en perpétuât le souvenir. D’un té on voit la tête de ce roi : de l’autre, la France victoieuse est assise sur des trophées, au pied de deux arbres du pays, sur des rochers d’où s'échappe un torrent. Un castor
Sur la fête du dimanche, 7 octobre 1690 M. de Monseignat donne les détails suivants “ Dimanche dernier, les réjouissances furen faites avec grand appareil.
“ Le grand pavillon de l’Amiral et un autr que le sieur de Portneuf avait pris à l’Acadie furent portés à l’église au son du tambour.
‘Toutes les troupes étaient sous les armes
‘ Le feu de joie fut allumé à l’entrée de 1 nuit, par monsieur le Comte. Il y eut plu sieurs décharges de not::. canon et de mous queterie ; et l’on n’oublia pas à faire tire plusieurs fois les pièces que nous avons ga gnées sur les ennemis et qui nous seront utile dans la suite.”
va se réfugier sous un bouclier, et le dieu sauvage du fleuve qui épanche son urne aux pieds de Ja déesse (la France) la contemple avec admiration. Pour devise on y a insc ces mots : Kebeka liberata M. DC. XC ; et en exergue Francia in novo orbe victriz. — Québec délivré 1690 — France victorieuse dans le Nouveau-Monde. (N.-E. Dior ne, loc. cit.)
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Le pèlerinage promis par les dames de Qué-
ec à l’église de la basse-ville eut-il alors lieu ? ! se peut, mais il ne paraît pas, d’après les extes plus haut cités que l’église fût achevée à cette époque. ‘“ Au reste, observe Mgr osselin, un document daté du 5 août 1691, essé par le Séminaire à l’Intendant, dit que le Séminaire “ est sur le point uv faire ‘ouverture de la succursale de la basse-ville.” Quoi qu’il en soit, même si son église n’était
xs achevée, Notre-Dame de la Victoire s'y it honorée dès ‘lors, comme en fait foi le
nandement de Mgr de Saint-Vallier, qui Buit :
D ‘JEAN, par la grâce de Dieu et du Saint- Piège Apostolique, Évêque de Québec, salut
t bénédiction.
E ‘Dès l’année mil six cent quatre-vingtlix que la ville de Québec fut assiégée par
une armée d’hérétiques Anglais, et délivré par une très spéciale protection de la Vierg Mère de Dieu, Nous avons ordonné qu’e actions de grâces d’un si grand bienfait, :
y aurait tous les ans à perpétuité, procession grand’messe et sermon à l’église qui a pri le nom de Notre-Dame de la Victoire et qu est à la Basse-Ville du dit Québec. Mai n'étant pas encore content de ces marques d souvenir, de reconnaissance et de culte enver notre divine Protectrice, Patronne et Libé ratrice ; Nous voulons que toutes les années le dimanche le plus proche du vingt-deuxièm d'octobre, on fasse dans tout notre diocèse fête de Notre-Dame de la Victoire, parce qu ce fut proprement ce jour-là que nos ennemi vaincus levèrent le siège. Nous enjoignon à tous prêtres séculiers et autres personne obligées à dire le bréviaire, de faire ce mêm dimanche l'office proposé de Notre-Dame d
lélivréella Victoire sous le rite d’un grand double Viergeet aux prêtres d’en dire la messe propre, qu’enfayant examiné et approuvé l’un et l’autre, fait, ifainsi qu’il est marqué après ce mandement. “Fait à Québec, dans notre palais épisopal, le 19me septembre 1694.
et q t JEAN, évêque de Québec,
Mai Par Monseigneur ques de Tesru.
enve L Libé Les rubriques de cette fête, annexées au innées=Mandement, débutent ainsi :
px Dans LA NovveLLe-FRANCE
ce qu® “Le dimanche le plus proche du vingtnnemifleuxième d’octobre, la fête de Notre-Dame ignonle la Victoire, en actions de grâces de la délisonnekrance de Québec, assiégée en 1690 par une mêmbrmée d’Anglais hérétiques, grand double ime. d@'obligation.”