CHAPITRE V
NOTRE-DAME DEs V1CTOIRES
A TSI que nous l’avons vu, les travaux de construction de l’église succursale de a basse-ville, commencés en 1688, n° furent rminés que plus tard, et ne l’étaient probalement pas en 1690, lorsque l’église reçut on titre de Notre-Dame dela Victoire. Cette enteur s'explique facilement par l’ensemble le graves difficultés, surtout d’ordre militaie, que la Nouvelle-France eut alors à traverer et qui obligeait les ouvriers à s’employer ux travaux les plus urgents.
On en dut faîre l’ouverture en 1691, ain:
que le Séminaire l’avait annoncé à l’Inten dant, le 5 août de cette même année, et de puis lors, bien que le parachèvememt du por tail en fût retardé, on peut bien croire que le exercices du culte y eurent lieu régulièremen avec grande ferveur : c'était l’église de Patronne et de la Protectrice qui avait sauv la Nouvelle-France. Elle ne cessa d’êtr intimement mêlée aux joies et aux deuils de la population, à toute son histoire, que nou n’avons pas à relater ici.
Mgr de Laval était mort en 1708, et My de Saint-Vallier était encore retenu en Fran ce, après sa captivité en Angleterre, — il ne devait revenir au Canada qu’en 1713 — lors que Notre-Dame de la Victoire, en 1711, mé rita, de la reconnaissance de ses fidèles en fants de la Nouvelle-France, son titre définiti de Notre-Dame des Victoires.
M. LE cHaNoixE Evuc.-C. LAFLAMME Curé actuel de Notre-Dame de Québec
En 1711, comme en 1690, les Anglais avaient résolu d’en fiair avec la colonie française du Canada, considérée comme un danger pour les colonies de la Nouvelle-Angleterre. Ils décidèrent de nouveau d’entreprendre la conquête de notre colonie par terre et par mer. Le moment semblait bien choisi. La France ne pouvait guère nous venir en aide et le Canada ne pouvait pas compter sur cinq mille hommes pour le défendre, même en comptant tous les habitants de quinze à soixante-dix ans (E. Guénin).
Pour prendre le Canada, l'amiral Walker avait un corps d'expédition de douze mille hommes, montés sur soixante-dix-sept navires, et le général Nicholson avait quatre mille hommes de milice et six cents sauvages, pour nous attaquer par terre. Avec de pareilles forces, les Anglais étaient absolument sûrs
de la victoire et lord Bolingbroke écrivait en apprenant l’heureuse traversée de l’océa:
par les vaisseaux de l’amiral Walker : “ Vou pouvez être assuré que nous sommes maître maintenant de toute l’Amérique septentrio nale.”
Le 30 juillet, la flotte de Walker quittai Boston pour se diriger vers l’entrée du Saint Laurent ; le 22 août au soir, surprise par ur brouillard et une tempête elle se brisait su: les récifs de l’île aux Œufs. Walker rebrous sa chemin avec ce qui lui restait de vaisseau» et en perdit encore quelques-uns durant sor retour ?.
De son côté, Nicholson, qui s’était arrêté au lac Champlain, attendant l’arrivée de Wal-
9. “ Walker, rendu responsable de tous ces malheurs, se vit rayé de la liste des amiraux, privé de sa solde, et assailli d’injures en Angleterre comme à Boston; il se réfugia aux îles Barbades, puis à la Caroline, où il mourut en 1725 ”. — (Eugène Guénin, La Nouvelle-France, II, p. 63.)
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ET , ker à Québec, pour envahir la colonie par la vallée du Richelieu, informé du désastre, se replia sur Albany.
La joie fut immense à Québec où, malgré tous les préparatifs et l'appel de tous ies hommes en état de porter les armes, on était dans la plus angoissante inquiétude. Une fois encore la sainte Vierge avait exaucé les prières et les vœux que toute la population lui avait adressés, En apprenant leur délivrance certaine au commencement d'octobre, les habitants de Québec se rendirent en foule vers Notre-Dame de la Victoire pour y remercier leur Patronne de les avoir sauvés une ois de plus avec toute la colonie française catholique.
Écoutons encore ici l’annaliste des Ursunes :
“Le pays était donc enfin délivré par la puissante protection de Marie ! Les Cana-
diens ne furent pas moins reconnaissants e:
1711 qu’en 1690 ; on célébra une fête solen nelle où M. de la Colombière prêcha avec u nouveau zèle et un grand succès, sur la fidé lité à laquelle obligeait ce bienfait signalé d la très sainte Vierge ; la verve des poète s’épuisa à rimer des poésies et des chanson:
sur le désastre de cette flotte ennemie * quatre fois plus nombreuse que tout ce qu la colonie avait à lui opposer ; mais la piét voulut quelque chose de plus durable, pou témoigner à la postérité de sa reconnaissance envers sa céleste Libératrice.
“Il fut conclu, dans une assemblée géné:
rale, que l’on ferait une quête dans Québec et les environs, pour bâtir le portail de l’église de la basse-ville. Les communautés reli-
10. Ce désastre de l'amiral Walker a laissé une trace profonde dans les souvenirs et légendes populaires. On se rappelle la légende de l'Amiral du brouillard, racontée par Faucher de Saint-Maurice dans À La brunante.
NOTRE-DAME DES VICTOIRES 77 ———————— gieuses aussi bien que les citoyens donnèrent selon leurs ressources et même au-delà ; on recueillit plus de 6,000 livres. 11 fut aussi question de fonder des messes en l’honneur de la très sainte Vierge, où fût chanté le cantique de Moïse après la défaite de Pharaon : Cantemus Domino, ce qui, au dire de l'annaliste de l’Hôtel-Dieu, plaisait davance quelltage à tout le monde.
à piété “ Enfin, la chapelle votive de 1690 changea » pourÿson titre de Notre-Dame de la Victoire en ssancelcelui de Notre-Dame des Victoires, et elle
appelle encore aujourd’hui sous ce nom la géné-ouble faveur de la Mère de Dieu, de cette bec et£toile de la mer, qui devint un signe de tem-
l’églisdpête et de dispersion pour les ennemis de son y reli-M euple.”
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Le trace Ons Monument de la dévotion séculaire de
otre population de Québec et de toute la
tée par
Nouvelle-France à la très sainte Vierge, té moignage de notre reconnaissance pour deu:
de ses bienfaits publics les plus manifestes relique d’un passé d’épreuves et de gloire l'église de Notre-Dame des Victoires doit être chère et vénérable à tout cœur catholiqu canadien, sans distinction de races, mais elle doit l’être tout particulièrement aux descen. dants directs de ces courageux pionniers qu sauvèrent Québec en 1690 par leurs prières et par leur bravoure, et qui furent sauvés en 1711, sans avoir eu la peine de combattre, q même ne connurent alors, qu'après en avoir été délivrés, toute l’étendue du danger dont ils avaient été menacés.
Partageant toutes les vicissitudes de notre
histoire, Notre-Dame des Victoires sembla elle aussi, au moment tragique qui parut ruiner à jamais toutes nos espérances fran çaises et nationales, s’abîmer sous le fer et le
feu des armées envahissantes victorieuses.
Mais, elle aussi, se releva de ses ruines, reprit une nouvelle vie, tout en gardant bien son âme et son caractère anciens, et en s’adaptant tout de même aux changements qui s’opéraient autour d’elle. Gardienne et symbole de traditions impérissables, elle sut en faire profiter et en fortifier l’évolution de notre vie nationale, française et catholique toujours.